MasukChapitre 105
Rahim
La tristesse se mue en une rage froide.
Je sens la transformation en moi. Elle est lente d'abord, comme un liquide glacé qui s'infiltre dans mes veines, qui progresse centimètre par centimètre, qui gagne du terrain sur la douleur, sur les larmes, sur l'effondrement. Elle est subtile, presque imperceptible, comme une marée montante qui recouvre peu à peu le rivage. Puis elle s'a
Chapitre 112ClaraLe jour du test arrive.Je m'éveille avant l'aube, avant que les premières lueurs ne filtrent à travers les moucharabiehs, avant que les oiseaux ne commencent leur chant. La chambre est plongée dans une obscurité profonde, une pénombre que seules les braises mourantes du foyer éclairent d'une lueur rougeâtre et vacillante. La cendre est grise, les flammes sont mortes, les dernières braises palpitent comme un cœur fatigué.Je suis allongée sur le dos, les bras le long du corps, les doigts écartés. Je n'ai pas dormi. Pas une minute. Les heures ont défilé, lentes, interminables, chargées de pensées qui tournaient en boucle comme des mouches prisonnières d'un bocal. Le test. Les émissaires. Les regards. Les jugements. Kael. Son sourire. Son triomphe.
Chapitre 111ClaraLes jours passent, et je sens mes murs se construire, pierre après pierre, silence après silence, regard détourné après regard détourné. Ce n'est pas un choix délibéré, pas une décision que j'ai prise en pesant le pour et le contre, pas une stratégie que j'ai élaborée pour me protéger. C'est un réflexe, une survie, une nécessité. Je me referme sur moi-même comme une fleur qui se replie à la tombée de la nuit, comme une porte qui se verrouille quand le danger approche, comme un cœur qui se glace quand la douleur devient trop forte.Je le sens dans ma façon de marcher dans les couloirs, les épaules légèrement voûtées, le menton baissé, le regard fixé sur le marbre qui défile sous mes pas. Je le
Chapitre 110ClaraLes nuits changent.Je sens la différence dès la première soirée, dès que la porte de ma chambre se referme derrière lui, dès que nos regards se croisent dans la pénombre. Il n'y a plus cette douceur, cette lenteur, cette exploration timide de nos corps qui s'apprivoisaient. Il n'y a plus ces silences complices, ces murmures chuchotés dans l'obscurité, ces caresses qui n'en finissaient pas.L'intimité que nous partagions, ces moments volés dans l'obscurité, ces baisers qui duraient des heures, ces mains qui se cherchaient, se trouvaient, s'attardaient, tout a changé. La passion s'est transformée en pression. La tendresse s'est muée en urgence. Le désir s'est effacé derrière le devoir.Je sens la différence dans ses doigts q
Chapitre 109RahimLa nuit est tombée sur le palais, épaisse, silencieuse, comme une chape de plomb qui recouvre les tours, les coupoles, les jardins suspendus. Le ciel, au-dessus des moucharabiehs, est noir, sans une étoile, sans une lueur, comme si la lune elle-même avait choisi de se cacher, de ne pas assister à ce qui allait se passer. Les fontaines sont tues, leurs bassins figés dans une immobilité de miroir. Les oiseaux se sont tus, blottis dans leurs nids, leurs plumes frissonnant sous l'air glacé de la nuit.Je suis dans mes appartements. Les bougies brûlent sur leurs chandeliers d'argent, leurs flammes vacillantes projetant des ombres dansantes sur les murs lambrissés, sur les tapis de soie, sur les coussins de brocart. L'air est épais, chargé d'encens, chargé de silence, chargé de l'attente de ce qui va venir, de ce
Chapitre 108RahimLe conseil est terminé. Les émissaires sont partis. La salle du trône, pleine il y a encore quelques instants de murmures, de regards furtifs, de robes de soie bruissant sur le marbre, s'est vidée. Il ne reste que le silence. Un silence épais, lourd, qui semble s'être déposé sur les murs, sur les colonnes, sur les tapis rouges usés par les siècles. Les bougies, à moitié consumées, vacillent dans leurs chandeliers d'argent, leurs flammes dansant comme des âmes en peine, comme des souvenirs qui refusent de s'éteindre.Je suis resté assis sur le trône.Mes mains sont posées sur les accoudoirs de bois d'ébène. Les sculptures, des arabesques, des entrelacs, des feuilles d'acanthe, sont si fines que mes doigts, en les caressant, pourraient suivre chaque courbe, chaque spirale, chaque détour. Mais je ne les sens pas. Mes doigts ne sentent rien. Ils sont engourdis, comme le reste de mon corps, comme mon cœur, comme mon esprit.Le test.Le mot tourne dans ma tête comme une l
Chapitre 107ClaraLa salle du trône est froide.Ce n'est pas une froideur ordinaire, celle que les murs de pierre et le marbre poli accumulent pendant les nuits d'hiver quand le vent du désert s'engouffre par les fissures des fenêtres et glace les dalles jusqu'à l'aube. Ce n'est pas la froideur des courants d'air qui serpentent entre les colonnes, qui soulèvent les tentures, qui font vaciller les flammes des bougies. C'est une froideur plus profonde, plus insidieuse, qui semble émaner des regards des émissaires, de leurs silhouettes immobiles plantées au centre de la salle, de leurs voix graves qui résonnent sous les voûtes comme des glas annonçant une cérémonie funèbre.Ils sont arrivés ce matin, comme prévu. Trois hommes vêtus de robes sombres, sans ornement, sans bijou, sans aucune m
Chapitre 8ClaraJe ne me souviens pas avoir traversé les couloirs.Je ne me souviens pas des gardes qui s’inclinaient sur mon passage, des fontaines qui chantaient dans les patios, du soleil qui brûlait à travers les moucharabiehs. Je ne me souviens de rien, sauf de ses mots. De ses yeux. De ce do
Chapitre 7RahimLe dossier que je sors du tiroir est épais, jauni sur les bords, comme s’il avait été consulté des centaines de fois. Ce n’est pas loin de la vérité. Je l’ai ouvert, refermé, rouvert, chaque nuit pendant des mois, jusqu’à en connaître chaque mot, chaque virgule, chaque ombre portée
Chapitre 6RahimLa porte se referme derrière elle avec un bruit sourd.Je ne me retourne pas tout de suite. Je reste face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le regard perdu vers le désert qui s'étend à perte de vue. Je l'ai entendue entrer. J'ai entendu ses pas hésitants sur le marbre, l
Chapitre 5ClaraJe suis réveillée en sursaut par des coups frappés à ma porte.Des coups secs, nets, militaires. Trois impacts précis qui résonnent dans le silence de ma chambre comme des détonations. Mon cœur s'emballe avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passe. La lumière du petit mat







