LOGINPOV : SOFIA COPPOLAJe m'avançai lentement, les yeux baissés, les mains jointes devant moi. Chaque pas résonnait dans le silence oppressant. Image parfaite de la servante timide.— «Lève les yeux.»J'obéis lentement, relevant mon regard vers le sien.Nos yeux se croisèrent. Et je sentis un frisson glacé me parcourir l'échine.Elle sait. Mon Dieu, elle sait déjà.Le silence s'étira. Elle m'observait. Chaque détail. Chaque respiration. Chaque battement de cils. Comme un rapace observant sa proie avant de fondre.Elle cherche le mensonge. Ne lui donne rien. Rien du tout—« Tu es trop belle pour être servante,»dit-elle enfin, sa voix tranchante comme du verre brisé.Mon cœur rata un battement.Danger. C'est un test.Je gardai mon expression douce, légèrement confuse, avec une touche de gêne.— «Je... je vous remercie, Madame. Mais je ne cherche qu'un toit et un travail honnête.»—« Honnête.»Elle répéta le mot comme s'il était amusant. Ou insultant. Ou les deux.— «Dans cette maison, l'ho
POV : SOFIA COPPOLALa voiture me déposa loin des portails. Comme prévu.William avait insisté : "Tu n'arrives pas en voiture de luxe. Tu arrives à pied. Humble. Fatiguée. Désespérée."Je sortis, seule, tenant le petit sac modeste qu'on m'avait donné pour jouer mon rôle. Mes vêtements étaient simples : une robe beige usée, un cardigan élimé, des chaussures plates fatiguées. Mes cheveux étaient tressés en une natte sage qui tombait sur mon épaule. Pas de maquillage voyant. Juste une touche de rose sur les lèvres, un soupçon de mascara.L'image parfaite de l'innocence brisée. Si seulement ils savaient.Le manoir se dressait devant moi, immense, majestueux, dangereux. Une forteresse plus qu'une maison.Ses murs noirs avalaient la lumière du soir londonnien. Ses fenêtres ressemblaient à des yeux vides qui me scrutaient, me jaugeaient, me condamnaient déjà. Le portail de fer forgé s'élevait comme une gueule de monstre prête à se refermer.Tourne-toi. Fuis. Sauve-toi pendant qu'il est encor
POV : JEFFREYLa nuit tombait quand j'arrivai au manoir.Les lumières étaient déjà allumées.Ma grand-mère m'attendait dans le hall, droite comme le fer, élégante comme un fantôme royal.— «Bravo, Jeffrey. Aujourd'hui, tu as prouvé que ton sang n'a jamais faibli.» Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.— Et elle sera ton plus grand test. Car cette fois, Jeffrey... le feu que tu devras maîtriser ne sera pas seulement dans ton corps.Elle posa une main sur mon cœur.— Il sera ici. Et si tu perds ce combat... tu perdras tout.Elle caressa ma joue d'une main froide, mais fière.— Tu as gagné un pari... mais tu dois gagner ton destin mainten.Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.Ma Grande Mère se leva avec une grâce surprenante pour son âge. Elle fit un geste vers une porte dissimulée derrière une tenture brodée d’or, un
POV : SOFIA Je suis entrée dans le manoir Fristson exactement au moment où Jude a franchi les portes. Ses pas lourds. Son souffle court. L'odeur de sang séché sur sa peau.Tout révélait une seule chose : la défaite. Une défaite écrasante. Humiliante.Et dans cette maison, l'humiliation est un crime plus grave que la trahison.Les servantes se sont figées. Les gardes ont baissé les yeux. Moi, j'ai observé.Jude tremblait. Ses vêtements étaient déchirés, son visage meurtri. On aurait dit qu'il avait été jeté dans une guerre qu'il n'avait aucune chance de gagner.Je savais déjà que le nom derrière sa chute n'était qu'un souffle dans l'air.Un nom que j'allais bientôt porter comme un parfum dangereux : "Jeffrey Kingboy."Jude n'a parlé à personne. Il s'est traîné jusqu'à la salle principale, là où William Fristson l'attendait.Le maître. Le stratège. Le brasier froid. Je restais dans l'ombre. C'est là que je suis la plus utile. William était assis dans son fauteuil imposant, entouré de
POV : JEFFREY, 15 ANS Un ans plus tard.Je reçus ma première mission officielle.Un bar clandestin refusait de payer l'impôt aux Kingboy. Pire : il payait désormais les Fristson.Une insulte. Une provocation. Un message.J'y allai avec seulement deux gardes. Pas d'armes visibles. Pas de violence immédiate.Seulement la parole.Je pénétrai dans le bar enfumé. Les conversations cessèrent. Les regards se tournèrent vers moi.Un adolescent... mais un adolescent au manteau noir et au lion d'or.Je m'approchai du comptoir.— «Appelle ton patron.»Le gérant éclata de rire.—« Toi ? Un gamin va me donner des ordres ?!»Je ne répondis pas. Je sortis une photo.La fille du patron. Devant son école.Le rire s'évapora.Il courut chercher son chef.Le patron arriva en hurlant :—« Qui ose menacer ma fille ?»Le gérant me désigna du doigt, tremblant.L'homme s'approcha... et vit le lion Kingboy.— «Un envoyé... Kingboy ?»Puis il éclata de rire.— «Cette vieille mouche t'envoie, toi ? Un gamin ?»
POV : JEFFREY, 9-14 ANSAprès la mort de mon papa.La nuit qui suivit fut la plus longue de ma vie.Le manoir Kingboy, d'ordinaire bruissant de vie, étouffait sous le poids du chagrin. On me portait plus qu'on ne me guidait. Je garde surtout des sensations : le goût du sang sur mes lèvres, les mains fermes des gardes, le marbre glissant sous mes chaussures.Au centre du salon, sous un drap blanc, reposait mon père.Immobile. Définitif.Je posai mes mains sur lui : la froideur me transperça. Des taches rouges se formèrent sur le tissu. Son sang, encore tiède. Mes doigts tremblants se couvrirent de rouge.Un cri muet me brûla la gorge.Autour de nous, la maison s'agitait : conseillers, messagers, alliés nerveux. Le monde s'organisait déjà pour enterrer le roi... et le clan avec lui.Moi, je n'étais qu'un enfant chaos au milieu d'un empire qui s'effondrait. Ma grand-mère me fit venir dans sa chambre sombre, saturée d'encens. Elle m'observa longuement, puis déclara d'une voix trancha







