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CHAPITRE 2

作者: RS WILD
last update 最終更新日: 2026-01-14 06:59:53

SOFIA

Je ne me fais pas prier pour fuir. Je cours à travers les couloirs, le souffle court, jusqu’à m’enfermer à double tour dans ma chambre. Une fois seule, j’éclate en sanglots... des sanglots de haine.

J’ai envie de tout briser. Les bibelots de luxe, les meubles coûteux, toute cette cage dorée qui vient de se refermer sur moi.

Mes cuisses me brûlent si violemment que je suis incapable de m’asseoir. Je me laisse tomber sur le ventre, le visage enfoui dans mes oreillers pour étouffer mes cris. Chaque mouvement est un rappel cinglant de la ceinture de mon père.

J’ai dix-neuf ans. J’ai passé l’âge de recevoir des corrections, passé l’âge qu’on choisisse à ma place. Je suis majeure. Je suis une femme. J’ai des rêves, des ambitions... J’ai été admise à l’école de chant, merde ! C’était ma porte de sortie, mon billet pour une vie normale, loin du sang et des comptes de la mafia.

Je me redresse d’un coup, malgré l’élancement dans mes jambes. J’essuie mes larmes d’un revers de main rageur. Jamais je ne céderai. Jamais.

Qu’il amène son Léo Vitiello, qu’il prépare son contrat... Je trouverai une solution. S’ils pensent pouvoir me dresser comme un animal, ils vont découvrir que même une rose que l’on piétine peut avoir des épines mortelles.

On frappe à la porte. Je ne réponds pas, mais j’entends la clé tourner dans la serrure. Ma mère entre, sa démarche feutrée, son visage impeccable comme si rien ne s’était passé.

Elle referme la porte derrière elle, me laissant seule avec le silence et ma douleur.

Je me traîne jusqu’au miroir de ma coiffeuse. Je fixe mon reflet à travers le voile de mes larmes. Lorsque je regarde ma mère, c’est moi que je vois dans vingt ans. Grande, élancée, brune et très jolie. Je suis son portrait craché. Nous avons le même port de tête altier, la même courbe des lèvres... jusqu’à la noirceur de ses yeux.

— Sofia... murmure-t-elle en s’approchant du lit. J’ai entendu. Fais-moi voir.

Je me détourne brusquement, la rage me brûlant la gorge.

— Pour quoi faire ? Pour que tu puisses compter les marques ? Pour que tu te réjouisses de voir que ton mari sait “dresser” sa fille ?

Elle ignore mon sarcasme et s’assoit sur le bord du matelas. Ses mains sont froides quand elle soulève doucement le bas de ma robe pour constater les dégâts. Je l’entends inspirer entre ses dents, mais elle ne dit rien. Pas un mot de révolte. Pas un cri de mère.

— Il faut que tu te calmes, ma chérie, finit-elle par dire d’une voix monocorde. Lucien est nerveux. Les temps sont durs pour la famille.

— Nerveux ? Il m’a traitée comme une bête, maman ! Et tu restes là à trouver des excuses ?

Elle lève les yeux vers moi, et j’y vois une tristesse si profonde qu’elle me glace.

— On n’a pas le choix, Sofia. C’est signé. Ils ont signé ce contrat avec les Vitiello avant même que tu ne saches marcher. Tu ne peux pas lutter contre des hommes comme eux. J’ai essayé, autrefois... et regarde-moi. J’ai appris à me taire, et j’ai survécu.

Elle pose une main sur mon front, un geste que j’aurais trouvé tendre hier, mais qui me dégoûte aujourd’hui.

— Léo est un homme puissant. Si tu es intelligente, si tu arrêtes de te battre, tu auras tout ce que tu désires. Des bijoux, du pouvoir, une maison magnifique...

— Je veux ma voix, maman ! Je veux chanter ! Pas porter les diamants d’un assassin !

— Le chant est un rêve de petite fille, tranche-t-elle en se levant. Demain, tu seras une femme. Lave-toi, mets de la glace sur tes jambes. Demain, Léo arrive et je veux, non, j’exige que tu te tiennes comme une fiancée docile et non comme une gamine turbulente. Notre honneur est en jeu, Sofia. Il n’y a pas que toi qui comptes ! Je vais t’envoyer Mercedes avec des glaçons.

Je me redresse péniblement, la regardant comme si elle était une étrangère.

— Tu trouves ça normal ce qu’il m’a fait, maman ? Je plonge mon regard dans je siens et essais de retenir mes larmes sans y reussir.

— Je suis majeure !

Elle se retourne, un pli de mépris au coin des lèvres.

— Je trouve normal qu’un père remette sa fille à sa place. Chez nous, il n’y a pas d’âge pour l’obéissance. Peut-être aurions-nous dû être plus sévères avant, au lieu de t’encourager dans tes idées saugrenues de devenir chanteuse.

Elle éclate d’un rire cristallin, un son qui me glace le sang.

— Tu en as vu beaucoup, toi, des enfants de la mafia devenir chanteuses de cabaret ?

— J’ai été admise à l’école, maman ! Ce n’est pas un cabaret, c’est mon avenir ! crié-je, la gorge serrée.

— Oui, bien sûr... mais ça n’empêche que tout ça n’était qu’une utopie. Maintenant, oublie. Tourne-toi vers l’avenir et cesse de geindre. Il y a des places bien pires que la tienne dans ce monde. Allonge-toi et attends Mercedes.

Elle sort sans se retourner, refermant la porte sur mon avenir. Elle ne m’a pas sauvée. Elle m’a juste préparée pour le prochain bourreau

Je reste là, seule dans ma chambre, la peau en feu et l’âme en miettes. Ma mère a raison sur un point : mon “utopie” est morte ce soir sur le bureau de mon père. Mais elle se trompe sur le reste. Si mon père m’a “remise à ma place”, c’est une place de captive qu’il a choisie.

Je me regarde dans le miroir. Je suis son portrait craché. Grande, élancée, brune... jusqu’à la noirceur de ses yeux. Mais là où elle a choisi de laisser sa lumière s’éteindre pour les diamants, je sens une rage froide s’allumer en moi.

S’ils veulent une poupée docile pour Léo Vitiello, ils vont être déçus. Je ne serai pas une épouse. Je serai leur pire erreur.

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