LOGINLa recherche d Elena absorbait Adrian depuis près de trois semaines. Il avait suivi chaque piste que Cheryl avait pu trouver, des hôpitaux et cliniques jusqu aux endroits qu Elena avait habités dans son passé.
Et pourtant, ce matin, alors qu il etait assis en face du père de la femme qu il connaissait a peine, l homme en etait venu a une affreuse réalisation. Il avait cherché l absence d Elena aux mauvais endroits. Victor Voss avait accepté de le rencontrer dans la maison familiale des Voss, bien que dès qu Adrian fut invité a entrer, il put constater a quel point cette rencontre pesait sur Victor. Il etait fatigué. A vrai dire, l homme considérait Adrian comme une distraction. Adrian s etait assis dans le bureau, et l homme plus âgé l observa avant de prendre la parole. Vous la cherchez toujours. Adrian soutint son regard. Oui. Victor Voss se renversa dans son fauteuil. Et si vous la trouvez? Adrian hésita. Je la laisserai décider de la suite. L homme plus âgé expira bruyamment. Au moins, vous avez appris quelque chose. Adrian réagit a peine au reproche. J ai besoin de votre aide. Les yeux de Victor se plissèrent. Pour quoi faire? Elena. L expression de l homme se durcit. Je vous l ai déjà dit. Elle ne veut pas être trouvée. Adrian resta impassible. Je sais. Alors pourquoi êtes-vous ici? Adrian hésita. Parce que j ai réalisé que je ne connaissais pas ma femme. Le regard de Victor vacilla avec quelque chose qu Adrian ne put identifier. Vous connaissez son poste chez Voss Textiles. Ce qu elle a étudié. Ce qu elle fait pour le travail. Les œuvres de charité qu elle visite parce que je les ai visitées avec elle. Il prit une inspiration. Mais je ne sais pas ce qu elle fait quand personne ne la regarde. Victor Voss le fixa intensément. Pourquoi est-ce important? Adrian soutint son regard avec calme. Parce que c est cette femme-là que j essaie de trouver. Un lourd silence s étira entre eux avant que Victor ne se penche enfin en avant. Que voulez-vous savoir? Tout ce dont vous pouvez vous souvenir. Victor Voss eut un sourire sans humour. Hormis ce qui est évident, j imagine? Oui. Commencez petit. L homme plus âgé resta silencieux pendant un long moment. Elle aime les vieilles librairies. Adrian cligna des yeux. Des librairies? Victor hocha la tête. Il y en avait une près de l université. Elle y disparaissait pendant des heures. Que lisait-elle? Des romans, principalement. Adrian faillit rire doucement. Elena n avait jamais été du genre a lire de la fiction. Elle avait des magazines sur sa table de chevet, des publications de mode et des journaux du secteur, des piles de rapports laissés au hasard sur la table basse, mais pas de livres. Je ne pense pas l avoir jamais vue lire un roman. Victor secoua la tête. En fait, moi non plus. Adrian fronça les sourcils. Y va-t-elle toujours? Je ne sais pas. Victor hésita. Outre les librairies, elle aime les jardins botaniques. Les doigts d Adrian se crispèrent sur son genou. Il etait allé dans un jardin botanique pour un déjeuner de charité une fois, et pendant l entracte, il etait allé dans le hall pour prendre un appel. Lorsqu il etait revenu, Elena l attendait dans le foyer. Elle regardait les fleurs dans l atrium, et elle ne semblait pas l avoir remarqué jusqu a ce qu il soit presque sur elle. Il avait toujours supposé qu elle etait déçue qu il n ait pas attendu pour lui parler. Maintenant, Adrian se posait des questions. Quoi d autre? Victor Voss resta silencieux un instant. Elle déteste les restaurants bondés. Adrian le fixa. Nous avons dîné dans des dizaines d entre eux. L expression de Victor etait presque accusatrice. Et elle a souri tout au long des repas. Adrian baissa les yeux sur ses mains. Cela faisait mal. Elle préfère les petits cafés. Un en particulier? Près de la rivière. Elle y allait après l université. Adrian avait