INICIAR SESIÓNLe silence s'étire. Il me regarde, et je le regarde. Je ne baisse pas les yeux. Je ne peux pas. Quelque chose en moi refuse de se soumettre, même face à lui, même dans son propre domaine, même quand tout en moi hurle de le faire. C'est plus fort que moi. C'est cette chose qui s'est réveillée en moi, cette flamme qui refuse de s'éteindre, cette fierté stupide qui me pousse à le défier même quand je devrais me soume
ÉabhaIl me regarde partout.Je ne m'en étais pas rendu compte, au début. Je croyais que c'était le hasard, la coïncidence, le simple fait que nous vivons sous le même toit. Mais maintenant que je sais, maintenant que j'ai rêvé de lui, maintenant que mon corps entier s'embrase dès qu'il entre dans une pièce, je ne vois plus que ça.Ses regards.Au conseil, d'abord. Je suis chargée, depuis quelques jours, de porter les messages et de ravitailler en encre et en papier les chefs qui siègent autour de la grande table. Une tâche subalterne, invisible, qui me permet d'assister aux réunions sans y participer. Et à chaque séance, à chaque débat, à chaque vote, ses yeux me cherchent.Il est assis au bout de la table, le siège du maître, le trône de bois sombre. Il écoute les rapports, les disputes, les revendications. Il hoche la tête, prend des notes, donne des ordres. Mais de temps à autre, son regard se lève, traverse la pièce, et se pose sur moi.Juste une seconde. Juste un éclair gris dan
ÉabhaCette nuit-là, il vient à moi.Pas dans la bibliothèque. Pas dans le couloir. Dans mon sommeil, là où je n'ai aucune défense, là où ma volonté n'a plus de prise sur mon corps.Je rêve que je suis dans sa chambre. La pièce est plongée dans la pénombre, éclairée seulement par les braises rougeoyantes d'une cheminée qui se meurt. Les murs sont de pierre nue, le lit est vaste, couvert de fourrures sombres. Et il est là, debout près de la fenêtre, torse nu, le dos tourné vers moi.La lune découpe sa silhouette en argent. Les muscles de ses épaules roulent sous sa peau quand il bouge, et la cicatrice que j'ai aperçue un jour, cette longue ligne pâle qui court le long de ses côtes, luit doucement dans la clarté nocturne.Il se retourne.Ses yeux gris me fixent avec une intensité qui me coupe le souffle. Il ne dit rien. Il n'a pas besoin de parler. Son regard dit tout ce que ses lèvres taisent.Il s'approche. Lentement. Chacun de ses pas résonne sur le plancher, et mon cœur bat au rythm
Éabha La chandelle a brûlé jusqu'au moignon. La flamme vacille une dernière fois, puis s'éteint, me plongeant dans l'obscurité. Je ne la rallume pas. La lune, presque pleine, filtre à travers l'étroite fenêtre de ma chambre, découpant un rectangle de lumière argentée sur le plancher. Je ne dors pas. Je n'ai pas dormi de la nuit. Les mots de Maeve tournent dans ma tête, mêlés aux images du banquet, au souvenir du linge sous mon oreiller, à l'odeur de forêt qui semble imprégner chaque fibre de ma couche. Et par-dessus tout, le visage de Liam. Son sourire quand il m'a proposé d'être sa maîtresse. Un hochet à consumer dans l'ombre. Il ne dort pas. Il arpente les couloirs. Je repousse mes couvertures. Le froid me mord aussitôt, mais je ne m'en soucie pas. Je passe ma robe de chambre, une vieille chose élimée que j'ai apportée de la cabane, et j'ouvre la porte de ma chambre. Le couloir est plongé da
ÉabhaLes jours qui suivent confirment mes pires craintes. Cillian ne se contente plus de me regarder. Il trouve des prétextes pour me toucher.Rien d'appuyé. Rien d'évident. Des gestes infimes, à peine perceptibles, qui pourraient passer pour des accidents s'ils ne se répétaient pas avec une régularité suspecte.Le premier incident se produit dans la bibliothèque. Je suis en train de classer des livres, perchée sur un escabeau, les bras chargés de vieux volumes reliés de cuir. Il entre sans bruit, comme toujours, et s'approche de moi.— Tu vas tomber.— Je ne vais pas tomber.— Laisse-moi t'aider.Avant que je puisse protester, il pose ses mains sur ma taille et me soulève de l'escabeau comme si je ne pesais rien. Ses doigts s'enfoncent légèrement dans le tissu de ma robe, et à travers la laine, je sens la chaleur de ses paumes, la force de ses mains, la puissance contenue dans ces doigts qui pourraient me briser et qui pourtant se posent sur moi avec une douceur inattendue.Il me dé
ÉabhaL'aube me trouve éveillée, assise au bord de mon lit, le linge blanc plié sur mes genoux. La première lueur du jour filtre à travers la fenêtre, grise et froide, et les coqs commencent à chanter dans la basse-cour. Le domaine s'éveille, et moi, je n'ai pas dormi.Mais j'ai réfléchi.Je regarde le linge, ce carré de tissu qui porte son odeur, et je prends une décision. Je ne peux pas continuer comme ça. Je ne peux pas me consumer pour un homme qui est le père de Saoirse, le beau-père de Liam, le chef suprême d'une meute qui m'a tout pris. Je ne peux pas laisser mon oméga intérieure dicter ma conduite, me transformer en une créature soumise qui attend un regard, un geste, un signe.Je ne serai pas un jouet. Pas pour Liam, pas pour Cillian, pas pour personne.Je me lève. Mes pieds nus touchent le plancher froid, et le choc de la température me fait frissonner, mais je reste droite. Je plie le linge avec soin, en carré, et je le range dans le tiroir de ma table de nuit. Il restera l
ÉabhaLa lune est pleine. Je la regarde par l'étroite fenêtre de ma chambre, allongée dans mon lit, les draps emmêlés autour de mes jambes. Le vent gémit contre les volets, et quelque part dans la forteresse, une horloge égrène les heures. Je ne dors pas. Je n'ai pas dormi depuis trois nuits.Chaque fois que je ferme les yeux, je le vois.Cillian. Debout sous la pluie, la main tendue vers moi, ce linge blanc serré dans ses doigts. Cillian, assis à la table du banquet, le visage fermé, les yeux perdus dans la flamme des chandelles. Cillian, arpentant les couloirs sombres à trois heures du matin, les épaules lourdes de secrets, le pas lent d'un homme qui ne trouve pas le sommeil.Je me retourne dans mon lit. Le tissu de l'oreiller est frais contre ma joue, mais sous ma nuque, je sens l'épaisseur du linge que j'ai glissé là. Son linge. Celui qu'il m'a tendu sous le porche, celui que j'ai pressé contre mon visage et qui sent la forêt après la pluie, le bois ancien, la fumée douce.Je ne v







