LOGINChapitre 61
Lyana
Je me redresse lentement, m'écartant de sa poitrine, relevant la tête pour plonger mes yeux dans les siens. Mes joues sont encore humides, mes paupières gonflées, ma gorge serrée, mais je refuse de rester recroquevillée contre lui comme une enfant perdue. Pas maintenant. Pas après ce qu'il vient de dire.
— Pourquoi ? dis-je, et ma voix est rauque, brisé
Chapitre 61LyanaJe me redresse lentement, m'écartant de sa poitrine, relevant la tête pour plonger mes yeux dans les siens. Mes joues sont encore humides, mes paupières gonflées, ma gorge serrée, mais je refuse de rester recroquevillée contre lui comme une enfant perdue. Pas maintenant. Pas après ce qu'il vient de dire.— Pourquoi ? dis-je, et ma voix est rauque, brisée, mais plus forte que je ne l'aurais cru possible. Pourquoi ferais-tu cela ?Aedan me regarde, ses yeux ambrés impassibles, sa main toujours posée sur ma nuque, ses doigts caressant doucement ma peau. Il ne répond pas tout de suite, comme s'il cherchait les mots justes, comme s'il voulait être sûr que je comprenne bien ce qu'il s'apprête à dire.— Pourquoi je te vengerais ? demande-t-il, et sa voix est
Chapitre 60AedanElle s'est apaisée.Je le sens à la façon dont son corps se détend contre le mien, à la façon dont ses sanglots s'espacent puis s'éteignent, à la façon dont sa respiration retrouve un rythme lent et régulier. Ses doigts, qui s'agrippaient à ma tunique comme si elle craignait de tomber, se sont desserrés. Sa tête repose contre ma poitrine, lourde de fatigue et de chagrin. Elle ne pleure plus, mais les traces de ses larmes brillent encore sur ses joues, comme des rivières d'argent dans la lumière tremblante de la flamme éternelle.Je lui caresse les cheveux.Lentement, doucement, mes doigts glissent dans ses mèches brunes, démêlent les nœuds, apaisent les tensions. C'est un geste simple, presque instinctif, un geste que ma m&egra
Chapitre 59LyanaJe pleure.Les larmes coulent sur mes joues, brûlantes, salées, interminables, et je ne fais rien pour les retenir. Elles sont là depuis si longtemps, enfermées au fond de moi, retenues derrière des barrages de volonté et de haine, que maintenant qu'elles ont trouvé une brèche, elles se déversent en torrent. Elles trempent la tunique d'Aedan, glissent sur ma peau, se mêlent à la poussière du mémorial et à la chaleur de la flamme éternelle.Je pleure pour la première fois depuis le massacre.Depuis cette nuit de cauchemar où j'ai vu mon père tomber, ma mère mourir, mon frère empalé, ma sœur brûlée vive. Depuis cette nuit où j'ai rampé dans la fosse, sous le corps de ma mère, retena
Chapitre 58AedanElle tombe.Je la vois vaciller, ses jambes se dérober sous elle, ses mains glisser sur le marbre froid sans pouvoir s'y accrocher, ses yeux gris se noyer de larmes et de souvenirs. Tout son corps s'affaisse, comme si le poids de tous ces noms gravés dans la pierre venait de s'abattre sur ses épaules, comme si la mémoire de sa meute massacrée était un fardeau trop lourd pour qu'elle puisse le porter seule un instant de plus. Et avant même que ma pensée ne se formule, avant que ma volonté n'intervienne, mes bras se tendent et la rattrapent.Je l'attire contre moi, doucement, fermement, sans brusquerie mais sans hésitation. Son dos heurte ma poitrine, sa tête roule contre mon épaule, ses doigts s'agrippent à ma tunique comme une noyée s'agrippe à une branche. Elle tremble de tout son
Chapitre 57LyanaLe marbre est froid sous mes doigts, froid comme la mort, froid comme la pierre des tombes, froid comme la nuit où Thornwall a brûlé sous mes yeux et où tout ce que j'aimais est parti en fumée. Mes doigts tremblent en effleurant les lettres gravées dans la pierre blanche, ces lettres qui forment des noms, des prénoms, des vies entières réduites à quelques syllabes inscrites pour l'éternité.Aldric de Thornwall. Elara de Thornwall. Kael de Thornwall. Sélène de Thornwall.Mon père. Ma mère. Mon petit frère. Ma sœur aînée.Les noms défilent sous mes yeux, et avec eux les souvenirs remontent, par vagues successives, de plus en plus précis, de plus en plus douloureux. Mon père qui m'apprenait à bander un
Chapitre 56AedanLe lendemain matin, je me réveille avec une détermination nouvelle, une résolution qui a mûri pendant la nuit, dans le silence de la salle des cartes, tandis que les braises mouraient dans l'âtre et que les étoiles pâlissaient derrière les vitraux. J'ai pleuré, pour la première fois depuis vingt ans, et ces larmes, au lieu de m'affaiblir, m'ont libéré. Elles ont emporté avec elles un poids que je ne savais même pas porter, une tension que j'avais oublié ressentir, une douleur que j'avais appris à ignorer sans jamais la guérir.Et ce matin, je sais ce que je dois faire. Je sais ce que je veux montrer à Lyana, ce que je veux partager avec elle, ce que j'aurais dû partager depuis longtemps si je n'avais pas eu si peur, si je n'avais pas été si fier, si
Chapitre 2AedanQuelque chose cloche.Je ne sais pas quoi, je ne sais pas comment mais mes sens ne mentent jamais. Il y a une présence étrangère dans la foule de ma propre forteresse, au milieu de mes invités, de mes courtisans, de mes gardes. Une dissonance. Une fausse note dans le concert des o
Chapitre 1LyanaLa moiteur des corps entassés colle à ma peau sous la robe de lin trop épaisse. Je traverse la grande salle de Durnhollow la tête inclinée, les yeux baissés, mes pas feutrés se perdant dans le vacarme des rires et des coupes qui s’entrechoquent. La cérémonie de la Lune de Sang bat
Chapitre 6AedanLa porte de la tour se referme avec un bruit sourd, définitif, qui résonne dans la pierre froide comme un couperet. Mes doigts restent crispés sur la clé de fer quelques secondes de trop, mes phalanges blanchies par une tension que je ne m’explique pas. De l’autre côté du battant,
Chapitre 5LyanaSa main autour de ma gorge.Elle est brûlante. Lourde. Ses doigts enserrent ma trachée sans presser, sans serrer juste posés, comme un collier de fer encore tiède. Je sens les callosités de ses paumes, la force brute qui dort sous cette étreinte retenue.Il pourrait m’étrangler.I







