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Chapitre 7

Penulis: Roman
last update Tanggal publikasi: 2026-08-17 03:13:11

Chapitre 7

Ysoria

Je n’aurais pas dû passer par le salon ouest. C’est un raccourci que j’ai pris sans réfléchir, les bras chargés de linge propre. La porte était entrouverte. Les voix m’ont arrêtée net. Des éclats de colère, étouffés, puis une phrase plus forte, lancée comme une pierre.

— Tu ne peux pas continuer à tout détruire, Eryx. Ce n’est pas elle qui est morte, c’est toi aussi.

Je me suis figée. Mon souffle s’est suspendu. À travers l’entrebâillement, j’ai vu Eryx debout face à un homme plus âgé, le visage empourpré, les mains tremblantes. Un oncle, peut-être. Un cousin. Un membre de cette famille Valcyr dont on murmure le nom avec crainte. L’homme portait un manteau sombre, comme s’il s’apprêtait à partir. Eryx, lui, ne bougeait pas. Il se tenait très droit, les bras croisés, les mâchoires serrées. Une colère froide émanait de lui, si dense qu’elle semblait plier la lumière autour de lui.

— Tu n’as aucune idée de ce que c’était, a-t-il répondu d’une voix basse.

— Je sais que tu utilises la mort d’Éléna pour justifier tes crimes, a rétorqué l’homme. Tu détruis des familles entières, Eryx. Tu signes des ruines. Et pour quoi ? Pour apaiser un fantôme ?

J’ai vu les épaules d’Eryx se raidir. Sa mâchoire s’est crispée, une veine a sailli sur son cou. Il a fait un pas vers l’homme, et j’ai cru qu’il allait le frapper. Mais il s’est arrêté à un souffle de lui, le regard incendié.

— Sors d’ici, a-t-il dit. Avant que je ne dise ce que je sais vraiment.

L’homme a blêmi. Il a ouvert la bouche, puis l’a refermée. Il a reculé, a tourné les talons et a quitté la pièce par une autre porte. Le silence est retombé, lourd, brûlant.

Je n’aurais pas dû rester. Je le savais. Mais mes jambes étaient clouées au sol. Je venais d’apercevoir quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. Derrière le milliardaire cruel, derrière l’homme qui détruit des familles sans un battement de cil, il y avait un homme blessé. Un homme brisé. La douleur dans sa voix n’était pas de la colère. C’était du chagrin. Un chagrin immense, sauvage, qui n’avait jamais cicatrisé.

C’est à ce moment qu’il m’a remarquée.

Son regard a glissé vers la porte, vers moi. Il s’est posé sur mon visage, et j’ai vu la douleur se refermer brutalement, comme une porte claquée. Son expression s’est durcie. Ses yeux sont devenus deux éclats de glace.

— Vous, a-t-il dit.

Sa voix était froide, tranchante. J’ai reculé d’un pas, le cœur battant.

— Vous écoutez aux portes, maintenant ? a-t-il demandé en s’avançant.

— Je passais, j’ai entendu…

— Je ne vous ai pas demandé de vous justifier.

Il s’est arrêté à quelques pas de moi. L’air entre nous s’est chargé d’électricité. Il me dominait de toute sa hauteur, et je me suis sentie minuscule, honteuse, fautive.

— Qu’est-ce que vous faites dans cette aile ? a-t-il repris.

— Je portais du linge, j’ai pris ce couloir pour gagner du temps.

— Vous n’avez pas le droit de vous trouver ici.

— Je l’ignorais.

— Vous ignorez beaucoup de choses, et pourtant vous vous trouvez toujours au mauvais endroit.

Sa remarque m’a cinglée comme une gifle. J’ai serré le linge contre ma poitrine, les joues brûlantes. Il m’a regardée avec une condescendance si froide que j’ai eu envie de disparaître sur place.

— Vous n’êtes qu’une employée, a-t-il dit lentement, comme si chaque mot devait s’enfoncer. Vous n’êtes rien ici. Vous n’avez aucune importance. Ne l’oubliez pas.

Ses paroles sont tombées comme des pierres dans l’eau noire. J’ai hoché la tête, incapable de parler. Mes yeux piquaient, mais je me suis interdit de pleurer devant lui. Je me suis redressée, malgré la honte qui me brûlait la gorge.

— Bien, monsieur, ai-je murmuré.

— Allez.

Je suis partie sans demander mon reste, le visage en feu. Mes pas résonnaient dans le couloir, trop rapides, trop forts. Je ne me suis pas retournée. Je ne voulais pas qu’il voie à quel point il m’avait humiliée.

Mais en marchant, j’entendais encore sa voix brisée lors de la dispute. L’homme qui menaçait son oncle, qui parlait de fantômes, qui disait « Avant que je ne dise ce que je sais vraiment. »

Cet homme-là n’était pas que le milliardaire cruel.

Il était un frère en deuil.

Et je venais de le voir à nu, l’espace d’un instant, avant qu’il ne referme la porte.

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