MasukChapitre 5
Mélina
Je me réveille dans les bras de Cayden. Son souffle est régulier contre ma nuque. Son bras repose sur ma taille. Il ne bouge pas. Il dort encore. Je reste immobile pour ne pas rompre ce moment.
La lumière traverse les rideaux. La pluie a cessé. Tout est calme. Je me sens bien. Vraiment bien. Pour la première fois depuis des semaines.
Je me tourne doucement vers lui. Son visage est détendu. Ses traits sont apaisés. Il paraît plus jeune. Plus vulnérable. Je pose mes doigts sur sa joue. Il ne se réveille pas. Il soupire simplement.
Je souris. Ce simple geste me remplit de joie. Nous avons passé la nuit à parler. À nous redécouvrir. À panser nos blessures. Et pour la première fois, il s'est ouvert. Vraiment.
Il a reconnu ses torts. Il a écouté ma souffrance. Il a promis de changer. Et moi, j'ai choisi d'y croire. Parce que je l'aime. Parce que je ne peux pas imaginer ma vie sans lui.
Cayden ouvre les yeux. Il me regarde. Son regard est doux. Différent.
— Tu me regardes dormir ? murmure-t-il.
— Peut-être.
— Depuis combien de temps ?
— Je ne sais pas. Longtemps.
Il esquisse un sourire.
— C'est flippant.
— Non. C'est rassurant.
Il se rapproche. Il pose son front contre le mien.
— J'ai bien dormi, dit-il.
— Moi aussi.
— Merci d'être restée.
— Merci de m'avoir retenue.
Il m'embrasse doucement. Ce baiser est tendre. Il ne demande rien. Il donne. Enfin.
Nous nous levons. Il prépare le café pendant que je m'installe sur le canapé. Il me rejoint avec deux tasses. Il s'assoit à côté de moi.
— Tu te souviens de notre premier voyage ? demande-t-il.
— À Venise ?
— Oui.
— Tu avais failli nous faire arrêter.
Il rit.
— Ce n'était pas ma faute. Le gondolier était insolent.
— Tu lui avais jeté de l'argent.
— Il l'avait mérité.
Je ris à mon tour. Ce souvenir me réchauffe. Nous étions heureux. Libres. Complices.
— Tu veux y retourner ? demande-t-il.
— À Venise ?
— Oui. Tous les deux. Bientôt.
Je le regarde, surprise.
— Tu parles sérieusement ?
— Oui.
— Tu ne prends jamais de vacances.
— Pour toi, je peux faire une exception.
Je pose ma tête sur son épaule.
— J'aimerais beaucoup.
Il passe un bras autour de mes épaules. Je ferme les yeux. Ce moment est simple. Mais il me comble.
— Cayden ?
— Oui ?
— Tu penses qu'on va y arriver ?
Il reste silencieux un instant. Puis il répond :
— Oui. Si on se bat ensemble.
— Tu es prêt à te battre ?
— Je suis prêt.
Je relève la tête. Nos regards se croisent.
— Je t'aime, je dis.
— Je sais.
— Tu ne dis rien d'autre ?
— Je t'aime aussi.
Mon cœur explose. Il l'a dit. Sans hésiter. Sans fuir. Pour de vrai.
— Tu vois ? je dis en souriant. Ce n'est pas si difficile.
— Ne te moque pas.
— Je ne me moque pas. Je suis fière de toi.
Il secoue la tête en riant.
— Tu es insupportable.
— Mais tu m'aimes.
— Malheureusement.
Je ris. L'atmosphère est légère. Elle me rappelle nos débuts. Cette complicité qui nous unissait avant que la distance ne s'installe.
Nous passons le reste de la journée ensemble. Nous regardons un film. Nous cuisinons maladroitement. Nous parlons de tout et de rien. Il me taquine. Je le taquine. Nous rions.
Pour la première fois depuis longtemps, je me sens aimée. Je sens ses efforts. Je vois qu'il essaie. Et ça me donne de l'espoir.
Le soir tombe. Nous nous installons sur la terrasse. La ville brille sous nos yeux. Cayden se tient derrière moi. Ses bras m'entourent. Je m'appuie contre lui.
— Merci pour cette journée, je murmure.
— Merci à toi.
— Pourquoi ?
— De ne pas avoir abandonné. De me supporter. De croire en moi.
— Je crois en nous.
— Moi aussi.
Je me retourne. Je lève les yeux vers lui.
— On vient de franchir une étape, tu sais ?
— Oui. Je le sens.
— Ne gâche pas ça.
— Je ne gâcherai rien.
Il m'embrasse. Ce baiser est profond. Passionné. Il me promet l'avenir. Il me promet le bonheur.
Et je le crois.
Je ne sais pas encore que demain, tout va basculer. Que cette journée parfaite est la dernière avant l'orage.
Je ne sais pas encore que Cayden va oublier.
Et que je devrai me battre seule. Contre sa famille. Contre son absence. Contre le monde entier.
Mais pour l'instant, je suis dans ses bras. Et je profite de chaque instant.
Parce que je ne sais pas que ce bonheur est sur le point de se briser.