déjà sorti son téléphone. Pourtant, il hésita. Il n avait aucune intention de transformer ses lieux de prédilection en sombres endroits où la traquer. Qu en est-il de ses habitudes? Victor eut un faible sourire, presque désapprobateur. Elle parle aux plantes. Adrian cligna des yeux. Quoi? Vous m avez bien entendu. Je ne savais pas qu elle avait des plantes. Elle en a plusieurs. Adrian essayait de se représenter la femme dans son esprit, l appartement dans lequel elle vivait. Il y avait eu des plantes partout, des petites sur le rebord de la fenêtre, une grande appuyée contre le balcon. Il ne s etait jamais demandé pourquoi. Il avait toujours supposé que c etait le décorateur d intérieur qui avait aménagé son appartement. Elle leur donne des noms, ajouta Victor. Adrian leva les yeux. Elle leur donne des noms? Apparemment. Adrian dut réprimer un rire. Qu est-ce qui ne allait pas chez lui? Il la connaissait a peine et rassemblait déjà des informations inutiles sur cette femme. Quels sont leurs noms? Je n en ai aucune idée. Le sourire disparut des lèvres d Adrian. Lui non plus n en avait aucune idée. C etait bien cela le problème, n etait-ce pas? Il ne la connaissait pas. La voix de Victor Voss se fit plus douce. Elle déteste aussi les orages. Le cœur d Adrian se serra. La pluie. Il n avait rien pensé des nuits qu elle passait assise près de la fenêtre avec une couverture pliée sur les genoux. Il avait supposé qu elle aimait simplement le paysage. Elle ne les aime pas? Elle ne les a jamais aimés. Adrian tourna son regard vers la fenêtre. Elle ne me l a jamais dit Lui avez-vous seulement demandé? C etait une accusation, mais il n y avait pas de réponse a cela. L homme plus âgé prit une inspiration. Quand elle etait petite et qu elle avait peur, elle dormait avec la lumière du couloir allumée. La poitrine d Adrian se serra. La lumière du couloir. Le souvenir de mois passés avec une petite veilleuse éclairant l extérieur de leur porte vacilla dans son esprit. Il ne s etait jamais posé de question, n avait jamais cherché a savoir pourquoi Elena faisait cela. Victor Voss observa la réalisation s installer chez Adrian. Vous commencez a comprendre. Oui. Bien. Adrian se renversa dans son siège. Son endroit préféré? Victor Voss réfléchit. Le jardin de sa mère. L expression d Adrian s assombrit. Sa mère? Malgré tout. Il en resta là. Elena s asseyait sous le vieux jacaranda et dessinait. Adrian cligna des yeux. Elle dessine? Elle dessinait. Adrian essayait de se rappeler s il l avait déjà vue faire cela. Elle dessinait... des vêtements, principalement. Des fleurs. Des bâtiments. Des gens. Victor Voss eut un petit sourire triste. Elle m a dessiné une fois pendant que je dormais. Adrian faillit rire doucement. L avez-vous toujours? Quelque part. Il hocha la tête. Merci. Victor l étudiait. Pourquoi rassemblez-vous toutes ces choses? Adrian soutint le regard de l homme. Parce que si je la trouve, je ne veux pas la revoir comme une inconnue. Les lèvres de Victor Voss se plissèrent. L homme plus âgé en avait assez vu de sa fille pour réaliser que cet homme ne connaissait vraiment pas du tout Elena. Il y a autre chose. Adrian attendit. Elle aime les lettres manuscrites. Son cœur sombra. Des lettres. Il n en avait envoyé exactement aucune a Elena. Des courriels, peut-être, des messages de son assistante, des emplois du temps, mais jamais une lettre. Elle m a dit un jour, continua Victor, que les cadeaux les plus significatifs étaient ceux que quelqu un prenait le temps de fabriquer. L esprit d Adrian vacilla. La bague dans son coffre-fort, celle qu il avait achetée a Singapour, sembla soudain dénuée de sens. Tout l argent qu il avait dépensé pour Elena, alors que tout ce qu elle voulait, c etait du temps et des efforts. Victor se leva. C est tout ce a quoi je peux penser. Adrian se leva