LOGINSOFIALe réveil est une agression.Dès que mes paupières s’entrouvrent, une vague de chaleur moite me submerge, comme si on avait versé du plomb fondu sous ma peau. Mon corps entier brûle. Pourtant, au même instant, un froid glacial me ronge les os, me fait trembler si fort que mes dents claquent bruyamment dans le silence de la chambre. Je ne sais plus où finit la fièvre et où commence le froid. Les deux se mélangent, se battent à l’intérieur de moi.Je reste allongée un long moment, incapable de bouger. La douleur dans mon dos et mes fesses est si violente qu’elle irradie jusque dans mes cuisses, mes reins, mon ventre. Chaque battement de cœur envoie une décharge électrique à travers les plaies. On dirait que la chair a été ouverte, retournée, puis recousue avec du fil barbelé. Antonio n’y est pas allé de main morte. Les scarifications qu’il m’a gravées sur le haut des fesses pulsent, gonflées, à vif.J’essaie de déglutir. Ma gorge est sèche, râpeuse. Un goût métallique de sang et d
VinceJe suis affalé derrière mon bureau de chêne noir, une bouteille de whisky à moitié vide pour seule compagnie. L’alcool brûle ma gorge, mais il n’émousse pas ma rage. Il l’aiguise, la rend plus tranchante, plus précise. Je repense à cette petite salope, à sa tentative de fuite minable dans les ruelles de Palerme. Elle a vraiment cru pouvoir m’échapper ? S’évaporer comme une ombre ?Un rire sec, presque douloureux, m’échappe dans le silence du bureau. Non. Elle ne recommencera pas. La correction que je lui ai infligée s’est chargée de lui imprimer le code de conduite à même la peau. Chaque coup, chaque marque, chaque gémissement arraché… tout cela restera gravé en elle bien plus longtemps que les bleus.Je soupire en consultant ma montre. La nuit s’étire, poisseuse et lourde. J’ai une cargaison qui arrive au port à l’aube ; autant rester ici. J’ai une chambre attenante à mon bureau. Ce n’est pas le luxe de ma demeure, mais c’est fonctionnel : murs capitonnés pour étouffer les cris
La porte s’entrouvre sur un filet de lumière. Une silhouette se détache dans l’encadrement. Ce n’est pas Vince, mais l’un de ses hommes les plus jeunes, celui qui gardait la porte du bureau tout à l’heure. Il tient un plateau avec un verre d’eau et une petite trousse de premiers soins.Il ne dit rien, ses yeux évitant soigneusement de croiser les miens ou de s’attarder sur mes jambes marquées. Il pose le plateau sur la commode près de la porte et fait un pas en arrière.— Monsieur m’a dit de vous apporter ceci, murmure-t-il, la voix basse. Il dit que vous devez être présentable pour demain soir.Il marque une hésitation, son regard glissant une seconde vers la chemise de lin blanc avant de remonter vers mon visage dévasté.— Il y a de l’antiseptique et des compresses. Utilisez-les.Puis, sans attendre de réponse, il sort et referme la porte à clé.Je reste seule avec ce plateau. Une ironie cruelle : il me brise, puis il m’envoie de quoi me soigner pour que je puisse mieux servir ses i
sofiaLe silence de la chambre est si épais qu’il en devient palpable, comme une seconde peau collée à la mienne. Je reste allongée sur le ventre, le visage enfoui dans l’oreiller qui sent la lessive industrielle et la poussière ancienne. Chaque respiration fait remonter une vague de douleur sourde : dos lacéré, cuisses brûlantes, entrejambe qui pulse au rythme de mon cœur trop rapide. Je ne bouge pas. Pas encore. Je laisse le corps encaisser, cataloguer chaque lésion, chaque bleu qui se forme déjà sous la peau.Le temps passe – minutes, heures, je ne sais plus. La fenêtre est occultée par des volets intérieurs que je n’ai même pas la force d’atteindre. Seule une fine lame de lumière grise filtre par le bas, soulignant les motifs floraux fanés du papier peint. C’est ridicule : dans ce manoir qui pue l’argent sale et le sang ancien, on a encore des chambres tapissées comme chez une grand-mère des années 70.Je finis par rouler lentement sur le côté. La douleur explose dans mon dos comm
