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Chapitre 8 : Les Cendres de la Reddition

مؤلف: Darkness
last update تاريخ النشر: 2025-11-28 20:53:39

Eléni

Le jour se lève, pâle et timide, sur une mer apaisée. Les vagues, épuisées par leur furie, ne sont plus que de douces lèches sur le rocher. Le silence dans la villa est aussi lourd que les draps de soie qui m’enserrent.

Je suis étendue dans mon lit, les yeux grands ouverts, fixant le plafond. Mon corps est un champ de bataille meurtri. Chaque muscle, chaque nerf, crie le souvenir de la nuit. De ses mains. De sa bouche. De l’abandon total, déchirant, dont je porte la marque indélébile.

Je me suis donnée à lui.

Pas par la force. Pas par la peur pour Nikos. Mais parce que mon propre désir, cette bête que j’avais enfermée au plus profond de moi, a brisé ses chaînes et m’a trahie. Dans la bibliothèque, après ce baiser qui a tout pulvérisé, il n’a pas eu à me porter. Je l’ai suivi. J’ai marché jusqu’à sa chambre, un sanctuaire de marbre noir et de bois sombre, sentant son regard brûler mon dos.

Et là, sous la lueur d’une seule lampe, tandis que les derniers grondements de la tempête mouraient au-dehors, je me suis offerte. Il a dénoué mon peignoir avec une lenteur ritualistique, ses doigts traçant le chemin que ses yeux avaient déjà parcouru mille fois. Et quand ma peau nue a rencontré l’air froid, puis la chaleur brûlante de la sienne, je n’ai pas reculé. Je me suis arc-boutée contre lui, muette, les yeux secs, brûlant de cette flamme qu’il avait allumée et que je laissais enfin me consumer.

C’était brutal et tendre, possessif et libérateur. Une conquête et une capitulation simultanées. Un silence hurlant, seulement brisé par le son de notre souffle et le craquement du lit. Il a pris ce qu’il voulait, et j’ai donné ce que je ne savais même pas posséder. Quand la vague finale m’a emportée, un cri étouffé s’est échappé de mes lèvres. Un cri de défaite. Un cri de victoire. Un cri qui appartenait à une autre femme.

Il ne m’a pas serrée dans ses bras après. Il s’est relevé, un spectre pâle et magnifique dans la pénombre, et m’a regardée comme on regarde une œuvre achevée.

— Maintenant, tu es à moi, avait-il murmuré, sa voix plus rauque que jamais.

Puis il était parti, me laissant seule dans les draps froissés, couverte de l’odeur de son corps et de notre péché.

Un bruit à la porte me fait sursauter. Ce n’est pas lui. C’est Daphné. Elle porte un plateau de petit-déjeuner, son visage est une masque de pierre polie. Elle pose le plateau sur la table de chevet sans un mot. Ses yeux effleurent les vêtements du soir dernier, abandonnés sur le sol comme des dépouilles.

— Maître Markos a dû partir tôt pour affaires, annonce-t-elle d’une voix neutre. Il a dit que vous deviez vous reposer.

Le message est clair. L’affaire est conclue. La proie a été consommée. La routine reprend.

Une colère froide naît soudain en moi, balayant la honte et la confusion. Il pense que c’est fini ? Qu’en me possédant, il a gagné ? Il a eu mon corps. Il a peut-être même eu un fragment de mon âme dans ce moment de folie partagée. Mais il ne m’a pas eue, moi. Eléni Petrakis, la femme qui tient le Kyrios.

Je repousse les draps et me lève. Mon corps me rappelle violemment chaque instant de la nuit, mais je serre les dents. Je marche jusqu’à la salle de bain et je me regarde dans le miroir. Mes yeux sont cernés, mais une lueur nouvelle y brûle. Une lueur de défi. Une lueur de guerre.

Il a cru que cette nuit était la fin. La fin de ma résistance.

Il se trompe.

C’en était le commencement.

Je prends une douche brûlante, comme pour laver son parfum, son toucher, le goût de lui sur ma peau. Mais je sais qu’il est en moi, maintenant. Comme un virus. Comme un poison. Je ne peux plus l’expulser. Alors, je vais devoir l’apprivoiser. L’utiliser.

Je sors de la douche, enveloppée dans une serviette. Je croise mon regard dans le miroir.

— Tu es à moi, ai-je murmuré à mon reflet, répétant ses mots.

Mais sur mes lèvres, ils ont un goût différent. Ce n’est pas une soumission. C’est une reprise de possession.

Il veut un soleil qu’il peut canaliser ? Qu’il prenne garde à ne pas se brûler.

La bataille a changé. Les règles viennent d’être réécrites. Et c’est moi, parmi les cendres de ma reddition, qui tiens désormais la plume.

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