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Chapitre 7 : La Tempête

작가: Darkness
last update 게시일: 2025-11-28 20:52:35

Eléni

La nuit est tombée, épaisse et lourde. Le vent s'est levé, hurlant autour de la villa comme une âme en peine. Il fouette la mer en des vagues furieuses qui se brisent contre les falaises avec un bruit de fin du monde. La tempête est en moi, une tourmente silencieuse qui fait écho à la nature déchaînée.

Je ne peux pas dormir. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois le Parthénon. Je sens le frôlement de ses lèvres. J'entends ses mots, gravés au fer rouge dans ma mémoire.

Une partie de moi ne veut pas remonter.

Cette pensée est une trahison. Une maladie. Je me lève, enveloppée dans un peignoir de soie – un autre cadeau de ma prison – et j'erre dans les couloirs obscurs et silencieux de la villa. Les éclairs déchirent le ciel, illuminant par instants les pièces immenses et vides d'une lumière spectrale.

Je me retrouve sans savoir comment dans la bibliothèque. L'odeur des vieux livres, autrefois apaisante, me semble aujourd'hui étouffante. Un éclair zèbre le ciel, et dans la lueur blanche qui s'ensuit, je le vois.

Assis dans le grand fauteuil en cuir, près de la baie vitrée qui donne sur la mer en furie. Un verre de whisky à la main, il regarde la tempête, immobile. Il ne m'a pas entendue arriver.

Je devrais repartir. M'enfuir. Mais mes pieds sont cloués au sol. Je le regarde, ce prédateur dans son antre, et pour la première fois, je vois autre chose que de la puissance et de la cruauté. Je vois une ombre de lassitude. Une solitude aussi vaste que l'océan qui se déchaîne derrière la vitre.

Comme s'il sentait mon regard, il tourne lentement la tête. Ses yeux, dans la pénombre, brillent d'un éclat féroce.

— Tu ne dors pas, dit-il. C'est la tempête qui te réveille ? Ou est-ce autre chose ?

Je ne réponds pas. Je reste sur le seuil, le cœur battant la chamade. Le tonnerre gronde, un roulement long et menaçant qui semble ébranler les fondations de la maison.

— Approche, ordonne-t-il, sa voix couvrant à peine le vacarme.

Je m'avance, chaque pas un combat. Je m'arrête à quelques mètres de lui. La lumière d'un autre éclair illumine son visage. Il est pâle, les traits tirés. Beau. D'une beauté dangereuse et fatale.

— Tu as peur ? demande-t-il.

— De la tempête ? Non.

— De moi, alors.

Ce n'est pas une question.

— Je devrais.

— Mais ce n'est plus seulement de la peur, n'est-ce pas ? chuchote-t-il, son regard ne me quittant pas.

Le vent hurle, frappant la baie vitrée comme s'il voulait l'emporter. Le monde entier semble vouloir s'effondrer.

— Pourquoi moi ? demandé-je, ma voix à peine audible dans le tumulte. Pourquoi as-tu choisi ma vie pour la briser ?

Il pose son verre et se lève. Il est si grand, si imposant dans la pénombre agitée.

—Parce que quand je t'ai vue pour la première fois, dans ton petit restaurant, tu riais. Tu rayonnais d'une lumière que j'avais oubliée. Une lumière qui n'appartient qu'à ceux qui n'ont jamais été brisés. Et j'ai su que je devais la posséder. Ou la détruire.

Il avance vers moi. Je recule d'un pas, mais mon dos heurte une étagère. Je suis coincée.

— Tu ne peux pas posséder la lumière, Léandros. On ne peut que l'éteindre.

— Je ne veux pas l'éteindre. Je veux la canaliser. En faire mon propre soleil.

Il est devant moi maintenant. Je sens la chaleur de son corps, l'odeur du whisky et du santal. Le désir et la peur se mélangent en un tourbillon incontrôlable. Mon corps se souvient de son toucher. Il le réclame, malgré moi.

— Tu me hais encore ? demande-t-il, sa main se levant pour effleurer ma joue.

Je ferme les yeux, luttant contre les larmes et contre la vague de sensation que son simple contact provoque.

—Oui.

— Mais ?

Le mot reste suspendu entre nous, plus lourd que le tonnerre.

— Mais..., chuchoté-je, ma résistance s'effritant comme un château de sable sous la marée. Je ne sais plus.

C'est l'aveu. Faible, brisé, honteux. Mais c'est un aveu.

Un éclair illumine la pièce, et dans sa lueur brutale, je vois son regard changer. La froideur calculatrice fait place à quelque chose de plus sombre, de plus primal. De plus dangereux.

— Eléni, murmure-t-il, et mon nom sur ses lèvres n'a jamais sonné ainsi. Comme une prière. Une malédiction.

Il s'enfonce ses doigts dans les cheveux, à la base de mon crâne, et m'attire vers lui. Ce n'est pas doux. C'est possessif. Sauvage.

Et quand ses lèvres se posent enfin sur les miennes, c'est un cataclysme.

Ce n'est pas un baiser. C'est une revendication. Une conquête. Une tempête parfaite. Sa bouche est ardente, insistante, experte. Elle réclame, prend, dévore. Et je... je réponds.

Mon corps trahit tout ce en quoi je croyais. Mes mains se cramponnent à son manteau, non pas pour le repousser, mais pour m'ancrer à lui alors que le monde s'effondre autour de nous. Ma bouche s'ouvre sous la sienne, lui permettant d'explorer, de goûter, de posséder. Un gémissement m'échappe, un son de défaite et de révélation.

Il me serre plus fort contre lui, comme s'il voulait m'incorporer. Son corps dur contre le mien est à la fois une prison et le seul point fixe dans un univers en délire. Je sens son désir, évident, pressant, et le mien lui répond, un feu liquide qui inonde mes veines et consume ma volonté.

Quand il rompt enfin le baiser, nous sommes tous deux haletants. Le tonnerre gronde à nouveau, mais il semble lointain maintenant. Tout semble lointain, à part le battement fou de nos cœurs et le souffle rauque qui s'échappe de nos poitrines.

Il repose son front contre le mien, ses yeux, d'un gris orageux, plongent dans les miens.

—Tu vois ? murmure-t-il, sa voix rauque d'une émotion que je n'avais jamais entendue. C'était inévitable.

Je ne dis rien. Je ne peux pas. Je suis vaincue. Par lui. Par moi-même.

Il a raison. C'était inévitable.

Et alors que la tempête se calme à l'extérieur, je sens une autre tempête, bien plus dévastatrice, commencer à naître en moi. Une tempête de désir, de honte, et d'une terrible, terrifiante reddition.

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