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Chapitre 29 — L'excuse

Auteur: Eternel
last update Date de publication: 2026-10-03 17:14:39

Zoé

Il descend le lendemain matin, à sept heures, chez moi. Ce n'est jamais arrivé. C'est toujours moi qui monte.

Il frappe. J'ouvre. Il est en chemise blanche, sans veste, le bandage du bras visible sous la manche relevée. Il est mal rasé. Il a l'air d'un homme qui n'a pas dormi.

— Docteur.

— Massimo. Entrez.

Il entre. Il regarde mon salon comme s'il y venait pour la première fois, c'est le cas, et je le vois s'arrêter une seconde sur les livres de Vincenzo que j'ai laissés à leur place sur le
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    ZoéInès m'attend au parking du personnel, entrée sud, adossée à sa voiture, une cigarette entre les doigts, alors qu'elle a arrêté de fumer il y a trois ans.— Tu as recommencé.— J'ai recommencé ce matin, à sept heures dix, quand j'ai vu ton résultat sortir. Monte.Elle démarre. Elle roule cinq minutes sans parler, jusqu'à un parking désert au-dessus du port, avec vue sur toute la ville. Elle coupe le moteur. