Beranda / Loup-garou / LE SILVANIEN ET LE LOUP / Chapitre 2 : L'Appel du Sanctuaire

Share

Chapitre 2 : L'Appel du Sanctuaire

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-02 22:42:29

Léo

Les jours suivants sont un brouillard de peur et de vigilance. Je vis les volets clos, sursautant au moindre craquement, au plus léger hurlement au loin. Le nom Elias tourne en boucle dans ma tête, une mélodie sombre et obsédante. Ses paroles me hantent. « Tu sens comme l’autre rive. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Son regard doré, plein d’une faim qui n’était pas seulement pour la chaire, est gravé au fer rouge derrière mes paupières.

Mais une autre image, tout aussi puissante, persiste : celle de l’être sylvestre, de ses bois d’ébène et de son regard de mousse tranquille. Ce rêve était plus réel que n’importe lequel de mes souvenirs. C’était un souvenir, lui aussi, mais d’un endroit où je n’avais jamais mis les pieds.

La peur finit par céder la place à une curiosité brûlante, plus forte que tout. Je ne peux pas rester enfermé ici à pourrir, à attendre que le loup-garou décide de franchir la porte. Je dois comprendre. Je dois retrouver cette clairière.

Armé d’un vieux couteau rouillé trouvé dans un tiroir de la cuisine, et d’un courage largement factice, je m’enfonce dans la forêt en ce cinquième jour. Le soleil perce à peine la canopée, dessinant des rais de lumière poussiéreuse. Je marche au hasard, guidé par une intuition sourde, une pulsion qui me tire vers le nord-est. L’air est différent ici, plus chargé, plus vivant. Les oiseaux chantent, mais leur chant semble être une mélodie ancienne, porteuse de messages que je ne déchiffre pas.

Après des heures d’errance, les pieds douloureux et le moral en berne, je suis sur le point de rebrousser chemin quand je commence à l’entendre. Un son à peine perceptible, une mélodie de flute lointaine, ou peut-être le simple bruissement du vent dans les feuilles d’une essence d’arbre inconnue. C’est le chant de mon rêve.

Mon cœur fait un bond. Je me mets à courir, bousculant les branches basses, suivant la musique comme un fil d’Ariane. La végétation devient plus dense, plus verte, presque irréelle. Les fleurs semblent plus brillantes, l’air plus doux. Et soudain, je débouche dans la clairière.

C’est exactement comme dans mon rêve. L’herbe est plus verte, les fleurs plus vives, et un arbre colossal, un chêne au tronc large comme trois hommes, trône au centre. Et adossé à lui, il est là.

Kael.

Le nom me vient à l’esprit instinctivement, comme une évidence.

Il n’est pas un rêve. Il est plus réel, plus tangible que tout ce que j’ai jamais connu. La lumière joue sur les muscles de son torse, sur les motifs d’écorce qui dessinent des arabesques le long de ses flancs. Ses bois ne sont pas un accessoire ; ils font partie de son être, nobles et vivants. Ses yeux verts, d’une profondeur abyssale, se posent sur moi, et je vois en eux une curiosité bienveillante, une sagesse qui semble aussi ancienne que la forêt elle-même.

Je reste figé sur le bord de la clairière, incapable de bouger, de parler. La peur a disparu, remplacée par une sensation d’émerveillement si intense qu’elle en est presque douloureuse.

— Tu es revenu.

Sa voix n’est pas un son. C’est une vibration qui résonne directement dans mon crâne, chaude et enveloppante comme le soleil sur la pierre. Elle est calme, mélodieuse.

— Je… Je vous ai vu en rêve, parviens-je à bafouiller, ma propre voix semblant misérable et rauque en comparaison.

Un sourire effleure ses lèvres.

— Les rêves sont les portes les plus directes vers mon domaine. Tu as été appelé. Ton esprit est… réceptif. Plus que la plupart des tiens.

