LOGINMarcus hoche la tête, pensif.— C'est exactement ce que j'ai ressenti en arrivant au Cercle. Je suis venu pour enquêter, pour dénoncer, pour libérer des victimes. Et j'ai découvert que les membres du Cercle n'étaient pas des victimes. Ils étaient des volontaires. Ils avaient choisi d'être là, choisi de se soumettre, choisi de souffrir. Leur souffrance avait un sens. Elle les libérait de quelque chose , un traumatisme, une peur, une prison intérieure. Je ne pouvais pas dénoncer ça. Je ne pouvais pas le juger.— Et tu es resté.— Je suis resté. Et j'ai commencé à me poser les mêmes questions que toi. Qu'est-ce que la liberté ? Qu'est-ce que le pouvoir ? Qu'est-ce que l'amour ?La matinée s'écoule, légère, précieuse. Vers midi, nous quittons le café, laissant Rosalie nous saluer chaleureusement avec la recommandation de ne pas rester si longtemps sans revenir. Nous marchons dans les rues du Marais, main dans la main, sans destination précis
LénaLa porte de ma cellule s'ouvre alors que le jour n'a pas encore complètement envahi le ciel. Marcus se tient dans l'encadrement, vêtu simplement , un pull à col roulé sombre, un jean, des bottes de cuir usé. Il ressemble à l'homme que j'ai aperçu dans le square, pas au gardien du Cercle. Ses yeux brillent d'une lumière que je ne leur avais jamais vue, une anticipation presque enfantine qui contraste avec sa carrure imposante.— Prête ? demande-t-il à voix basse, comme s'il craignait de réveiller les pierres elles-mêmes.— Prête, dis-je en me levant.Je porte une robe simple, bleu marine, que j'ai trouvée dans l'armoire de ma cellule ce matin. Quelqu'un l'y a déposée pendant mon sommeil , Damiana, probablement, ou une servante sur son ordre. C'est un vêtement qui n'appartient pas au Cercle, un vêtement du dehors, comme si on m'autorisait à redevenir moi-même le temps d'une journée. Le tissu est doux, fluide, il caresse mes jambes qua
Il me regarde avec une intensité nouvelle. Ses doigts se referment sur les miens.— Tu es incroyable, tu sais ? Tu arrives dans ma vie, tu bousilles tout, et au lieu de partir en courant, tu proposes de reconstruire. Avec moi. Avec elle. Un truc complètement fou.— La folie, c'est de continuer à souffrir en silence alors qu'on pourrait être heureux.Il se penche vers moi, pose son front contre le mien. Nous restons ainsi, immobiles, les yeux fermés, respirant le même air, partageant le même espoir. Le matin s'achève, le soleil perce les nuages, et le square s'illumine d'une lumière dorée. Comme un présage. Comme une promesse.— Rentrons, dit-il enfin. On a du travail.Nous reprenons le chemin du Cercle, main dans la main, le cœur gonflé d'une détermination nouvelle. Nous ne sommes plus deux solitudes qui se tournent autour. Nous sommes une alliance. Une équipe. Une force qui va, peut-être, réussir là où chacun seul aurait échoué.
Il se tait, perdu dans ses souvenirs. Un moineau vient picorer à nos pieds, s'envole, revient, plus hardi. Le bassin murmure doucement. La ville, au loin, gronde de sa rumeur familière. — Tu ne regrettes pas ? demandai-je. D'avoir tout quitté ? Ta carrière, ta vie d'avant ? — Parfois. La première année, j'ai failli repartir plusieurs fois. Mais chaque fois, je revenais. Pas pour le Cercle. Pour elle. Et maintenant, pour toi aussi. Il me regarde, et je vois dans ses yeux une intensité qui me fait frissonner. — Nous sommes en train de construire quelque chose, Léna. Toi et moi. Quelque chose de fragile, d'inédit. Je ne sais pas où ça nous mènera, mais je sais que c'est important. Que c'est la première fois depuis trois ans que j'ai l'impression d'avancer au lieu de stagner. — Moi aussi. J'ai l'impression que tout ce que j'ai vécu avant m'a conduite ici. Comme si le Cercle était le point de conve
LénaLe lendemain matin, Marcus vient me chercher à l'aube. Je suis déjà prête , vêtue simplement, jeans et pull-over, les cheveux attachés en queue de cheval. Pas de tunique de novice, pas de tenue de cérémonie. Juste Léna. Celle que j'étais avant, celle que je redeviens peu à peu, enrichie de tout ce que j'ai vécu.— Prête ? demande-t-il en souriant.— Prête.Nous traversons les couloirs du Cercle encore endormis. Les torches de la nuit finissent de se consumer, remplacées par la lumière grise du matin qui filtre par les soupiraux. Nous croisons quelques servantes silencieuses, un membre masqué qui revient d'une nuit de rituels, les yeux cernés mais le sourire beat. Le Cercle n'est jamais vraiment endormi , il vit à un rythme différent, nocturne, secret, en décalage avec le monde extérieur.Marcus me guide vers une porte que je n'avais jamais remarquée, dissimulée derrière une tapisserie dans un recoin sombre. Il sort une clé,
Marcus se lève, marche jusqu'à la fenêtre, s'y arrête, le front contre la vitre froide. Je vois son reflet dans le verre , un visage tourmenté, des yeux qui cherchent une réponse dans la nuit parisienne.— Trois ans, murmure-t-il. Trois ans que je l'aime, et elle ne m'a jamais rien dit d'aussi intime. Tu arrives, et en dix jours, elle te livre son âme.— Ce n'est pas une compétition, Marcus. Et puis, ce n'est pas à moi qu'elle s'est confiée. C'est à une autre femme. Une femme qui a aussi connu la peur, le doute, la fuite. Une femme qui peut comprendre ce qu'elle a vécu sans la juger. Toi, tu es un homme. Et pour elle, les hommes sont...— Ses bourreaux. Oui, je sais. Je le sais depuis le début. C'est pour ça que je n'ai jamais rien dit. Parce que je sais que mon amour, pour elle, est une menace. Parce que je sais que si je m'approche trop près, elle verra en moi tous les hommes qui l'ont fait souffrir.Il se retourne, et je vois des larm
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







