LOGINLEILA
Je referme la porte de ma chambre derrière moi, et le déclic du loquet résonne dans le silence comme un couperet, comme une sentence, comme la fin de quelque chose et le début d'autre chose.
Je m'adosse au bois frais de la porte, et je ferme les yeux, et je respire, je respir
À l'hôpital, tout s'accélère. Les infirmières, les médecins, les moniteurs, les perfusions. Yanis est partout, aux côtés des médecins, à poser des questions, à exiger des réponses, à s'assurer que tout est parfait pour moi et pour notre bébé.— Vous pouvez rester avec elle, dit une infirmière. Dans la salle d'accouchement.— Je reste, dit Yanis. Je ne la quitte pas.L'accouchement est long et douloureux.Les contractions se rapprochent, s'intensifient, me déchirent de l'intérieur. Je crie, je transpire, je serre la main de Yanis si fort que je sens ses os craquer.— Je suis là, Leila. Je suis là. Ne me lâche pas.— Je te lâche pas, dis-je, ma voix brisée par la douleur.— Pousse, dit le médecin. Pousse, Leila. Le bébé
Les semaines suivantes, Yanis devient un papa poule angoissé et protecteur.Il m'interdit tout effort, toute fatigue, tout danger. Il me porte dans ses bras, me prépare des repas équilibrés, me masse les pieds quand ils gonflent. Il me couvre de coussins, de couvertures, de soins attentifs.— Tu es enceinte, Leila. Il faut que tu te reposes, que tu manges bien, que tu prennes soin de toi.— Je sais, Yanis. Mais je ne suis pas malade, je suis enceinte. C'est normal, ce n'est pas une maladie.— Pour moi, c'est un miracle. Et je veux que tout soit parfait pour toi et pour notre bébé.La chambre du bébé devient son obsession.Il a choisi lui-même le mobilier, les couleurs, les accessoires. Le bleu, comme la Méditerranée qu'il aime. Des nuances douces, apaisantes, sereines.Mais le montage des meubles est un combat épique.
Je prends son visage entre mes mains, mes pouces caressant ses joues, mes yeux plongés dans les siens. Je veux qu'il voie la vérité dans mon regard, la certitude, la confiance, l'amour.— Tu n'es pas ton père. Tu es un homme bon. Un homme aimant. Un homme qui a appris à surmonter ses démons, à guérir ses blessures, à devenir meilleur. Tu es l'homme que j'aime, Yanis. L'homme qui me protège, qui me respecte, qui me chérit. Et tu seras un père merveilleux. Je le sais. Je le sens. Je le crois de tout mon cœur.— Mais si je le frappe ? Si je lui fais du mal ? Si je le détruis ?— Tu ne le feras pas. Parce que tu es conscient de tes peurs, de tes faiblesses, de tes limites. Parce que tu as appris à les maîtriser. Parce que tu es plus fort que ton passé, plus fort que tes démons, plus fort que tes peurs. Et parce q
Il choisit une chanson, une vieille chanson d'amour, un classique que nous connaissons tous les deux. Il se met à chanter, sa voix rauque et fausse, déchirant les notes avec un enthousiasme désarmant.— La vie en rose, ouais ! chantonne-t-il.— Tu chantes horriblement, dis-je, hilare.— Je sais. C'est pour ça que je te demande de m'accompagner.Je me lance, ma voix hésitante, fausse, ridicule. Et pourtant, c'est magique. Nos voix se mêlent, se heurtent, se soutiennent, dans un chaos musical qui nous fait rire aux larmes.— On est les pires chanteurs du monde, dit-il.— Les pires, confirmé-je.— Mais les plus heureux.— Les plus heureux.Le barman nous offre une tournée en nous félicitant pour notre "performance". On se regarde, émerveillés par ce moment de pureté, de légè
Une larme coule sur sa joue, puis une autre, puis une autre encore. Il ne les essuie pas. Il les laisse couler, ces larmes d'homme brisé, d'homme sauvé, d'homme aimé.— Je te promets aujourd'hui, devant Dieu, devant nos témoins, devant le monde entier, de t'aimer pour toujours. De te respecter, de te protéger, de te chérir. De ne plus jamais te mentir, de ne plus jamais te cacher, de ne plus jamais avoir peur. Je te promets d'être l'homme que tu mérites, l'homme que tu as fait de moi. Je te promets la vie, Leila. La vie, l'amour, le bonheur. Pour toujours.Il est en larmes maintenant, des larmes qui coulent sans retenue, qui tracent des sillons sur ses joues, qui tremblent sur ses lèvres. Autour de nous, les invités sont silencieux, émus, certains essuyant leurs propres larmes.Je prends le papier que j'ai préparé, mes mains tremblant, ma voix hésitante.
LEILALes semaines passent, douces et paisibles comme une mer d'huile. Ma blessure guérit, lentement mais sûrement, laissant une cicatrice rose et sensible sur mon épaule. Yanis la caresse parfois, du bout des doigts, comme s'il voulait effacer la trace de la balle, comme s'il pouvait faire disparaître le souvenir de ce jour où j'ai failli le quitter pour toujours.Nous avons retrouvé notre équilibre. Un nouvel équilibre, plus sain, plus solide, plus vrai. Plus de mensonges, plus de secrets, plus de peurs. Juste nous. Juste notre amour. Juste notre vie.Ce matin-là, je suis dans le jardin, assise sur un banc de pierre, les pieds nus dans l'herbe mouillée de rosée. Le soleil se lève sur la Méditerranée, peignant le ciel de nuances orangées et roses. Les oiseaux chantent, les cigales commencent à grésiller, la vie s'éveille douc
Valentina. Un prénom qui danse, qui promet, qui évoque des nuits romaines et des draps froissés. Valentina, son amore, celle qui l'attend à Rome, celle qui compte les jours, celle qui l'appelle pour lui dire que les nuits sont longues sans lui.Je ne dis rien. J
YANISJe n'avais pas prévu ça. Je n'avais rien prévu de tout ça. Elle devait être une dette, un contrat, un moyen de sceller une alliance. Elle est devenue bien plus. Elle est devenue l'air que je respire, le seul visage que j'ai envie de voi
YANISElle me défie. Debout dans la lumière bleutée, les cheveux en désordre, la peau luisante, elle danse comme une incantation, comme une sorcière jetant un sort. Et je suis ensorcelé.Chaque mouvement de ses hanches est une
YANISLa journée a été un enfer. Une réunion avec les fournisseurs albanais qui a failli dégénérer en bain de sang, un chargement qui a pris du retard au port, et un indicateur qui a essayé de me doubler. J'ai rég







