LOGINLa Prisonnière du Roi-Loup Lyana est une louve solitaire dont la meute a été massacrée par le légendaire Roi-Loup, Aedan. Capturée et exhibée comme trophée, elle n'a qu'un but : l'assassiner. Mais Aedan, au lieu de la tuer, la revendique comme sa compagne pour apaiser les anciennes lois du territoire. Prisonnière dans le palais de son ennemi, Lyana est traitée avec une étrange déférence. Alors qu'elle cherche à percer ses secrets, elle découvre que le massacre était un coup monté par un ennemi commun et que son pire adversaire pourrait bien être son unique protecteur. Leur lien forcé devient alors le creuset d'une passion dévorante, où la haine se mue en un amour capable de renverser des royaumes.
View MoreChapitre 1
Lyana
La moiteur des corps entassés colle à ma peau sous la robe de lin trop épaisse. Je traverse la grande salle de Durnhollow la tête inclinée, les yeux baissés, mes pas feutrés se perdant dans le vacarme des rires et des coupes qui s’entrechoquent. La cérémonie de la Lune de Sang bat son plein, et personne ne regarde une servante de plus.
Mes doigts serrent le plateau d’argent que je suis censée porter aux buffets. Mon cœur cogne contre mes côtes, mais mon visage reste lisse, vide, docile. Je suis une ombre. Une ombre venue de Thornwall, venue de loin, venue de la mort.
Sous le tissu rugueux, contre ma cuisse, la lame est dissimulée dans une gaine de cuir. Le poison imbibe l’acier depuis trois nuits jusquiame noire, safran des marais, et mon propre sang versé sur les racines du chêne sacré. Assez pour tuer un alpha. Assez pour qu’il ne se relève jamais.
L’air est épais, saturé d’odeurs de vin épicé, de viande rôtie au miel, de sueur et de musc animal. Des lustres de cristal taillé dans du givre éternel suspendus à la voûte de pierre noire projettent une lumière bleutée et froide qui danse sur les visages des convives. Des métamorphes nobles en soies sombres et armures d’obsidienne rient, s’embrassent, échangent des regards complices. Tout cela est une mascarade. Un luxe obscène pendant que mon peuple brûle encore dans ma mémoire.
Je lève les yeux une fraction de seconde.
Et je le vois.
Il est assis sur un trône fait de cornes et de fourrures sombres, une jambe paresseusement croisée par-dessus l’autre, un coude négligemment posé sur l’accoudoir. Sa chevelure d’un noir d’encre tombe en vagues décoiffées sur un visage aux angles si parfaits qu’ils en deviennent cruels mâchoire taillée à la serpe, pommettes hautes, bouche charnue et pourtant dure. Il porte une tunique de velours couleur de braise ouverte sur un torse large où jouent les ombres des flammes. Aucune couronne. Aucun ornement. Rien que la puissance brute qui émane de lui comme la chaleur d’un brasero trop proche.
Aedan.
Le Roi-Loup.
Il tourne la tête.
Son regard ambré plonge à travers la foule, traverse les épaules, les plumes, les rires et me trouve.
Je cesse de respirer.
Ses prunelles sont de la couleur de la résine fossilisée, du miel le plus sombre, de la lumière juste avant l’incendie. Elles me transpercent. Vraiment. Je sens ses yeux s’enfoncer dans ma poitrine, fouiller sous ma peau, déchirer le masque de la servante pour révéler ce qui se cache en dessous la louve solitaire, la survivante, celle qui est venue pour voir son visage avant de frapper.
Mon cœur manque un battement.
Puis un autre.
Je devrais baisser les yeux. Une servante baisse les yeux. Une servante ne défie pas son roi. Mais je ne peux pas. Ses prunelles ambrées me retiennent prisonnière, et la haine qui bout dans mes veines se change en un feu plus ancien, plus dangereux, que je refuse de nommer.
Ses lèvres s’entrouvrent légèrement, comme s’il allait parler. Ses narines frémissent. Il me hume à distance, cherche mon odeur sous les effluves de lavande dont j’ai frotté ma peau. Un pli presque imperceptible se creuse entre ses sourcils.
Il sait que je ne suis pas à ma place.
Il ne sait pas pourquoi. Pas encore.
Mais il me regarde d’une manière qui n’a rien à voir avec l’indifférence d’un roi envers une domestique. Il me regarde comme on regarde une menace inattendue, une anomalie dans l’ordre parfait de sa forteresse.
Mes doigts se crispent sur le plateau d’argent.
Je veux fuir. Je veux me fondre dans la foule, retourner aux cuisines, attendre mon heure. Mais mon orgueil ou ma stupidité, ou cette chose insensée qui meurt quand on a tout perdu me cloue au sol.
Je ne baisse pas les yeux.
Une seconde passe. Puis deux. La foule ondule entre nous, un seigneur en fourrure passe, une femme avec un éventail de plumes d’aigle me frôle l’épaule. Il détourne la tête pour répondre à son conseiller, un vieux loup gris assis à sa droite.
Mais ses yeux reviennent à moi.
Toujours.
Toujours.
Je recule d’un pas. Puis d’un autre. Je pivote et marche vers les cuisines, mes jambes tremblantes menaçant de se dérober à chaque foulée. Le plateau d’argent danse dans mes mains moites.