SOFIALa ceinture siffle de nouveau avant de s’abattre.CLAC.La douleur explose sur ma fesse droite, là où la peau est déjà à vif, là où les lettres Propriété de Vince Moretti saignent encore. Je mords l’intérieur de ma joue jusqu’à en sentir le goût métallique du sang. Mes doigts s’enfoncent dans le bois du bureau, mes ongles se brisent. Je refuse de crier.— Tu crois que c’est fini ?Sa voix est un grondement sourd, un rire étouffé qui me glace le sang. Il enroule la ceinture autour de son poing, la serre jusqu’à ce que le cuir grince.— Non.CLAC.Cette fois, c’est l’arrière de mes cuisses. La peau se déchire. Je hurle malgré moi, un son rauque, animal, qui se répercute contre les murs du bureau. Il rit, un rire sombre, satisfait.— Ça, c’est pour le ferry.CLAC.— Ça, pour le bateau de pêche.CLAC.— Et ça…La ceinture s’abat sur le bas de mon dos, juste au-dessus des lettres gravées. La douleur est si intense que ma vision se trouble. Je m’effondre en avant, le front contre le
SOFIAIls me traînent jusqu’à une voiture noire garée près des docks. Antonio me pousse à l’intérieur, sur la banquette arrière. La portière claque. Je me redresse aussitôt, prête à sauter, mais la voiture démarre en trombe. Je suis projetée en arrière.— Assise.Antonio est à côté de moi, un pistolet à la main. Je le fixe, haletante.— Tu vas me tuer ?— Pas encore.Il range l’arme, sort un couteau de sa poche. Mon sang se glace.— Qu’est-ce que tu…Il attrape mon poignet, me force à me retourner. Je sens la lame froide contre ma peau.— Vince veut que tu te souviennes de cette nuit.Je me débats, mais l’un des hommes me maintient immobile. Antonio soulève ce qu’il reste de ma robe. L’air frais me glace les cuisses.— Non… Arrête !— Chut.La douleur est instantanée. Brûlante. Le couteau s’enfonce dans ma chair, traçant des lettres dans le bas de mon dos, juste au-dessus des fesses. Je hurle, les doigts agrippant le cuir du siège, les larmes coulant sans que je puisse les arrêter.—
SOFIAVince récupère le dossier d’un geste sec. Un éclair de triomphe sauvage brille dans ses yeux. Il se penche vers moi, ses lèvres effleurant mon oreille alors que l’avion entame sa descente vers une destination inconnue.— Sage décision, petite princesse. Bienvenue dans la famille Moretti.Je t
SOFIALe moteur du jet privé gronde déjà, un bruit sourd et métallique qui résonne dans ma poitrine comme un avertissement. La voiture s’arrête brutalement devant une piste d’atterrissage improvisée, éclairée par des projecteurs qui découpent la nuit en éclats de lumière blanche. Mon cœur s’emballe
SOFIAMais Vince est plus rapide. Action, réaction.Avant même que ma main n’effleure la poignée, je sens une poigne de fer s’enrouler autour de ma taille. D’un coup sec, il m’arrache au sol. Je pousse un cri de surprise alors qu’il me fait pivoter avec une force brutale. Il me plaque contre la par
SOFIAIl écarte mes jambes avec une force tranquille et s’installe entre elles. Son regard ne quitte pas le mien alors qu’il explore les dégâts laissés par la ceinture de mon père. Ses doigts glissent sur ma peau comme des serpents, frôlant les zébrures pour tester ma résistance à la douleur.— Luc







