LOGINChapitre 63
Rahim
Je suis dans mon bureau.
Les bougies ont brûlé jusqu'à la base. Les mèches noircies fument encore faiblement, des volutes grises montant vers le plafond. La cire fondue a coulé le long des chandeliers d'argent, formant des stalactites blanchâtres aux formes étranges, certaines fines comme des aiguilles, d'autres épaisses comme des doigts.
Chapitre 123RahimLa chambre est silencieuse. Les bougies ont brûlé jusqu'à la base, leurs mèches noircies fumant faiblement dans l'air immobile. La lumière du matin, pâle et dorée, filtre à travers les moucharabiehs, dessinant des losanges sur le marbre, sur les tapis, sur le lit défait.Clara est allongée, ses cheveux bruns s'étalant sur l'oreiller, sa peau encore pâle, ses yeux encore cernés. Mais ses yeux sont ouverts. Ils me regardent. Ils sont fatigués, mais ils brillent.Je suis assis sur le bord du lit, mes mains posées sur les siennes, mes doigts entrelacés avec les siens. Mes pouces caressent le dos de ses mains, lentement, comme pour la rassurer, comme pour lui dire que je suis là, que je ne partirai pas.Je la regarde. Les mots sont là, au fond d
Chapitre 122ClaraJe émerge.Lentement, comme si je remontais des profondeurs d'un océan noir, comme si mes poumons cherchaient l'air après une longue plongée, comme si mon corps se souvenait peu à peu qu'il était vivant.Mes paupières sont lourdes. Mes cils sont collés. La lumière est douce, tamisée par les moucharabiehs, dessinant des losanges dorés sur le plafond, sur les murs, sur les draps froissés. Elle est pâle, presque bleutée, comme une aube qui hésite à se lever.Mon corps est lourd. Chaque muscle, chaque os, chaque articulation semble peser des tonnes. Mes bras, posés sur les draps, sont inertes. Mes doigts, ouverts, ne bougent pas. Mes jambes, sous la couverture, sont engourdies. Je ne les sens plus.Je tourne la tête.
Chapitre 121RahimLa porte s'ouvre. Yasmina sort.Son visage est grave, tiré, marqué par la fatigue, par l'effort, par la douleur qu'elle a vue, qu'elle a touchée, qu'elle a tenté de repousser. Ses rides semblent plus profondes, plus nombreuses, comme si les heures passées dans cette chambre avaient creusé des sillons dans sa chair. Ses cheveux blancs, habituellement tirés en un chignon sévère, s'échappent de leurs épingles, tombent sur ses tempes, sur ses joues, sur ses épaules. Des mèches rebelles, fines comme des fils de soie, dansent dans la lumière vacillante des bougies.Ses yeux sont rouges, brillants, humides, mais secs. Elle ne pleure jamais. Elle a vu trop de morts, trop de souffrances, trop de désespoirs pour pleurer encore. Mais ses paupières sont gonflées, ses cils sont
Chapitre 120RahimLa porte s'ouvre. Yasmina entre.Sa robe grise vole autour d'elle, ses cheveux blancs défaits, son visage grave. Elle porte une sacoche de cuir usée, gonflée de fioles, de bandages, de remèdes. Ses pieds nus sont silencieux sur le marbre.— Laissez-moi passer, dit-elle.Je recule. Mes jambes sont lourdes, mes pieds glacés, mes muscles engourdis. Je recule dans le couloir, mes talons heurtant les dalles de marbre. La porte se referme devant moi, un battant de cèdre sculpté qui claque dans le silence, qui sépare la chambre de Clara du reste du palais, qui sépare la vie de la mort.Je suis seul.Debout dans le couloir, adossé au mur, les bras ballants, les doigts tremblants. La pierre est froide contre mon dos, rugueuse, inégale, les joints
Chapitre 119ClaraLa nuit est profonde, noire, sans une étoile, sans une lueur. Le palais dort, ses couloirs déserts, ses fontaines tues, ses gardes immobiles à leurs postes. Le silence est total, absolu, comme si le monde entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes savaient ce qui allait se passer.Je dors.Je rêve.Dans mon rêve, je marche dans les jardins suspendus. La lumière est douce, dorée, comme au crépuscule. Les fleurs sont éclatantes, les fontaines chantent, les oiseaux gazouillent. Je suis légère, libre, heureuse. Mon ventre est rond, plein, vivant. Je pose mes mains dessus, je sens les battements, les mouvements, la vie.Un enfant. Notre enfant.Je souris.Puis la douleur.Elle vient sa
Chapitre 118NashiraLa nuit est profonde, noire, sans une étoile, sans une lueur. Le palais dort, ses couloirs déserts, ses fontaines tues, ses gardes immobiles à leurs postes. Le silence est total, absolu, comme si le monde entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes savaient ce qui allait se passer.Nashira marche dans l'ombre.Ses babouches glissent sur le marbre, silencieuses, sans un bruit, sans un frottement. Elle connaît ces couloirs. Elle les a parcourus des milliers de fois, quand elle était servante, quand elle était dame de compagnie de Leïla, quand elle appartenait au palais. Elle connaît chaque recoin, chaque porte dérobée, chaque passage secret. Elle est une ombre parmi les ombres.Sa robe est sombre, presque noire, comme la nuit. Ses cheveux, tirés en une natte s&eacut
Chapitre 7RahimLe dossier que je sors du tiroir est épais, jauni sur les bords, comme s’il avait été consulté des centaines de fois. Ce n’est pas loin de la vérité. Je l’ai ouvert, refermé, rouvert, chaque nuit pendant des mois, jusqu’à en connaître chaque mot, chaque virgule, chaque ombre portée
Chapitre 6RahimLa porte se referme derrière elle avec un bruit sourd.Je ne me retourne pas tout de suite. Je reste face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le regard perdu vers le désert qui s'étend à perte de vue. Je l'ai entendue entrer. J'ai entendu ses pas hésitants sur le marbre, l
Chapitre 5ClaraJe suis réveillée en sursaut par des coups frappés à ma porte.Des coups secs, nets, militaires. Trois impacts précis qui résonnent dans le silence de ma chambre comme des détonations. Mon cœur s'emballe avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passe. La lumière du petit mat
Chapitre 1ClaraLa chaleur du désert m'enveloppe comme un manteau de soie brûlante dès que je pose le pied hors de la voiture climatisée. Le trajet depuis l'aéroport m'a semblé interminable, chaque kilomètre m'éloignant un peu plus de tout ce que je connais pour m'enfoncer dans un monde qui semble