Il se redresse, et sa simple stature, pleine de grâce et de puissance, me coupe le souffle. Il s’approche, sans hâte. Je devrais avoir peur, je devrais fuir. Mais je ne bouge pas. Je suis ensorcelé. L’odeur qui émane de lui est celle de la terre après la pluie, de la mousse et de la sève fraîche.

Il s’arrête à quelques centimètres de moi. Sa chaleur irradie jusqu’à ma peau. Il lève une main et, d’un geste d’une infinie douceur, effleure ma joue. Un choc électrique parcourt tout mon corps, un mélange explosif de surprise, de désir et de reconnaissance. Sa peau est plus douce que je ne l’imaginais, et vivante, comme l’écorce lisse d’un jeune arbre.

— Tu sens l’inquiétude sur toi. La peur. Le loup t’a marqué.

— Elias, dis-je dans un souffle.

Le nom résonne dans la clairière comme une profanation. Une ombre passe dans les yeux verts de Kael.

— Le Solitaire. Son feu consume tout, même lui-même. Il te désire, car ton âme calme pourrait apaiser sa tempête. Mais il te briserait sans le vouloir.

Sa main glisse de ma joue jusqu’à mon cou, puis mon épaule. Son toucher est ferme, rassurant. C’est l’antithèse du désir sauvage et possessif d’Elias. C’est une invitation.

— Ici, tu es en sécurité. Ici, avec moi, tu n’as pas à avoir peur.

Je ferme les yeux, submergé par la sensation. Les résistances, les doutes, la peur accumulée depuis mon arrivée, tout semble se dissoudre sous ses doigts. Je me sens compris, protégé, désiré pour ce que je suis, pas pour une promesse de salut.

— Reste, Léo.

Il connaît mon nom. Bien sûr qu’il le connaît.

Quand j’ouvre les yeux, son visage est si proche. Je peux voir les nuances de vert et d’or dans ses prunelles, les minuscules feuilles de lierre qui semblent pousser à la racine de ses bois. Je me perds dans ce regard.

Et puis, ses lèvres se posent sur les miennes.

Ce n’est pas un baiser humain. C’est une transfusion de vie. Une énergie douce et puissante, verte et dorée, jaillit de lui et emplit tout mon être. Un gémissement m’échappe, un son que je ne me savais pas capable de produire, né d’un plaisir si profond qu’il touche à l’âme. Je sens la forêt autour de nous réagir : les fleurs à nos pieds s’ouvrent un peu plus, les feuilles des arbres frémissent en un doux murmure. Le sol lui-même semble vibrer d’une allégresse silencieuse.

Je m’accroche à ses épaules, mes doigts s’enfonçant dans sa peau ferme, sentant la vie qui palpite sous mes paumes. Le couteau que je tenais encore est tombé dans l’herbe, oublié. Je n’ai plus besoin d’armes. Je n’ai plus besoin de rien, sauf de ça. De lui.

Le baiser semble durer une éternité, une éternité de connexion pure, de magie partagée. Quand nos lèvres se séparent, je suis haletant, étourdi, transformé. Une lueur douce émane de ma propre peau, un écho de la bioluminescence qui danse maintenant sur les bras et la poitrine de Kael.

Il sourit, une expression de tendre possession.

— Vois-tu ? Ici, nous ne faisons qu’un. Toi, moi, la forêt.

Je hoche la tête, incapable de former des mots. Je le vois. Je le sens. Pour la première fois de ma vie, je me sens à ma place.

Soudain, son sourire s’efface. Il tourne la tête vers l’est, ses bois dressés comme s’il captait un son lointain. Ses yeux se font plus sombres.

— Les Dévoreurs. Ils sentent ta présence. Ta lumière neuve les attire. Ils rongent les frontières.

— Qu’est-ce que je dois faire ? demandé-je, ma voix tremblante non plus de peur, mais de détermination.

Il se tourne à nouveau vers moi, et son regard est sérieux.

