LOGINChapitre 83
Lorenzo
La nouvelle de la grossesse de Rosa a tout changé, a tout bouleversé, a tout redéfini, et je ne suis plus le même homme, je ne peux plus être le même homme, je ne veux plus être le même homme. Chaque fois que je pose les yeux sur elle, sur son ventre encore plat mais qui bientôt s'arrondira, sur son visage qui rayonne d'une lumière nouvelle, d'une lumière de fut
Chapitre 110RosaNous passons la nuit à parler, comme au début, comme à cette époque bénie où chaque nuit était une découverte, une confession, une guérison, où nous restions allongés dans le grand lit de bois sombre, les mains enlacées, les cœurs battant à l'unisson, à nous raconter nos vies, nos blessures, nos espoirs. Sauf que cette nuit, nous ne sommes pas dans le lit, nous sommes assis par terre, dans la bibliothèque, dos au mur de pierre froide, et qu'il n'y a pas de lune qui filtre à travers les rideaux, seulement les flammes qui dansent dans la cheminée et les lampes à huile qui projettent leurs ombres mouvantes sur les dos de cuir usé, sur le globe terrestre immobile, sur nos deux silhouettes enlacées dans la pénombre. Mais peu importe le lieu, peu importe le décor, peu impo
Chapitre 109LorenzoJe lui avoue tout, dans la pénombre de la bibliothèque, assis par terre, dos au mur, sa main dans la mienne, sa chaleur contre mon flanc. Les mots montent de ma poitrine comme une eau trop longtemps contenue, comme un poison trop longtemps gardé, comme une digue qui cède enfin sous la pression de trop de nuits sans sommeil, de trop de décisions impossibles, de trop de sang versé. Je lui avoue la peur, cette peur viscérale qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai pris la place de Matteo, depuis que j'ai senti le poids de cette couronne de plomb s'abattre sur mes épaules, depuis que je me suis assis dans ce fauteuil de cuir noir qui domine la grande salle comme un trône, comme un tribunal, comme une tombe. Je lui avoue que je n'ai plus jamais dormi paisiblement, que je sursaute au moindre bruit, que je vois des ennemis partout, des traîtres dans chaque regard, des poignards dans chaque main tendue, et que cette peur me ronge, me dévore, me transforme en un homme que je
Chapitre 108RosaIl entre sans frapper. La porte s'ouvre d'un coup sec, presque brutal, et il est là, debout sur le seuil de la bibliothèque, sa silhouette sombre découpée par la lumière du couloir, ses épaules voûtées, son visage défait, ses yeux noirs qui ne brillent plus de cette lueur sauvage que j'aimais mais qui sont éteints, vides, perdus. Il ne porte pas sa veste de parrain, il n'a pas son Beretta à la ceinture, il est simplement vêtu d'une chemise blanche froissée, les manches relevées jusqu'aux coudes, le col ouvert sur sa gorge, et il ressemble à l'homme que j'ai connu, à l'homme qui est entré dans ma vie comme un ouragan, qui m'a arrachée à ma prison, qui m'a offert une clé, une bague, un jardin.Il ne dit rien d'abord, il reste là, immobile, comme s'il hésit
Chapitre 107LorenzoElle me fuit. Pas ouvertement, pas avec des mots, pas avec des reproches ou des accusations, non, ce serait trop simple, ce serait trop facile à comprendre, à affronter, à combattre. Elle me fuit en silence, avec cette discrétion que je lui ai apprise malgré moi, avec cette résignation qui me brise le cœur, avec cette distance qu'elle a installée entre nous comme une forteresse imprenable, comme un rempart infranchissable, comme une réponse muette à mes silences, à mes ordres, à mes absences. Elle ne vient plus dans la grande salle quand je reçois les chefs de clan, elle ne s'assied plus à côté de moi pendant les dîners, elle ne glisse plus sa main dans la mienne quand je rentre tard le soir, et notre chambre, notre belle chambre qui a été le témoin de tant de nuits d'amour et de confid
Chapitre 106RosaIl est devenu glacial. Pas du jour au lendemain, non, ce serait trop simple, ce serait trop facile à comprendre, à expliquer, à pardonner. C'est arrivé lentement, insidieusement, comme l'hiver qui s'installe sans qu'on s'en rende compte, comme la glace qui se forme sur un lac, d'abord une pellicule fragile, puis une couche de plus en plus épaisse, de plus en plus dure, de plus en plus impénétrable. Chaque jour qui passe depuis qu'il est devenu le parrain, chaque matin où il se lève avant l'aube pour s'habiller en noir, chaque soir où il rentre tard, les mains tachées d'encre et de sang, il s'éloigne un peu plus de moi, il se referme un peu plus sur lui-même, il devient un étranger qui porte le visage de l'homme que j'aime.Il ne me parle plus que par ordres. "Mange." "Dors." "Ne sors pas." "Reste dans l'aile
Chapitre 105LorenzoLes hommes de Matteo doivent jurer allégeance. C'est la règle, la tradition, la loi non écrite de la Camorra depuis des générations, depuis que les premiers De Santis ont posé les fondations de cet empire de sang et de pierre. La grande salle du palais est remplie de ces hommes qui, hier encore, obéissaient à mon ennemi, qui hier encore complotaient ma mort, qui hier encore participaient aux attaques contre mes entrepôts, contre mes hommes, contre ma vie. Ils sont alignés devant moi, une trentaine de silhouettes sombres, des visages fermés, des regards qui oscillent entre la peur et la défiance, et Marco se tient à ma droite, silencieux, vigilant, la main posée sur la crosse de son arme.Je suis assis dans le fauteuil qui était celui de Matteo, un fauteuil de cuir noir, massif, imposant, qui domine
Chapitre 4RosaOn frappe à ma porte, et mon cœur cesse de battre pendant une seconde entière.Le bruit est à peine audible, trois petits coups espacés, le code que nous avons inventé il y a des années, Maria et moi, quand j'étais encore une enfant qui avait peur du noir et des ombres qui dansaient
Chapitre 3LorenzoLe bal bat son plein, et la rumeur de la fête m'enveloppe comme une seconde peau trop chaude, trop parfumée, trop vivante.Je suis au cœur de la salle, immobile au milieu du tourbillon des masques, et pourtant personne ne me regarde. C'est l'avantage du costume de velours noir, d
Chapitre 2RosaJe regarde le bal depuis ma fenêtre, comme je regarde toutes les choses de ma vie : de loin, en silence, les doigts serrés sur l'appui en pierre froide.La lumière jaillit des grandes fenêtres du palais Valente, là-bas, derrière les jardins intérieurs que je n'ai pas le droit de tra
Chapitre 1LorenzoJ'ajuste mon masque de faucon devant le miroir sans tain, et mon reflet me renvoie l'image d'un prédateur qui n'a plus rien à perdre.Les plumes d'acier brun qui ornent le bord du masque luisent sous la faible lueur des bougies, chaque rémige taillée dans un métal si fin qu'elle







