LOGINLes premières heures sont les plus difficiles.
Je crois toujours que quelqu'un va venir ouvrir cette porte. Qu'on va me dire que tout ça n'était qu'une punition passagère. Qu'on va me rendre mon téléphone, que je vais pouvoir appeler Christophe. Mais rien ne se passe. Les heures s'étirent. Je finis par m'asseoir près de la fenêtre. J'observe les gens dans la rue. Des enfants qui courent. Des motos qui passent. Une femme qui rentre avec ses courses. Le monde continue de tourner. Sans moi. Je pose parfois la main dans la poche de mon pantalon. Par réflexe. Mon téléphone n'est plus là. Chaque fois, le même vide me frappe. Je me demande combien de fois Christophe essaie de m'appeler. S'il pense que je l'évite. S'il est inquiet, ou pire... S'il commence à croire que je l'ai abandonné. Cette idée me serre la poitrine. J'ai envie de crier, de sortir, de courir jusqu'à lui. Mais la porte reste fermée. Alors je m'allonge sur mon lit. Je fixe le plafond. Et j'attends. J'attends sans savoir quoi. Peut-être qu'un miracle arrive. Peut-être que quelqu'un change enfin d'avis. Mais les seules voix que j'entends sont celles de mes parents dans le couloir... Et les pleurs d'Hemera. Une semaine entière passe depuis l'incident. Depuis que mon téléphone est confisqué. Depuis que ma vie est réduite à ces quatre murs. Je ne sors plus, je ne dors plus. Je ne compte plus les jours, car Ils se ressemblent tous. Le matin, le silence. Le soir, le silence. Et entre les deux, Hemera. C'est ma seule compagnie dans cette prison. Les seules fois où je vois ma mère c'est lorsqu'elle vient me laisser à manger et qu'elle vient prendre hemera pour un moment. Depuis ce jour, elle ne m'adresse plus la parole, elle ne regarde même pas, et ça me fait tellement mal la façon dont ils me traite. Si c'était nevia, je suis sûre qu'ils ne lui fairait pas ce qu'ils me font. Ce matin, ce déroule comme les autres. Je suis assise sur le tapis avec Hemera dans les bras. - Tu veux encore dormir ? - Tu pleures pour rien. - Tu fais exprès ou quoi ? Elle me regarde longuement. Comme si j'étais tout ce qu'elle a. Je ne vais plus en cours,et surtout, je n'ai aucune nouvelle de Christophe. Mais ce n'est pas normal. Je le sais. Parce que la vérité est simple : Je n'ai plus de téléphone. Et lui n'a aucun moyen de me joindre. Aucune explication possible. Juste le silence. Un silence imposé. Ce matin-là, la porte de ma chambre s'ouvre, ma mère entre, puis mon père. Ils ne semblent pas comme d'habitude. Plus fermés, plus décidés. - Prépare-toi, dit mon père. Je lève les yeux. - Pour quoi ? - On sort. Je serre Hemera contre moi. - Vous m'avez dit que je ne pouvais pas sortir. - Cette sortie est nécessaire, répond-il. Silence. Ma mère détourne les yeux. On va à l'hôpital. Mon corps se fige. - Pour y faire quoi? À ce que je sache, je ne suis pas malade. Ma mère hésite, puis répond doucement : - Pour vérifier quelque chose. Je comprends avant même qu'elle finisse. Et mon estomac se noue. - Non… murmuré-je. Mon père s'approche. - C'est une étape normale. - Normale ? répété-je. Ma voix tremble. - Tu vas bientôt te marier et à cause de ta bêtises, nous devons savoir si tu ne portes pas un bâtards. Dit-il sèchement Le mot tombe comme une condamnation. Je recule. - Je ... Je ne suis pas enceinte... Ma mère ne répond pas. Elle baisse juste les yeux. Et ce silence-là… est pire que tout. Dans la voiture, je regarde dehors sans vraiment voir. Les rues défilent. Mais moi, je suis bloquée ailleurs. Dans cette maison. Dans cette semaine. Dans ce silence imposé à Christophe. Il ne sait rien. Et moi, je n'ai aucun moyen de lui dire. Je ferme les yeux. Et pour la première fois, je comprends que l'isolement peut aussi être une arme.Le lendemain matin, je me réveillai avant même que mon réveil ne sonne.Pendant quelques secondes, je restai immobile, les yeux fixés au plafond, incapable de me rappeler pourquoi mon corps semblait aussi lourd. Puis les événements de la veille me revinrent brutalement à l’esprit : les deux lignes sur le test, ma voix tremblante au téléphone avec Amy, cette certitude nouvelle qui avait bouleversé toute mon existence.Je posai instinctivement une main sur mon ventre.Il n’y avait encore rien à voir. Rien qui puisse révéler le secret que je portais. Pourtant, je ne pouvais plus considérer mon corps comme avant. Chaque sensation me paraissait différente, chaque fatigue prenait un autre sens.Je me levai avec précaution, pris une douche rapide et préparai un café. Dès que l’odeur chaude monta de la tasse, mon estomac se contracta. Je repoussai aussitôt la boisson et me contentai de quelques biscuits secs.Je venais à peine de terminer de m’ha