— Reviens vers moi. Toujours. Chaque fois que le loup t’appelle, souviens-toi de ceci.

Il pose sa main sur ma poitrine, juste au-dessus de mon cœur. Une chaleur intense s’y diffuse, comme une braise bienfaisante.

— Ce lien est ton ancre. Il te protégera. Et ensemble…

Sa voix se fait plus ferme, ses doigts pressant légèrement.

— Ensemble, nous devons être plus forts que le feu du loup et l’ombre des Dévoreurs. Ta venue n’est pas un hasard, Léo. Tu es le chaînon manquant.

La gravité de ses mots s’abat sur moi, mais elle est tempérée par la sensation de sa main sur mon cœur et le goût de son baiser encore sur mes lèvres. Je ne suis plus Léo, le bibliothécaire solitaire. Je suis devenu quelque chose de plus. Je suis l’élu d’un esprit des bois, la convoitise d’un loup-garou, et l’espoir d’une forêt en péril.

Et alors que le soleil commence à décliner, je saisis que le vrai danger n’est peut-être pas de choisir entre Kael et Elias, mais de devoir les affronter tous les deux pour protéger ce nouveau monde auquel j’appartiens désormais.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 47 : Le Souffle du Géant Endormi

    LéoLa meute progresse vers le nord, transformée. Les bêtes affamées et craintives sont devenues une unité organisée, confiante. Kaelen, ou Elias comme la meute l'appelle avec un respect mêlé de crainte, est leur Alpha incontesté. Il ne règne pas par la terreur, mais par une force calme et une sagesse instinctive qui leur parle au plus profond de leur être.Moi, je suis devenu le "Faiseur de Silence", celui qui apaise les douleurs et lit les signes de la terre. Ils m'acceptent, non comme un des leurs, mais comme une partie nécessaire de leur nouveau monde.Les paysages changent. Les forêts de pins cèdent la place à une toundra vaste et ventée, où la neige est balayée par des rafales qui semblent vouloir arracher l'âme. Le froid ici est d'une autre nature, plus sec, plus tranchant. Le ciel, la nuit, est déchiré par des draperies de lumières vertes et violettes, les aurores boréales, dont la beauté glaciale nous laisse sans voix.Nous suivons le souvenir de la vision, la trace d'une ter

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 46 : L'Appel des Loups

    LéoLe départ de notre vallée est différent des autres. Ce n'est pas une fuite. C'est un choix délibéré, une marche vers l'inconnu, lestés d'un but. Nous laissons derrière nous la cabane, le feu qui a vu naître notre étrange famille, l'empreinte de Kaelen dans la neige. Ces souvenirs sont désormais gravés en nous, plus solides que la pierre.Nous marchons vers le nord-ouest, vers les territoires où Kaelen a rencontré la meute errante. La vision de la Baie de Clairvoyance nous guide comme une étoile pâle. L'hiver est toujours aussi rude, mais notre pas est assuré. Nous sommes deux forces complémentaires, unies par une compréhension qui dépasse les mots.Kaelen est différent. Porter son ancien nom lui a rendu une part de lui-même. Il est plus silencieux, plus observateur, mais une sérénité nouvelle a remplacé l'agitation constante. Il ne cache plus la Bête, il la porte comme une armure, comme une partie de son être qu'il a appris à aimer.Au bout de trois jours de marche, nous trouvons

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 45 : L'Écho d'un Nom

    LéoLe retour à la cabane après avoir sauvé Elara est comme revenir d'un long voyage dans un pays étranger. Les murs de bois, l'odeur de la fumée, le crépitement familier du feu… tout semble à la fois inchangé et radicalement différent. Nous avons franchi un seuil invisible. En sauvant l'enfant, nous avons, d'une certaine manière, sauvé une part de nous-mêmes.Les jours qui suivent sont empreints d'une sérénité nouvelle. Elias semble plus ancré, moins enclin à se perdre dans les sombres méandres de ses pensées. Il sculpte davantage, ses mains trouvant une paix dans le travail patient du bois. Moi, je reprends mes études des herbes, mais avec un but nouveau : non plus seulement survivre, mais comprendre. Comprendre les secrets de la vie qui nous entoure.Un après-midi, alors que je trie des racines séchées, Elias pose son couteau.— Tu m'as parlé de ton nom, dit-il. Léo. Mais tu ne m'as jamais demandé le mien.Je lève les yeux, surpris. Il a toujours été "Elias" pour moi. Un nom que je

