INICIAR SESIÓNChapitre 86
Rosa
Je sens qu'il me cache quelque chose, je le sens depuis ce matin où il est entré dans notre chambre avec un visage que je ne lui connaissais pas, un visage plus dur, plus fermé, plus impénétrable que d'habitude, un visage qui ressemblait à un masque de pierre, à une forteresse imprenable, à un coffre-fort dont j'avais perdu la clé. Il ne m'a rien dit, il ne m
Chapitre 116RosaLe sang ne me fait plus peur. La mort non plus. Je les ai vus de trop près, trop souvent, trop longtemps, pour qu'ils puissent encore me terrifier, pour qu'ils puissent encore me faire trembler, pour qu'ils puissent encore me réduire au silence. Le sang de Rocco qui coulait sur les dalles de la cave, le sang du faux médecin qui s'étalait sur le parquet de la bibliothèque, le sang de Tommaso qui s'élargissait en une flaque sombre au centre de la grande salle, tout ce sang que j'ai vu couler, tout ce sang que j'ai appris à regarder sans ciller, sans reculer, sans détourner les yeux, tout ce sang est devenu une partie de moi, une partie de mon histoire, une partie de celle que je suis devenue. La mort ne me fait plus peur, ni celle que l'on donne, ni celle que l'on reçoit, ni celle qui rôde autour de nous comme un loup patient, ni celle qui frappe sans pr&eac
Chapitre 115LorenzoUn espion dans nos rangs. Je le découvre après des semaines de soupçons, de surveillance discrète, de recoupements silencieux, et la vérité éclate enfin dans mon bureau, un soir de novembre, alors que Marco pose devant moi les preuves irréfutables, les relevés téléphoniques, les photographies prises à son insu, les enregistrements qui ne laissent aucun doute, aucune échappatoire, aucune possibilité de pardon. C'est un homme que Rosa connaît, un ancien garde des Valente, un certain Tommaso, un homme qui patrouillait dans les couloirs du palais Valente quand elle était prisonnière dans l'aile sud, qui a assisté à ses humiliations sans jamais lever le petit doigt, qui a baissé les yeux quand Matteo la frappait, qui a détourné le regard quand Rocco la traînait dans les
Chapitre 114RosaJe deviens son égérie, son conseil, son bras droit, et cette transformation ne se fait pas en un jour, ni en une semaine, mais elle s'opère avec une évidence qui m'émerveille, avec une douceur qui me bouleverse, avec une force qui me transcende. Je lis les dossiers la nuit, pendant que Lorenzo dort contre moi, épuisé par les réunions, par les négociations, par les décisions, et je les lis à la lueur d'une lampe à huile, assise près de la fenêtre, les pieds nus posés sur le tapis, le dos calé contre les coussins de velours. Les dossiers sont épais, remplis de noms, de chiffres, de territoires, de trahisons passées, de menaces à venir, et je les parcours avec une concentration totale, avec une attention minutieuse, avec une soif de comprendre qui ne s'est jamais éteinte, même apr&egr
Chapitre 113LorenzoElle parle. Elle est claire, précise, impitoyable, et je la regarde, fasciné, subjugué, amoureux, tandis qu'elle s'adresse aux chefs de clan rassemblés autour de la longue table de noyer, dans la pénombre de la grande salle éclairée par les candélabres d'argent et les lampes à huile. Sa voix ne tremble pas, ne faiblit pas, ne s'excuse pas, elle est ferme, posée, tranchante comme une lame, et chaque mot qu'elle prononce est une pierre posée sur l'édifice de notre pouvoir, chaque phrase est une démonstration de force, chaque silence est une menace à peine voilée. Elle parle des alliances à renouveler, des territoires à réorganiser, des traîtres à surveiller, et elle le fait avec une précision chirurgicale, avec une intelligence froide, avec une autorité naturelle qui me co
Chapitre 112RosaIl m'emmène à une réunion de la Camorra. Le geste est délibéré, réfléchi, presque solennel, et je le comprends dès qu'il me prend la main dans le vestibule, dès qu'il me guide à travers les couloirs de pierre vers la grande salle où les chefs de clan sont déjà rassemblés. Il aurait pu me demander de rester dans la bibliothèque, comme il le faisait depuis des semaines, il aurait pu me protéger, m'enfermer, me tenir à l'écart de ce monde d'hommes, de fumée de cigare, de regards calculateurs. Mais il ne le fait pas, il ouvre la porte devant moi, il s'efface pour me laisser passer, et je sens son regard sur moi, plein de fierté, de confiance, d'amour, et je sais que ce moment est une déclaration, une proclamation, un serment silencieux.La grande salle est
Chapitre 111LorenzoJe décide de changer. Cette décision naît en moi au petit matin, alors que les premières lueurs de l'aube percent à travers les rideaux de la bibliothèque, alors que Rosa dort encore contre mon épaule, sa respiration lente et régulière, sa main posée sur mon cœur comme pour s'assurer qu'il bat toujours, qu'il bat pour elle, qu'il bat pour nous. La nuit que nous venons de passer, cette nuit de paroles, de rires, de larmes, de retrouvailles, m'a transformé, m'a lavé, m'a rappelé qui j'étais, qui je ne voulais plus être, qui je devais devenir. Les mots de Rosa résonnent encore en moi, "tu n'es pas ton père, tu n'es pas Matteo, tu es toi", et ils sont comme une clé qui ouvre une porte, comme une lumière qui dissipe les ténèbres, comme une boussole qui indique le chemin. Je ne
Chapitre 8RosaJe me débat.Mes bras, mes jambes, mes ongles, mes dents, tout mon corps se révolte contre les mains qui me tiennent. Je ne sais plus où je suis, ni depuis combien de temps on me traîne. Les odeurs me reviennent par bouffées : le parfum sucré des roses noires, l’humidité de la terre
Chapitre 7LorenzoJe donne l’ordre.Ma voix est calme, à peine un murmure dans l’oreillette, mais mes hommes l’entendent. Le petit appareil en plastique noir est logé dans mon conduit auditif, sa surface lisse et tiède contre ma peau. Je sens les vibrations de ma propre voix lui traverser, et dans
Chapitre 6RosaJe danse.La musique m'emporte, les violons glissent sur les cordes comme des doigts sur une peau nue, et je tourne lentement sur moi-même au milieu de la galerie vitrée. Mes bras sont ouverts, mes yeux fermés, ma robe de velours bleu froisse contre mes chevilles à chaque mouvement.
Chapitre 5LorenzoMon oreillette grésaille, et la voix de Marco, à peine plus qu'un souffle, prononce les mots que j'attends depuis des heures.— Elle est entrée. Rosa Valente. Côté galerie vitrée.Le monde, autour de moi, se fige. La musique, les rires, les cliquetis des coupes de champagne, tout







