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Chapitre 7

last update Tanggal publikasi: 2026-03-06 13:21:32

POV : SOFIA COPPOLA

La voiture me déposa loin des portails. Comme prévu.

William avait insisté : "Tu n'arrives pas en voiture de luxe. Tu arrives à pied. Humble. Fatiguée. Désespérée."

Je sortis, seule, tenant le petit sac modeste qu'on m'avait donné pour jouer mon rôle. Mes vêtements étaient simples : une robe beige usée, un cardigan élimé, des chaussures plates fatiguées. Mes cheveux étaient tressés en une natte sage qui tombait sur mon épaule. Pas de maquillage voyant. Juste une touche de rose sur les lèvres, un soupçon de mascara.

L'image parfaite de l'innocence brisée. Si seulement ils savaient.

Le manoir se dressait devant moi, immense, majestueux, dangereux. Une forteresse plus qu'une maison.

Ses murs noirs avalaient la lumière du soir londonnien. Ses fenêtres ressemblaient à des yeux vides qui me scrutaient, me jaugeaient, me condamnaient déjà. Le portail de fer forgé s'élevait comme une gueule de monstre prête à se refermer.

Tourne-toi. Fuis. Sauve-toi pendant qu'il est encore temps.

Mais je ne fuis jamais.

Je m'approchai des grilles, serrant mon sac contre moi. Sous cette robe innocente, cousue dans la doublure de mon cardigan, dissimulée dans le peigne de mes cheveux, cachée dans le pendentif à mon cou... se trouvait mon arsenal. Poisons. Lames. Micros. Tout ce dont j'avais besoin pour accomplir ma mission.

Détruire Jeffrey Kingboy.

Les gardes postés à l'entrée me fixèrent immédiatement. Deux hommes massifs, armés, le regard dur. Leurs mains se posèrent instinctivement sur leurs armes.

Je pris une expression anxieuse, humble. Celle d'une jeune femme désespérée cherchant du travail.

—« Bonsoir... »balbutiai-je en m'approchant, les yeux baissés. «Je... je cherche la Grande Mère. On m'a envoyée par le clan Neutre de Mashélia pour travailler comme servante...»

Le silence qui suivit fut bref.

Puis ils éclatèrent de rire.

Un rire gras, moqueur, humiliant.

— «T'entends ça, Hugo ?» dit l'un, un homme aux épaules larges et au visage grêlé. «Elle croit qu'on entre chez les Kingboy en disant juste "on m'a envoyée" !»

Hugo, plus maigre mais tout aussi méprisant, se pencha vers moi.

— «Écoute, ma belle. Ici, c'est pas un hôtel. On entre pas comme ça. Tu dégages avant qu'on te fasse dégager.»

Ils riaient encore, se donnant des coups de coude.

Je fis mine de reculer, les yeux brillants d'inquiétude feinte, comme si j'allais abandonner. Mes épaules s'affaissèrent. Ma lèvre inférieure trembla légèrement.

Parfait. Qu'ils croient avoir pris l'avantage.

Le premier acte de manipulation : leur faire croire qu'ils contrôlent la situation.

— «Je... je suis désolée...» murmurai-je d'une voix brisée. «Je vais partir...»

C'est alors qu'une voix grave retentit, tranchante comme une lame :

— «Qu'est-ce que vous foutez encore, bande d'idiots ?»

Les deux gardes se figèrent instantanément.

Le Chef des Gardes apparut derrière eux. Grande silhouette massive, épaules de titan, regard froid comme l'acier. Il portait un costume noir impeccable qui contrastait avec la brutalité de son visage scarifié. Une cicatrice partait de son œil droit jusqu'à sa mâchoire.

Cet homme avait vu la guerre. Et il l'avait gagnée.

—« Chef !»répondirent-ils en se redressant comme des soldats pris en faute.

Il s'avança vers moi, chaque pas lourd, mesuré. Il me jeta un regard de haut en bas. Un regard qui analysait, tranchait, soupçonnait.

Merde. Celui-là n'est pas un imbécile.

Ses yeux s'attardèrent sur mes mains. Trop lisses pour une vraie servante ? Sur mes chaussures. Trop neuves malgré l'usure simulée ? Sur ma posture. Trop droite pour quelqu'un de vraiment désespéré ?

Je baissai immédiatement les épaules, courbai légèrement le dos, laissai mes mains trembler.

