LOGINLe mot m'échappe. Nous. Un pluriel qui englobe tout ce que nous sommes, tout ce que nous pourrions être. Ethan relève la tête, me fixe avec une intensité brûlante. Il ne dit rien, mais son regard parle pour lui. Il dit la surprise, l'espoir timide, la peur de se tromper.
— Je reviendrai vite, dit-il enfin.
— Je serai là.
Il se penche vers moi, pose ses lèvres sur mon front. Un baiser lég
LydiaCe matin, en descendant prendre le petit déjeuner, je trouve une enveloppe posée sur mon assiette. Une enveloppe en papier vergé, crème, avec mon prénom écrit à l'encre noire. L'écriture d'Ethan. Je la reconnaîtrais entre mille : des lettres hautes, anguleuses, un peu penchées, l'écriture d'un homme qui a appris à écrire sous la férule d'un précepteur sévère.Je l'ouvre avec des doigts qui tremblent un peu. À l'intérieur, un carton d'invitation, sobre et élégant :Visite privée du Musée du LouvreAprès les heures d'ouverturePour Madame Lydia SterlingCe soir, vingt heuresJe relis trois fois. Visite privée. Du Louvre. Après les heures d'ouverture. Le Louvre. Le musée de mes rêves, le lieu que je voulais visiter depuis mon adolescence en
Je prends le croissant. Il est chaud, en effet. Moelleux, beurré, parfait. Ethan l'a acheté pour moi, sans que je le demande. C'est un geste attentionné, presque tendre. Mais il ne compense pas l'absence de réaction devant le jeune artiste qui m'a tenu la main trop longtemps.Nous nous éloignons du chevalet. Lucien me fait un petit signe d'adieu, que je lui rends discrètement. Ethan ne dit rien. Il mord dans son croissant, le regard perdu dans la foule du marché.— Tu n'as pas eu peur qu'il m'importune ? je demande, incapable de me retenir.Il me regarde, étonné.— Qui ça ? Le peintre ?— Oui, le peintre. Il m'a prise par la main. Il m'a offert un cadeau. Il m'a dit que j'étais magnifique.— Et alors ?Je m'arrête au milieu de l'allée. Un passant me bouscule, marmonne des excuses, s'éloigne. Je reste p
J'adore les marchés. C'est peut-être la seule chose que ma mère m'ait transmise, avant de mourir. Elle m'emmenait au marché de notre petite ville, le dimanche matin, et elle m'apprenait à choisir les tomates, à reconnaître un bon fromage, à sentir le melon pour savoir s'il était mûr. Ma mère était une femme simple, qui ne comprenait rien aux ambitions de mon père. Elle est morte quand j'avais douze ans, emportée par une pneumonie, et je me suis toujours demandé si elle n'était pas morte de tristesse autant que de maladie.— Tu as l'air joyeuse, remarque Ethan en me voyant descendre de voiture.— C'est le marché. Ça me rend joyeuse.Il ne répond pas. Mais je vois son regard se poser sur moi avec une lueur intriguée, comme s'il découvrait une nouvelle facette de ma personnalité. Il ne sait
Il y a un silence. L'accordéoniste attaque La Foule. La voix d'Édith Piaf résonne dans ma tête, même si ce n'est pas elle qui chante. Je me souviens d'un soir de la semaine sainte...— Tu aurais été un bon architecte, dis-je doucement.— On ne peut pas savoir. On ne peut jamais savoir ce qu'on aurait été. On sait seulement ce qu'on est.— Et qu'est-ce que tu es, Ethan ?Il me regarde. Ses yeux gris sont deux lacs profonds où je me noie un peu plus à chaque fois que je les croise. Il ne répond pas. Il n'a pas besoin de répondre. Je sais ce qu'il est. Il est un homme brisé qui fait semblant d'être fort. Un architecte contrarié qui joue au PDG. Un mari qui n'aime pas sa femme. Un amant qui aime une autre femme mais qui n'ose pas l'épouser.Mais ce soir, dans ce bistrot enfumé de Montmartre, il est a
Je me lève d'un bond. J'enlève ma robe de chambre, j'ouvre l'armoire, je cherche quelque chose à me mettre. Quelque chose qui ne fasse pas trop "épouse contractuelle", quelque chose qui fasse "femme libre, femme de la nuit, femme qu'on emmène à Paris sur un coup de tête". Je n'ai rien de tel dans ma garde-robe. Tous mes vêtements sont choisis pour les obligations officielles : robes de dîner, tailleurs sobres, twin-sets pastel. Rien qui ressemble à un vêtement de fugue nocturne.Je finis par opter pour une robe noire toute simple, celle que je mets pour les enterrements. Un collier de perles , pas des vraies, je n'ai pas de vraies perles, mon père a tout gardé. Des escarpins à talons bas. Un manteau en laine rouge, le seul vêtement coloré que je possède, acheté en solde il y a trois ans dans une boutique de la rue du Commerce. Je me maquille e
Je me suis endormie ce soir-là en pensant à cette fossette. Je l'ai cherchée sur les photos de lui que j'ai pu trouver dans les albums de famille , ces albums poussiéreux que j'ai exhumés du grenier la première semaine, quand j'essayais encore de comprendre dans quelle famille j'avais atterri. Sur aucune photo, il ne sourit. Même enfant, il a toujours l'air grave, le regard tourné vers l'objectif comme s'il défiait le monde entier de le faire céder.Mais il a souri pour moi. Pour mon histoire. Pour mes efforts.— À quoi penses-tu ? demande-t-il soudain.Je sursaute. J'étais perdue dans mes pensées, ma fourchette en l'air, les yeux dans le vague.— À rien. À la blanquette. À ce que je pourrais faire demain.— Demain, c'est dimanche. Tu n'es pas obligée de cuisiner.— Je sais. Mais j'ai env
Ethan— Je suis enceinte.Les trois mots explosent dans le hall comme une détonation. Le monde se fige, suspendu dans un silence de plomb. Je reste debout, la main sur la poignée de ma mallette, le corps pétrifié, le cerveau court-circuité.Enceinte.Lydia est enceinte.Enceinte de moi.Cette pensé
LydiaQuelque chose ne va pas.Je le sens depuis plusieurs jours. Une fatigue inexpliquée, des nausées le matin, une sensibilité inhabituelle aux odeurs. Le café, que je buvais sans problème, me soulève le cœur. Le parfum de Victoria, l'autre soir dans le hall, m'a donné un vertige. Et puis il y a
EthanJe l'entends avant de la voir.La musique flotte dans le couloir, légère, aérienne, comme une brume sonore qui s'insinue sous les portes et rampe le long des murs. Du Chopin. Une valse que je reconnais sans pouvoir la nommer, un morceau que ma mère jouait autrefois, avant que mon père ne lui
Le trajet en limousine est silencieux. Elle regarde défiler la ville par la fenêtre. Moi, je la regarde elle. Son profil se découpe sur le fond sombre de la vitre, ses cils battent lentement, ses doigts jouent avec le fermoir de son petit sac du soir. Un geste nerveux, le seul qui trahisse son appr