également. Merci. Alors qu il partait, Victor le rappela. Adrian se tourna. Si vous la trouvez, ne lui dites pas toutes ces choses. Adrian fronça les sourcils. Pourquoi pas? Parce qu elle n a pas besoin que vous sachiez toutes ces choses. La voix de Victor etait presque dure. Elle a besoin de comprendre que vous avez réellement prêté attention. Adrian hocha la tête. Je comprends. En sortant, il s arrêta au jardin botanique et se promena dans les allées. Il imagina Elena parcourant le périmètre, comme elle le faisait parfois lorsqu elle etait perdue dans ses pensées. Il visita le petit café mentionné par l homme plus âgé et s assit dans un box dans un coin, observant les quelques personnes qui étaient entrées dans l établissement. Une femme lisait un livre près de la fenêtre, une autre griffonnait des notes dans un petit carnet. Adrian se demanda quelle place Elena aurait choisie, mais la seule chose qu il fit fut de sortir son téléphone et de regarder son contact. Pour la première fois, il l ouvrit sans aucune intention de l appeler. Il fixa son nom, son pouce survolant l écran, puis, au lieu d envoyer un message, il ouvrit ses notes et tapota: Choses qu Elena aime. Juste en dessous, il écrivit: Les vieilles librairies. Les jardins botaniques. Puis, il ajouta: Les orages l effraient. C etait une chose étrange a écrire, mais Adrian ne pouvait se défaire du sentiment qu il avait appris sur Elena, par l intermédiaire de son père, quelque chose qu Elena elle-même n aurait jamais été en mesure de lui dire. C etait peut-être pour cela que cela faisait si mal. Il pouvait revoir Elena, non pas parce qu il allait apprendre quelque chose de profond sur elle, mais parce qu il allait réaliser combien de choses elle faisait sans qu il s arrête jamais pour y prêter attention. C etait une affreuse, une bien affreuse façon d apprendre a connaître la femme qu il pensait connaître. Victor lui avait donné une carte, mais elle n avait pas d adresses. Pourtant, sur le chemin du retour, Adrian savait qu il etait plus près de la trouver qu il ne l avait jamais été. Adrian regarda le téléphone dans ses mains. Il ne savait toujours pas où elle etait, mais il avait déjà l impression de chercher la mauvaise chose. Il ne cherchait plus Elena, plus maintenant. Il cherchait quelque chose qu il pensait connaître, et plus il faisait cela, plus il allait réaliser qu il n avait jamais vraiment regardé Elena du tout. La prochaine fois qu il la trouverait, il serait prêt a la connaître. Et peut-être, juste peut-être, serait-elle prête a le laisser faire.CherylL enveloppe n avait rien de special. C est pourquoi j y ai prete attention. Si vous cherchez des informations sur Elena, les indices les plus vitaux s annoncent rarement. Ils peuvent apparaître dans une base de donnees, un reçu oublie, ou une adresse anodine griffonnee sur le coin d une enveloppe professionnelle.Je me suis adossee a un dossier sur mon bureau. Bellflower. Voss Textiles. Dossiers de distribution. Factures. Rien d anormal. Rien qui suggererait ou chercher des informations sur Elena Marisol Voss. Pas avant les informations d expedition. L adresse n etait pas le cottage d Elena. Ce n etait pas non plus l adresse de Marisol. C etait un petit centre d affaires a Havenridge.Je me suis penchee en avant et j ai jete un coup d œil au nom associe au compte. Bellflower Design Studio. J ai verifie la date sur l enveloppe, puis un autre document avec la meme adresse mais une date differente. Puis un autre. Il etait assez clair qu Elena recevait de la correspondance professi
