LOGINIl retourne derrière son bureau, s'assoit, ouvre un dossier.
— Va te préparer. Je passerai te chercher à huit heures moins le quart.
C'est un congé poli mais ferme. Je me lève, repose ma tasse, me dirige vers la porte.
— Léandros ?
— Oui ?
— Merci. De me montrer.
Il lève les yeux, et l'espace d'un instant, je vois quelque chose de vulnérable dans son regard.
Il me regarde longuement. Puis, lentement, il se lève, vient vers moi, prend mon visage entre ses mains. Ses pouces caressent mes joues, effleurent mes lèvres.— La vérité, dit-il, c'est que je ne peux pas vivre sans toi. La vérité, c'est que je tuerais pour toi. La vérité, c'est que je mourrais pour toi. Le reste... le reste n'a pas d'importance.— Il a de l'importance pour moi.— Alors je te dirai tout. Bientôt. Pas maintenant. Laisse-moi juste... laisse-moi te tenir.Je n'insiste pas. Je pose ma tête contre son torse, entoure sa taille de mes bras. Son cœur bat vite, trop vite. Il a peur. Peu
Léandros pose enfin son verre. Il s'approche de moi, lentement, dangereusement. Sa voix baisse d'un ton, devient un murmure rauque.— Et tu le crois. Tu crois un homme qui t'a abandonnée, qui a disparu sans un mot, qui t'a laissée seule face aux dettes, aux menaces, à moi. Tu crois son frère, qui t'a utilisée comme appât, qui a failli te faire tuer. Tu les crois, eux. Pas moi.— Je ne sais plus qui croire.— Alors choisis. Maintenant. Eux ou moi.La phrase claque comme un ultimatum. Eux ou moi. Comme si c'était si simple. Comme si l'amour et la vérité pouvaient se réduire à un choix bin
Elle ment bien. Presque parfaitement. Si je ne savais pas, je la croirais.— Tant mieux. Tu as envie de dîner ?— Oui. Je meurs de faim.Nous passons à table. Elle parle de la ville, des vitrines, des livres qu'elle a achetés. Je l'écoute, je souris, je pose des questions. Je joue mon rôle. Elle joue le sien.Et toute la soirée, je me demande quand elle va me le dire. Quand elle va avouer. Quand elle va me donner une raison de ne pas tout détruire.Elle ne le fait pas. La soirée se termine, nous montons nous coucher, elle s'endort dans mes bras.
Alkis.Mon sang se glace. Mes mains se crispent sur l'accoudoir du fauteuil. J'écoute, immobile, chaque mot s'enfonçant comme une lame.Il t'a enlevée pour m'atteindre.Mensonge.Mon frère n'a pas disparu.Mensonge.Je veux t'aider à fuir.Mensonge. Mensonge. Mensonge.Et pourtant, elle l'a écouté. Elle ne l'a
Je ne réponds pas. Mon esprit tourne à vide, incapable de se fixer sur une pensée cohérente. Mon ex est vivant. Léandros m'a menti. Alkis veut m'aider à fuir. Trois informations qui se percutent, s'entrechoquent, se contredisent.— Éleni ? Tu es toujours là ?— Oui.— Ne lui dis rien. Surtout pas. Si Léandros apprend que je t'ai contactée, il te tuera. Et il me tuera. Tu comprends ?— Je comprends.— Je te rappellerai. Bientôt. Sois prête.Il raccroche sans atte
ÉleniTrois semaines se sont écoulées depuis la réunion avec Viktor. Trois semaines d'un calme étrange, presque suspect. Les affaires de Léandros semblent prospérer sans heurts, les réunions s'enchaînent sans éclats, et ma présence à sa droite est devenue une évidence que plus personne ne conteste.Je commence à m'habituer. C'est peut-être ça, le plus inquiétant. Je m'habitue aux regards, aux silences, aux sous-entendus. Je m'habitue à ce monde parallèle où la violence est une langue maternelle et la loyauté une monnaie d'échange.Je m'habitue
LéandrosHuit heures sonnent au vieux cartel du hall, des notes graves qui se propagent dans la maison comme un glas. Le son résonne dans mes os, dans le silence de la salle à manger. La table est dressée pour deux, une nappe de lin immaculée, de l’argent et du cristal qui captent la lumière tamisé
LéandrosElle a terminé le dessin. Ou plutôt, elle a cessé de bouger la main, laissant le fusain suspendu au-dessus d’un papier maintenant noirci, strié, vivant. Le résultat est une tempête. Ce n’est pas un portrait, c’est une cartographie de la tension. On y voit l’ombre d’un homme, mais aussi la
LéandrosLe temps n’existe plus, réduit à l’intervalle entre le son du fusain et le silence qui le suit. Elle dessine. Je pose. Mais c’est une pose en mouvement, chargée d’une électricité presque audible. Son regard, cet outil implacable, trace des lignes sur ma peau bien avant que sa main ne les i
LéandrosLa nuit est un vide bruissant. Le manoir dort, ou fait semblant. Moi, je veille, prisonnier d’une cellule dont les murs sont faits de son souvenir. Le whisky ne fait qu’attiser le feu au lieu de l’éteindre.Toute la nuit, je pense à elle.Je pense à cette trace de fusain sur sa joue, un st