Je restai quelques secondes devant la porte de la salle de bain, incapable de l'ouvrir.Le test était toujours dans ma main.Je savais pourtant ce qu'il fallait faire. Je l'avais acheté précisément pour obtenir une réponse, parce que depuis la veille, le doute avait commencé à prendre trop de place dans mon esprit. Malgré cela, maintenant que j'étais réellement face à cette possibilité, une peur étrange m'empêchait d'avancer.Je finis par entrer.Je posai la boîte sur le lavabo, respirai profondément et suivis les instructions indiquées sur l'emballage. Mes gestes étaient appliqués, presque mécaniques, parce que je refusais de penser à ce qui pourrait arriver ensuite.Une fois le test terminé, je le déposai sur le rebord du lavabo.Trois minutes.Seulement trois minutes.Pourtant, elles me semblèrent interminables.Je sortis de la salle de bain et me dirigeai vers le salon. Je m'assis sur le canapé, les
Je me réveillai avant même que mon réveil ne sonne.Pendant quelques secondes, je restai immobile, les yeux fixés au plafond de mon petit appartement.Le silence était différent ici.À la maison de Lux, il y avait toujours quelque chose. Les pas d'hemera dans le couloir, sa petite voix, les portes qui s’ouvraient, les employés qui s’activaient parfois dans la maison.Ici, il n’y avait que moi.Et cette étrange sensation de vide qui me suivait depuis mon arrivée.Je tournai la tête vers la fenêtre.La lumière du matin traversait les rideaux et dessinait une bande pâle sur le sol.Mon réveil affichait six heures quarante-deux.Je soupirai et me redressai.Aujourd’hui, je devais être au bureau à huit heures.Je sortis du lit, enfilai un pantalon noir et une chemise claire, puis me dirigeai vers la cuisine.Je n’avais pas vraiment faim.Je préparai quand même du café.
La première chose que je remarque en descendant du taxi est le silence.Pas un silence complet.La ville est bien vivante autour de moi.Des voitures passent dans la rue.Des personnes marchent rapidement sur les trottoirs.Quelques commerces sont encore ouverts malgré l'heure.Mais tout semble différent.Plus calme, plus étranger.Je reste quelques secondes devant l'immeuble qui sera mon logement pendant les prochains mois.Ma valise à côté de moi.Je lève les yeux vers les étages.— C'est ici...Je murmure ces mots sans vraiment savoir pourquoi.Peut-être parce que j'ai besoin de me convaincre que c'est réel.Je suis vraiment partie.Je ne suis plus chez Amy.Je ne suis plus à quelques minutes de la maison de Lux.Je ne peux plus simplement prendre un taxi pour aller voir hemera.Cette pensée me serre le cœur.Je
Les premières semaines de travail passent beaucoup plus vite que je ne l'aurais imaginé. Au début, j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Chaque matin, je vérifiais mes dossiers deux fois avant de quitter l'appartement. Je relisais mes mails. Je préparais mes affaires la veille. Je voulais tellement bien faire que je finissais parfois par me mettre une pression inutile. Mais peu à peu, les choses deviennent plus naturelles. Je connais maintenant mes collègues. Je sais où trouver les documents dont j'ai besoin. Je connais les habitudes de ma responsable. Et surtout, Je commence à prendre confiance en moi. Ce sentiment est nouveau. Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que ma vie dépendait toujours de quelqu'un. De mes parents. De ma famille. De Lux.
Depuis la proposition de ma responsable, je pense à cette nouvelle ville presque chaque soir.Je pourrais accepter.Partir quelques mois.Découvrir un nouvel environnement.Faire mes preuves.Et peut-être, surtout...Apprendre à vivre sans regarder constamment derrière moi.Mais chaque fois que je pense à partir, le visage d'hemera apparaît dans mon esprit.Sa petite voix.Ses petites mains autour de mon cou.Son « maman » encore maladroit.Je ferme les yeux.C'est difficile.Très difficile.Le lundi matin, je retourne au travail avec une décision presque prise.Je veux partir.Mais avant de donner ma réponse définitive, je demande quelques informations supplémentaires à ma responsable.— Combien de temps exactement ?Elle consulte ses notes.— Trois mois pour commencer.— Et après ?— Si tout se