Chapitre 51MélinaIl revient le lendemain. Comme il l'avait dit. Je le vois par la fenêtre. Il attend sur le trottoir. Il ne frappe pas. Il attend.Je sors. Je croise les bras.— Qu'est-ce que tu fais là ?— Je t'avais dit que je reviendrais.— Je ne t'ai pas ouvert.— Je sais. J'attends.— Tu perds ton temps.— C'est mon temps.Je soupire. Je m'approche. Je m'arrête à quelques pas de lui.— Tu veux voir Elio.— Oui.— Non.Il encaisse. Je vois la douleur dans ses yeux. Mais il ne proteste pas.— Pourquoi ? demande-t-il.— Parce qu'il n'est pas un objet que tu peux réclamer après sept ans.— Je ne le réclame pas.— Si. Tu es là. Tu veux le voir. Tu veux entrer dans sa vie.— C'est mon fils.— C'est mon fils aussi. Et je l'élève seule depuis sept ans.Il baisse les yeux.— Je ne veux pas lui faire de mal.— Alors n'entre pas
Chapitre 50CaydenJe l'écoute. Sans me défendre. Sans l'interrompre.Chaque mot est une lame. Chaque reproche est mérité.— Tu ne sais pas ce que c'est, dit-elle. D'élever un enfant seule. De te demander chaque jour si tu vas y arriver. De pleurer en silence pour qu'il ne te voie pas.Je baisse les yeux.— Tu ne sais pas ce que c'est d'expliquer à ton fils que son père n'est pas là. Qu'il ne viendra pas. Qu'il ne sait même pas qu'il existe.— Mélina...— Non. Laisse-moi finir.Je me tais.— Tu veux savoir pourquoi je ne t'ai jamais cherché ? Après l'hôpital ?— Oui.— Parce que j'ai compris que je n'avais aucune chance. Ta famille était plus forte. Ils m'ont menacée. Ils m'ont dit que si je revenais, ils s'en prendraient à moi. À mon enfant.
Chapitre 49MélinaJe le regarde. Il est là. Sur les marches. Il attend.Je devrais le laisser dehors. Je devrais ne plus jamais lui ouvrir. Mais quelque chose en moi refuse de le laisser partir.Je rouvre la porte. Il relève la tête. Ses yeux s'éclairent. Une lueur d'espoir. Ça me fait mal.— Entre, je dis.Il se lève. Il me suit. Il s'assoit sur le canapé. Je reste debout.— Tu veux boire quelque chose ? je demande.Ma voix est froide. Distante. Je ne veux pas qu'il voie à quel point sa présence me bouleverse.— Non. Merci.Je m'assois en face de lui. Je croise les bras.— Parle.— Mélina, je...— Non. Écoute-moi d'abord.Il se tait.— Tu te souviens de l'hôpital ? je demande.— Pas vraiment. J'ai des fragments.— Moi, je m
Chapitre 48CaydenElle est là. Devant moi. Après sept ans.Mais ce n'est plus la même femme.Mélina se tient droite. Les bras croisés. Le regard dur. Elle ne tremble pas. Elle ne pleure pas. Elle ne se jette pas dans mes bras.Elle me fixe. Froide. Distante. Méconnaissable.Je cherche la jeune femme qui courait vers moi. Celle qui riait. Celle qui m'aimait.Elle n'est plus là.— Mélina, je dis.Ma voix tremble. Je ne veux pas qu'elle tremble. Mais elle tremble.— Qu'est-ce que tu veux, Cayden ?Son ton est glacial. Chaque mot est une lame.— Je veux te parler.— De quoi ?— De nous. De toi. De notre fils.— Il n'y a plus de nous.— Mélina...— Ne prononce pas mon prénom comme ça.— Comme quoi ?— Comme si tu avais le droit.Je me tais. Elle a raison. Je n'ai pas le droit.— Pourquoi tu es venu ? demande-t-elle.— Parce que je sais. Pour l'enfant. Pour tout.— Et alors ?— Je veux réparer.Elle rit. Un rire sec. Amer.— Réparer ? Tu veux réparer sept ans de silence ?— Je ne savais pas
Chapitre 47MélinaJe vis ici depuis sept ans. Une petite maison près de la plage. Des voisins discrets. Une vie simple. Paisible.J'ai appris à ne plus attendre Cayden. À ne plus espérer son retour. À ne plus scruter les voitures qui passent, les silhouettes qui s'approchent.J'ai appris à vivre sans lui.Mais ce matin, quelque chose est différent.Je prépare le petit-déjeuner pour Célian. Il dessine à table. Il me parle de l'école. Je l'écoute à moitié. Mon esprit est ailleurs. Je ne sais pas pourquoi.Je m'approche de la fenêtre. Je regarde la rue. Les maisons. Les arbres. La mer au loin.Et puis je la vois.Une voiture luxueuse. Noire. Immatriculée dans une autre région. Elle s'arrête près de chez moi.Mon cœur se serre. Une étrange inquiétude m'envahit.Je ne connais personne avec une voiture comme ça. Personne dans cette ville.Je recule. Je me cache derrière le rideau. Je regarde.Un homme descend. Grand. Élégant. Il porte un costume sombre. Il regarde la maison. Longuement.Je
Chapitre 46CaydenJe pars immédiatement. Pas de bagages. Pas de préparatifs. Juste l'adresse qu'Adrian m'a donnée. Une petite ville sur la côte.Je conduis. Les kilomètres défilent. Mais les souvenirs aussi.Mélina dans mes bras. Mélina riant. Mélina me regardant avec amour.Puis les autres souvenirs. Ceux qui font mal.Mélina pleurant. Mélina suppliant. Mélina à l'hôpital.Je serre le volant. Mes jointures blanchissent.Je l'imagine. Seule. Humiliée. Chassée par ma famille. Elle a essayé de me voir. Encore et encore. Et on l'a rejetée.Combien de fois a-t-elle pleuré ? Combien de nuits a-t-elle passées seule, sans personne pour la consoler ?Sept années. Sept années sans moi. Sans mon soutien. Sans mon amour.Je pense à sa grossesse. Seule. Les nausées. La fatigue. Les rendez-vous médicaux. Les échographies. Tout ça sans moi.Je pense à la naissance. Seule. La douleur. La peur. La joie. Tout ça sans moi.Je pense aux premiers mots de mon fils. Ses premiers pas. Ses premières nuits.