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 44 : L'Empreinte sur la Neige

    LéoLe cœur de l'hiver est un géant endormi dont le souffle gèle les cimes des arbres et fige la rivière en un ruban de verre noir. La neige est si profonde qu'elle avale les sons, créant un silence si absolu qu'on entend le sang battre dans ses propres oreilles. Nous sommes reclus, ensevelis, et cette isolation devient notre nouvelle normale.Un matin, je me réveille avant l'aube. Le feu n'est plus que des braises rougeoyantes. Elias n'est pas à ses côtés. Une pointe d'inquiétude, devenue rare, me transperce. Je m'habille rapidement et sors dans le froid mordant.La neige a cessé de tomber. Le ciel est dégagé, constellé d'étoiles si brillantes qu'elles semblent percer la rétine. Et là, au centre de la clairière devant notre cabane, se tient Elias.Il est dans sa forme lupine, mais immobile. Pas en alerte, mais en contemplation. Il regarde quelque chose à ses pieds. Je m'approche, mes pas étouffés par l'épaisse couche de neige.Il a tracé un motif dans la neige. Ce n'est pas une piste

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 43 : Le Silence de la Neige

    LéoL'hiver s'abat sur notre vallée avec la force d'un marteau. La neige tombe sans discontinuer pendant des jours, ensevelissant le monde sous un linceul blanc et silencieux. Le vent hurle comme une bête blessée, sculptant des congères contre les parois de notre cabane. Nous sommes coupés du monde, prisonniers de notre propre sanctuaire.À l'intérieur, le feu crépite, une bulle de chaleur et de lumière contre l'obscurité glaciale. L'air sent le pin brûlé, la viande séchée et la sérénité gagnée de haute lutte. Elias a colmaté toutes les fissures, renforcé la porte. Nous sommes en sécurité. Pour l'instant.Les jours se ressemblent, rythmés par les tâches essentielles. Entretenir le feu. Faire fondre la neige pour avoir de l'eau. Surveiller nos provisions. Ces heures pourraient être une épreuve, une source de tension. Elles deviennent au contraire le ciment de notre étrange famille.Elias passe une partie de son temps à sculpter. Ce n'est plus seulement utilitaire. Il façonne maintenant

  • LE SILVANIEN ET LE LOUP   Chapitre 42 : Le Choix du Solitaire

    LéoL'automne arrive, teignant les forêts de nos montagnes en une symphonie de rouges, d'or et de cuivre. L'air se fait plus vif, portant la promesse d'un autre hiver. Notre camp est devenu un véritable foyer. La cabane est solide, le garde-manger est plein, et une compréhension profonde, presque silencieuse, s'est installée entre Elias et moi.Ce matin-là, je le trouve debout au bord de la falaise qui surplombe notre vallée. Il est immobile, regardant l'horizon où les pics enneigés mordent un ciel d'un bleu glacial. Son dos est large, sa posture assurée, mais je sens une tension en lui, différente de la colère ou de l'agitation. C'est une gravité nouvelle.— Tu es pensif, dis-je en m'approchant.Il ne se retourne pas tout de suite.— L'hiver va être long, dit-il finalement. Le gibier se fera rare.— Nous sommes préparés. Nous avons des provisions. Nous survivrons.— Survivre, répète-t-il, comme si le mot avait un goût amer. Ce n'est plus suffisant.Je me tais, attendant qu'il poursui

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status