Son regard ambré reste planté dans mon dos comme une lame chauffée à blanc.
Je ne me retourne pas.
Mais je sais que lui, oui. Il me regarde m’éloigner. Il m’a vue. Il ne m’oubliera pas.
Et moi moi, je viens de croiser les yeux de l’homme que je suis venue tuer, et quelque chose en moi vient de se fissurer, quelque chose que je croyais mort depuis les flammes de Thornwall.
La haine tressaille.
Le doute s’infiltre.
Je ne sais pas encore que son regard ambré va me hanter bien après que ma lampe aura frappé.
Chapitre 70AedanElle tremble. Pas de froid, pas de peur, mais de cette rage contenue qui couve en elle depuis que les lettres ont révélé la vérité. Ses épaules sont secouées de frissons imperceptibles, ses doigts serrent les parchemins jaunis comme s'ils pouvaient en extraire la justice, ses mâchoires sont si crispées que les muscles saillent sous sa peau pâle. Elle pleure, mais ce ne sont plus des larmes de tristesse. Ce sont des larmes de fureur, de trahison, de deuil qui se transforme peu à peu en soif de vengeance.Je m'approche d'elle, lentement, sans bruit, comme on s'approche d'un animal blessé dont on craint qu'il ne morde. Je m'agenouille à sa hauteur, et doucement, très doucement, je pose une main sur son épaule. Elle sursaute, relève la tête, plonge ses yeux gris dans les miens. Ils sont rougis
Chapitre 69LyanaJe comprends maintenant.Les lettres sont là, étalées devant moi sur le sol froid des archives, leurs sceaux brisés, leurs encres pâlies, leurs mots encore chargés de la haine et du calcul qui les ont dictés. Je les ai lues une à une, sans rien sauter, sans rien omettre, et chaque ligne a enfoncé un clou de plus dans le cercueil de mes anciennes certitudes. Ma meute n'a pas été massacrée par hasard. Thornwall n'a pas brûlé à cause d'une folie passagère, d'une vengeance personnelle, d'un accès de cruauté gratuite. Non. C'était un meurtre politique. Un assassinat planifié, ordonné, exécuté avec la précision glacée d'une sentence prononcée dans l'ombre.Les Anciens ont tué ma famille.
Chapitre 68Aedan— Il y a une prophétie.Les mots tombent dans le silence des archives comme des pierres dans une eau noire, lourds, définitifs, porteurs d'un secret que j'ai gardé trop longtemps. Lyana relève la tête, ses yeux gris encore humides de larmes, ses doigts crispés sur les lettres éparpillées autour d'elle comme les pièces d'un puzzle macabre. Elle me regarde sans comprendre, et à travers le lien du Compagnonnage, je sens son incrédulité, sa confusion, et une peur sourde qui monte lentement en elle, une peur ancienne qui remonte de ses entrailles comme une bête tapie dans l'ombre.— Une prophétie ? répète-t-elle, sa voix à peine audible, presque un souffle.— Oui. Une prophétie ancienne, inscrite dans les Tables de Pierre, cach
Chapitre 67LyanaLa dernière lettre n'est pas comme les autres. Elle est plus épaisse, scellée d'une cire noire que je n'ai vue nulle part ailleurs, frappée d'un sceau qui n'est pas celui de Varek. Mes doigts tremblent en brisant le cachet, et le parchemin se déplie avec un craquement sec, libérant une odeur de cire ancienne et d'encre amère. La lumière de la bougie vacille, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre, et je lis.Mon cœur s'arrête.Les mots dansent devant mes yeux, incroyables, insupportables, impossibles. Je les relis, encore et encore, espérant avoir mal compris, espérant que la fatigue me joue des tours, espérant que cette lettre n'est qu'un faux, une ruse, un dernier mensonge. Mais les mots restent, nets, précis, implacables."La meute de Thornwall ne do
Chapitre 6AedanLa porte de la tour se referme avec un bruit sourd, définitif, qui résonne dans la pierre froide comme un couperet. Mes doigts restent crispés sur la clé de fer quelques secondes de trop, mes phalanges blanchies par une tension que je ne m’explique pas. De l’autre côté du battant,
Chapitre 5LyanaSa main autour de ma gorge.Elle est brûlante. Lourde. Ses doigts enserrent ma trachée sans presser, sans serrer juste posés, comme un collier de fer encore tiède. Je sens les callosités de ses paumes, la force brute qui dort sous cette étreinte retenue.Il pourrait m’étrangler.I
Chapitre 4AedanLa salle du trône s’est vidée de ses derniers invités.Les lustres de givre jettent encore leur lumière bleutée sur les murs de pierre noire, mais les rires se sont tus, les coupes se sont taries, les danseuses ont regagné leurs quartiers. Les servantes parcourent les tables en sil
Chapitre 3LyanaLes cuisines de Durnhollow sont une fournaise.Des chaudrons de cuivre bouillonnent sur des feaux de braises, des broches de viande tournent lentement au-dessus des flammes, des nuages de vapeur chargés d’odeurs d’épices, de suif et de sueur montent jusqu’aux voûtes de pierre noirc












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