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Chapitre 5— Le duel silencieux

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-17 01:32:33

Valentina

Le deuxième cours arrive plus vite que je ne l'espérais. Je me suis préparée avec soin. Pas pour lui plaire. Non. Pour le déstabiliser. Pour le forcer à me regarder, à me désirer, à se haïr de me désirer. J'ai choisi une robe rouge, ajustée, qui s'arrête à mi-cuisse. Le tissu épouse mes formes comme une seconde peau, souligne mes hanches, ma taille, la courbe de mes seins. Des talons vertigineux allongent mes jambes, cambrent mes reins, donnent à ma démarche une ondulation féline. Mes cheveux sont lâchés, ils ondulent sur mes épaules et dans mon dos. Mes lèvres sont peintes d'un rouge profond, celui du sang, celui de la passion, celui du danger. Je suis une arme. Et je compte bien m'en servir.

J'entre dans l'amphithéâtre. Les regards se tournent vers moi. Les étudiants, hommes et femmes, me dévisagent. Certains avec admiration, d'autres avec envie, d'autres encore avec une jalousie à peine dissimulée. Je les ignore. Je n'ai qu'un seul objectif. Je m'installe au premier rang, cette fois. Pas au fond. Je veux être dans son champ de vision. Je veux qu'il me voie. Qu'il me sente. Qu'il respire mon parfum. Qu'il devine la chaleur de ma peau sous le tissu rouge.

Il entre à son tour. Son regard balaie la salle, s'arrête sur moi. Je le soutiens, immobile. Mes jambes sont croisées, ma robe remonte légèrement sur mes cuisses, dévoile le galbe de mes mollets, la naissance de mes genoux. Il détourne les yeux, se dirige vers son bureau. Mais j'ai vu. J'ai vu la tension dans sa mâchoire. La façon dont ses doigts se sont crispés sur sa mallette. La façon dont ses épaules se sont raidies. Il m'a vue. Il me veut. Et il se déteste pour ça.

Le cours commence. Il parle de l'art précolombien, de la symbolique du jaguar, de la puissance féminine dans les sociétés andines. Sa voix est toujours aussi grave, mais je perçois une infime différence. Une légère accélération. Un trouble qu'il s'efforce de masquer. Ses mains sont posées à plat sur le bureau, mais je vois ses jointures blanchir. Il se retient. De quoi ? De me regarder ? De me parler ? De me jeter dehors pour me punir de cette provocation silencieuse ?

Je lève la main.

Il s'interrompt, me fixe. Son regard est direct, presque agressif. Une lueur de défi brille dans ses yeux sombres. Il n'aime pas être interrompu. Il n'aime pas être mis en question. Mais il ne peut pas m'ignorer. Je suis là, au premier rang, dans ma robe rouge, avec mes lèvres peintes et mes jambes croisées. Je suis une présence impossible à ignorer.

— Oui, mademoiselle Sosa ?

Il connaît mon nom. Je souris intérieurement. Il a consulté les listes. Il s'est renseigné. Il n'est pas aussi indifférent qu'il le prétend. Il a pensé à moi. Peut-être même qu'il a pensé à moi cette nuit, comme j'ai pensé à lui.

— Vous parlez de la représentation du féminin dans l'art andin comme d'une force passive, soumise à la symbolique masculine. Mais les dernières recherches de l'Université de Córdoba suggèrent le contraire. Les figurines de fertilité, par exemple, étaient souvent placées au centre des autels domestiques. La femme n'était pas un symbole secondaire. Elle était le cœur du foyer, la garante de la continuité. Peut-être que votre interprétation est un peu datée, professeur.

Le silence s'abat sur la salle. Les autres étudiants me regardent, choqués. Personne n'ose défier Herrera. Personne ne le contredit. Sauf moi. Je le défie ouvertement, sans peur, sans hésitation. Et je vois dans ses yeux une étincelle. Pas de la colère. Non. Quelque chose de plus dangereux. De l'intérêt.

Il me fixe longuement. Son regard est indéchiffrable. Je soutiens son regard sans ciller. Mon cœur bat vite, mais je ne le montre pas. Je suis dans mon élément. Je suis née pour ce genre de duel. Pour ce combat silencieux où les mots sont des armes, où les regards sont des caresses, où chaque phrase est un pas de plus vers l'inévitable.

— Votre remarque est intéressante, mademoiselle Sosa. Mais vous confondez symbolique et organisation sociale. Les sociétés andines étaient patriarcales. Les femmes avaient un rôle important, certes, mais subordonné. Les figurines de fertilité ne changent rien à cette réalité.

Je penche légèrement la tête. Mes cheveux glissent sur mon épaule. Je le vois suivre le mouvement des yeux, malgré lui.

— Subordonné selon nos critères contemporains, professeur. Mais peut-être que le pouvoir féminin s'exprimait autrement. Par la ruse, par la résistance, par la séduction. Ce n'est pas parce qu'une femme ne domine pas ouvertement qu'elle n'exerce pas une influence décisive.

Mes mots claquent dans l'air. Je les ai choisis avec soin. La séduction. L'influence. Le pouvoir caché. Il comprend le message. Je le vois à la façon dont ses pupilles se dilatent légèrement. À la façon dont sa respiration s'accélère. Il se penche en avant, pose ses mains à plat sur le bureau. La tension dans la salle est palpable.

— Et selon vous, cette influence serait forcément bénéfique ?

— Pas forcément. Mais elle est réelle. Et souvent invisible. Elle s'exerce dans l'ombre, sans bruit, sans éclat. Et c'est précisément ce qui la rend si puissante.

Il me regarde encore. Un long moment. Nos regards se verrouillent, se défient, se jaugent. Je sens la chaleur monter en moi. Entre mes cuisses. Sur ma peau. Dans mon ventre. Je me retiens de me mordre la lèvre. Il est beau, là, penché en avant, les yeux plantés dans les miens. Il est magnifique. Et il est à moi. Il ne le sait pas encore. Mais il est à moi.

Puis il se redresse, reprend son cours. Mais je sais que j'ai gagné. J'ai semé le trouble. Il va y penser toute la journée. Et peut-être toute la nuit. Peut-être qu'il va se toucher en pensant à moi, comme je me suis touchée en pensant à lui. Peut-être qu'il va se haïr de me désirer. Peut-être qu'il va céder.

Le cours se termine. Les étudiants se dispersent. Je me lève lentement, ramasse mes affaires. Je sens son regard sur moi. Sur mes jambes, sur mes reins, sur ma nuque. Je fais semblant de ne pas le voir. Je marche vers la sortie, les hanches ondulant naturellement. Ma robe rouge épouse mes fesses, souligne chaque mouvement. Je sens la chaleur de son regard me brûler la peau. Je ne me retourne pas.

Dehors, l'air est frais. Je respire profondément. Mes joues sont chaudes. Mon corps est en alerte. Je viens de le défier publiquement. Et il n'a pas aimé ça. Mais il n'a pas détourné les yeux. Il n'a pas fui. Il est resté là, planté derrière son bureau, à me regarder. À me désirer.

Je souris. Ce n'est que le début.

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