AdrianLa chambre de bebe etait prete. C etait bien cela le probleme. Elle etait entierement prete pour un enfant qui n y avait jamais mis les pieds. J etais debout sur le seuil de la porte ce soir-la, une main pressee contre le cadre, observant la piece. Le berceau etait place sous la fenetre. La petite couverture blanche pliee soigneusement a ses pieds. La petite robe que j avais achetee il y a des mois etait toujours placee dans la vitrine a l interieur. Sur le mur, la plaque en bois proclamait: Vous etes aimee.J avais pense a ces mots comme a la promesse la plus simple que je pouvais faire. Ce soir, cependant, ces mots ressemblaient a un poids. Je suis entre dans la piece. Elle etait silencieuse. Pas paisible, mais en attente. Je me suis approche du berceau et j ai pose ma main sur le rebord en bois. Pendant des mois, j avais imagine cette piece remplie de sons. Les pleurs d un enfant a deux heures du matin. De petits pas a mesure qu elle grandissait. Des rires. Elena me disant q
ElenaLe cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian.Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe.L appel
ElenaLe matin est venu, calme. Je me suis reveillee au doux son de pas dans le couloir et au bip du moniteur a cote de mon lit. J ai oublie ou je me trouvais. Puis j ai vu le plafond de l hopital. La perfusion dans mon bras. Le moniteur enroule autour de mon ventre. Et Marisol endormie dans le fauteuil a cote de moi. Je me suis souvenue de tout. La peur. Le trajet. Les questions. La longue nuit a attendre chaque nouveau resultat.Ma main s est immediatement dirigee vers mon ventre. Bonjour. J ai entendu un doux mouvement en reponse. J ai souri. Tu es toujours la. Mais bien sur qu elle l est. J ai regarde vers la porte. Le docteur Whitfield etait la, une tablette a la main. Je me suis redressee legerement. Comment va-t-elle? Le docteur a souri. Elle va tres bien. Le souffle suivant qui est sorti de moi etait du soulagement.Vraiment? Vraiment. Son rythme cardiaque s est maintenu toute la nuit. Votre examen est rassurant et nous ne voyons pas de signes indiquant que vous avez commence
ElenaA dix heures ce soir-la, je etais convaincue que le pire de la journee etait derriere moi. J avais pris le medicament que le docteur Whitfield avait recommande, j avais bu plus d eau et j avais passe la soiree allongee sur le canape avec les pieds mesures élevés. Marisol n avait presque pas quitte mon regard pendant tout ce temps. Elle a fait de la soupe. Elle s est penchee au-dessus de moi toutes les vingt minutes. Elle a meme réagencé les coussins tout autour de moi comme si le bon ordre ou la bonne disposition allait d une certaine maniere garantir que rien d autre de grave ne se produirait. J ai apprecie cela. Plus que tu ne pourrais jamais le savoir.Tu as besoin de dormir, ai-je dit a Marisol. Toi aussi. C est ce que je fais! Tu fixes la meme partie du plafond depuis quinze minutes. J aime cette partie du plafond. Elle a leve les yeux au ciel. Elle le faisait toujours. J ai souri. Pour la premiere fois depuis le matin, j avais une lueur de normalite, le quotidien banal que
ElenaLa journee a commence normalement. C est ce qui a rendu la frayeur encore plus effrayante. Je me reveillais avant l aube presque chaque jour maintenant, une main sur le ventre. Je restais la pendant quelques secondes en regardant autour du cottage vide sous la douce couverture. Les oiseaux etaient occupes dehors et, quelque part plus loin, une voiture passait de temps en temps. J ai souri en reconnaissant cette sensation familiere sous ma main. Bonjour, petite fille. Il n y a pas eu de coup de pied en reponse.Je ne etais pas trop inquiete parce que ce n etait pas comme si Amara n avait pas un emploi du temps. Du moins, c etait ce que je me disais. Je me suis levee, j ai mis des vêtements confortables et j ai rejoint Marisol dans la cuisine qui preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air fatiguee, a-t-elle dit en m observant. Je le suis. Tu m as dit cela chaque jour cette semaine. Parce que je suis enceinte chaque jour cette semaine. Elle a ri doucement puis m a fait un sourir