Joue le rôle. Parfaitement.

— «Nom,» ordonna-t-il d'une voix sans émotion.

— «Sofia... Sofia Coppola, Monsieur.»

—« D'où viens-tu ?»

— «Du clan Neutre de Mashélia. J'ai... j'ai été envoyée par Madame Eleonore. Elle connaît la Grande Mère Kingboy. Elle m'a dit qu'il y avait peut-être une place pour moi ici...»

Mensonge parfaitement construit. Eleonore existe vraiment. Elle a vraiment des contacts avec la matriarche. William a fait ses devoirs.

Le Chef plissa les yeux.

— «Mashélia. Clan Neutre.»

Il me fixa encore quelques secondes interminables.

— «Attends là.»

Il disparut à l'intérieur du manoir, me laissant seule avec les deux gardes qui me regardaient maintenant avec une hostilité renouvelée.

—« Si le Chef découvre que tu mens...» commença Hugo.

—« On te retrouvera au fond de la Tamise,»termina l'autre avec un sourire mauvais.

Je ne répondis pas. Je gardai les yeux baissés, les mains serrées sur mon sac.

Deux minutes. Il suffit que je tienne deux minutes.

Le Chef revint cinq minutes plus tard. Son visage était illisible.

— «Suis-moi.»

Le portail s'ouvrit dans un grincement métallique qui ressemblait à un avertissement.

Je franchis le seuil.

Il n'y a plus de retour en arrière maintenant.

Le Chef marcha devant moi sans un mot. Nous traversâmes une cour pavée où des gardes s'entraînaient au combat. Ils s'arrêtèrent pour me regarder passer. Leurs regards me déshabillaient, me jaugeaient, me menaçaient.

Ne réagis pas. Tu es invisible. Tu es insignifiante.

Nous entrâmes dans le manoir.

Et mon souffle se coupa.

C'était... magnifique. Et terrifiant.

Des couloirs interminables tapissés de rouge sombre. Des lustres de cristal qui jetaient des ombres dansantes. Des portraits ancestraux aux murs : des hommes sévères aux regards perçants, des femmes élégantes mais froides. Tous semblaient me suivre du regard.

Vous n'appartenez pas ici. Vous ne survivrez pas ici.

L'air lui-même était différent. Plus lourd. Chargé de secrets, de sang, d'histoire.

On racontait que ce manoir n'appartenait pas aux Kingboy, mais que les Kingboy lui appartenaient. Une cage de velours tissée de dettes, de rancunes et de non-dits.

Je le croyais maintenant.

Nous nous arrêtâmes devant une double porte en bois massif. Le Chef frappa trois coups précis.

— «Entrez.»

La voix était ferme, autoritaire. Une voix qui n'avait jamais appris à demander, seulement à ordonner.

"La matriarche."

Le Chef ouvrit la porte, me fit signe d'entrer, puis se retira en la refermant derrière moi.

J'étais seule.

La pièce était plongée dans une semi-obscurité. Des rideaux épais filtraient la lumière mourante du soir. L'odeur d'encens et de vieux papier flottait dans l'air, presque suffocante.

Au centre, assise dans un fauteuil qui ressemblait à un trône, se tenait "elle".

La Grand-Mère Kingboy.

Petite, mince, le dos droit comme une lame. Ses cheveux argentés étaient tirés en un chignon sévère qui accentuait la sévérité de son visage. Elle portait une robe noire simple mais d'une élégance glaciale qui lui donnait l'air d'une reine en deuil éternel. Ses mains, couvertes de bagues anciennes incrustées de pierres sombres, reposaient sur le pommeau d'une canne en bois noir.

Mais ce qui me frappa le plus, ce furent ses yeux.

D'un gris acier, perçants, impitoyables. Ils me fixèrent avec une intensité qui me donna l'impression d'être nue. Comme si elle pouvait voir à travers ma robe, à travers ma peau, directement dans mon âme menteuse.

William m'avait prévenue : cette femme est plus dangereuse que dix hommes armés. Elle lit les âmes comme d'autres lisent les journaux. Un seul faux pas devant elle, et tu es morte.

Je déglutis discrètement.

Reste calme. Tu es Sofia, l'orpheline qui cherche un nouveau départ. Tu es innocente. Tu es fragile. Tu es désespérée.

—« Approche, petite.»

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