LOGINChapitre 119
Clara
La nuit est profonde, noire, sans une étoile, sans une lueur. Le palais dort, ses couloirs déserts, ses fontaines tues, ses gardes immobiles à leurs postes. Le silence est total, absolu, comme si le monde entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes savaient ce qui allait se passer.
Je dors.
Je rêve.
Dans mon rêve,
Chapitre 120RahimLa porte s'ouvre. Yasmina entre.Sa robe grise vole autour d'elle, ses cheveux blancs défaits, son visage grave. Elle porte une sacoche de cuir usée, gonflée de fioles, de bandages, de remèdes. Ses pieds nus sont silencieux sur le marbre.— Laissez-moi passer, dit-elle.Je recule. Mes jambes sont lourdes, mes pieds glacés, mes muscles engourdis. Je recule dans le couloir, mes talons heurtant les dalles de marbre. La porte se referme devant moi, un battant de cèdre sculpté qui claque dans le silence, qui sépare la chambre de Clara du reste du palais, qui sépare la vie de la mort.Je suis seul.Debout dans le couloir, adossé au mur, les bras ballants, les doigts tremblants. La pierre est froide contre mon dos, rugueuse, inégale, les joints
Chapitre 119ClaraLa nuit est profonde, noire, sans une étoile, sans une lueur. Le palais dort, ses couloirs déserts, ses fontaines tues, ses gardes immobiles à leurs postes. Le silence est total, absolu, comme si le monde entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes savaient ce qui allait se passer.Je dors.Je rêve.Dans mon rêve, je marche dans les jardins suspendus. La lumière est douce, dorée, comme au crépuscule. Les fleurs sont éclatantes, les fontaines chantent, les oiseaux gazouillent. Je suis légère, libre, heureuse. Mon ventre est rond, plein, vivant. Je pose mes mains dessus, je sens les battements, les mouvements, la vie.Un enfant. Notre enfant.Je souris.Puis la douleur.Elle vient sa
Chapitre 118NashiraLa nuit est profonde, noire, sans une étoile, sans une lueur. Le palais dort, ses couloirs déserts, ses fontaines tues, ses gardes immobiles à leurs postes. Le silence est total, absolu, comme si le monde entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes savaient ce qui allait se passer.Nashira marche dans l'ombre.Ses babouches glissent sur le marbre, silencieuses, sans un bruit, sans un frottement. Elle connaît ces couloirs. Elle les a parcourus des milliers de fois, quand elle était servante, quand elle était dame de compagnie de Leïla, quand elle appartenait au palais. Elle connaît chaque recoin, chaque porte dérobée, chaque passage secret. Elle est une ombre parmi les ombres.Sa robe est sombre, presque noire, comme la nuit. Ses cheveux, tirés en une natte s&eacut
Chapitre 117ClaraLes jours qui suivent l'annonce sont comme un rêve éveillé, une bulle de bonheur suspendue au-dessus du gouffre. Je flotte, légère, presque irréelle, portée par la joie de cette vie qui grandit en moi, par le regard de Rahim qui s'est adouci, par cette complicité retrouvée qui nous lie plus fort que jamais. Le palais semble moins pesant, les couloirs moins froids, les regards moins hostiles.Mais la bulle éclate peu à peu, comme une bulle de savon qui se déchire sous le vent.Les premiers signes sont subtils, presque imperceptibles, des ombres qui glissent sur un mur ensoleillé. Une fatigue qui s'installe, lourde, profonde, viscérale, comme si mes os étaient remplis de sable, comme si mes muscles avaient oublié leur fonction. Je me réveille le matin, et mes paupières sont si lourdes qu'elles refusent de s'ouvrir, mes membres si engourdis qu'ils refusent de bouger, mon esprit si embrumé qu'il refuse de penser.Je l'attribue à la grossesse. C'est normal, me dis-je. C'
Chapitre 116RahimJe la serre contre moi.Mes bras l'enlacent, mes doigts s'enfoncent dans le tissu de sa robe, dans la chair de son dos, dans la courbe de ses épaules. Je la colle contre ma poitrine, contre mon cœur, contre tout ce que je suis. La pression est forte, presque douloureuse, comme si je voulais la faire entrer en moi, la protéger, la cacher, la garder.Le monde s'arrête.Les murs du palais, les couloirs, les conseillers, les émissaires, les complots, les menaces, les calculs politiques. Tout disparaît. Il n'y a plus que ses cheveux sous mes doigts, sa nuque sous mes paumes, son souffle contre ma joue, son cœur contre le mien.Les bougies, sur le bureau, vacillent. Leurs flammes dansent, hésitent, s'étirent, projetant des ombres mouvantes sur les murs lambrissés, sur les tapis de
Chapitre 115RahimLa porte de mes appartements s'ouvre, et Clara entre.Je la regarde, debout près de la fenêtre, la lumière du matin qui dessine des losanges dorés sur le marbre et sur les murs lambrissés. Ses pas sont lents, presque hésitants, comme si elle portait un poids invisible, comme si chaque pas était une décision. Ses doigts, posés sur le chambranle de la porte, sont légèrement crispés, les jointures blanches, les ongles s'enfonçant dans le bois, laissant des marques à peine visibles.Ses yeux trouvent les miens. Je vois dans ses prunelles claires quelque chose que je ne lui ai jamais vu. Une lumière, une lueur, une flamme qui danse au fond de ses pupilles, qui les fait briller d'un éclat nouveau, d'un éclat que je ne connais pas encore.Mes mains, po
Chapitre 8ClaraJe ne me souviens pas avoir traversé les couloirs.Je ne me souviens pas des gardes qui s’inclinaient sur mon passage, des fontaines qui chantaient dans les patios, du soleil qui brûlait à travers les moucharabiehs. Je ne me souviens de rien, sauf de ses mots. De ses yeux. De ce do
Chapitre 7RahimLe dossier que je sors du tiroir est épais, jauni sur les bords, comme s’il avait été consulté des centaines de fois. Ce n’est pas loin de la vérité. Je l’ai ouvert, refermé, rouvert, chaque nuit pendant des mois, jusqu’à en connaître chaque mot, chaque virgule, chaque ombre portée
Chapitre 6RahimLa porte se referme derrière elle avec un bruit sourd.Je ne me retourne pas tout de suite. Je reste face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le regard perdu vers le désert qui s'étend à perte de vue. Je l'ai entendue entrer. J'ai entendu ses pas hésitants sur le marbre, l
Chapitre 5ClaraJe suis réveillée en sursaut par des coups frappés à ma porte.Des coups secs, nets, militaires. Trois impacts précis qui résonnent dans le silence de ma chambre comme des détonations. Mon cœur s'emballe avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passe. La lumière du petit mat







