로그인Zoé
On frappe à ma porte à trois heures dix du matin, et cette fois ce n'est pas Gino.
C'est Rosalie. Rosalie qui n'a jamais mis les pieds chez moi, Rosalie que je n'avais jamais vue prononcer trois mots à la suite, Rosalie qui se tient sur mon palier en robe de chambre grise, les cheveux dans un filet, et qui me dit une phrase courte comme un couperet :
— Le Don. Vite. En haut.
Je prends ma trousse sans allumer la lu
EnzoDepuis trente ans, j'observe. C'est mon métier, l'observation. Massimo commande, moi j'observe, et entre le commandement et l'exécution, il y a toujours la même chose : des gens. Des gens qui ont peur, qui ont faim, qui aiment, qui cachent. Et quand on sait regarder les gens, le reste du monde n'est qu'une question de patience.Alors je regarde l'infirmière, et je sais.Elle sait.Je ne sais pas quand elle a su. Peut-être le verre, ce verre que je n'ai jamais retrouvé et que Rosalie a inventorié, lavé, rangé, trop vite, ce verre dont la disparition sentait le geste médical, le prélèvement, la chaîne de conservation. Peut-être la tisane, qui a changé de goût en même temps que le teint de Massimo a changé de couleur. Peu importe quand. Ce qui importe, c'est le comment, et le comment, je le vois dans ses yeux quand elle m
MassimoJe n'ai pas dormi depuis le toit du hangar. Je dis ça et c'est à moitié faux : je dors, mais je rêve, et dans mes rêves je refais le test, encore et encore, et chaque fois la voiture arrive, et chaque fois les quatre hommes descendent, mais dans mes rêves le quatrième homme qui boite, ce n'est plus Marchetti. C'est Enzo. C'est toujours Enzo, à la fin, et il monte vers le hangar douze avec cette démarche feutrée, et il se retourne, et il me voit sur le toit, et il me fait signe de descendre, comme on fait signe à un frère.Je me réveille à chaque fois à quatre heures du matin, en nage, avec mon cœur de rescapé qui cogne comme s'il voulait sortir sans moi.Trois jours après le test, je convoque Enzo au port, sur la jetée nord, à l'endroit où notre père à tous les deux, parce que c'est mon
MassimoL'idée vient de Zoé. Je tiens à le dire, parce qu'elle ne le dira jamais elle-même, elle est de ces gens qui donnent leurs idées comme on donne un rein, en silence, sans reçu.— Tu ne veux pas croire qu'il tue, elle a dit. D'accord. Je ne te demande plus de le croire. Je te demande un test. Un test propre, un test d'homme, le genre que tu respectes. Tu lui dis une chose, à lui seul, une chose fausse, et tu regardes où elle va.Alors un mardi matin, dans mon bureau, j'appelle Enzo et je lui dis :— Vendredi soir, vingt-trois heures, je vais au hangar douze, quai sud. Seul. Pas de gardes. J'ai un rendez-vous avec un Douanier qui veut me vendre les listes de contrôle de l'hiver. Personne ne le sait. Toi seul, frère. Je ne le dis à personne d'autre, pas même à Fifi, pas même à Zoé. Si ça se sait, c'est que &ccedi
MassimoJ'apprends la chose par Rosalie, qui l'a apprise par Carmela, qui l'a juré de ne pas le dire et qui l'a dit à tout le monde, comme il se doit dans une famille.Enzo menace de couper les soins de la mère de Zoé.Je suis dans mon bureau et je tiens le téléphone et je dois poser le téléphone parce que ma main tremble, pas du tremblement de la maladie, pas ce tremblement-là, elle l'a soigné, celui-là, mais le tremblement de la colère, le tremblement que je n'ai plus eu depuis trois ans, depuis une nuit de novembre où on m'a dit que mon frère était étendu sur un quai avec quatre balles dans le dos.Enzo. Mon Enzo. Qui menace une vieille dame paralysée pour faire rentrer une infirmière au bercail.Non. Je fais ce que je fais toujours, je corrige. Enzo n'est pas le problème. Enzo gère les comptes
ZoéIl me fait convoquer. Pas à la maison, bien sûr, trop de regards, trop de Rosalie. Il me fait convoquer au café de la criée, en plein jour, en plein public, parce qu'Enzo est un homme qui sait que les menaces les plus sales se prononcent dans les endroits les plus propres.Il est déjà installé quand j'arrive, deux cafés commandés, un pour moi, posé en face de lui, encore fumant. Comme si j'allais boire quoi que ce soit qu'il a commandé. Je m'assieds. Je ne touche pas la tasse. Il remarque. Il sourit.— Tu ne me fais plus confiance, docteur.— Je ne fais confiance à personne qui commande pour moi.— Sagesse. Une belle qualité. Rare chez les jeunes.Il boit une gorgée de son propre café. Il prend son temps. Il regarde le port par la vitrine, les grues, les conteneurs, son royaume à venir, et
ZoéJe ne le dis à personne pendant trente-six heures. Trente-six heures pendant lesquelles je réintègre mon ancien appartement, celui du loyer piégé, parce que c'est là que j'ai dit que j'irais et que changer d'avis éveillerait des soupçons. Trente-six heures pendant lesquelles je m'assieds dans ce salon que j'ai cru mériter, entre ces murs que j'ai crus être ma chance, et que je comprends que chaque brique a été payée par l'homme qui empoisonne le mien.Je ne dors pas. Je refais le film. L'annonce vue un dimanche soir. La visite un mardi. Le voisin qui pleure en lisant, le voisin au tablier taché, ces personnages si parfaits, si pittoresques, que j'ai pris pour du charme et qui sont peut-être du décor. Gino et Fifi, est-ce qu'ils sont dans le coup ? Non. Non, je ne peux pas y croire, personne ne joue la peur des aiguilles pendant trois mo







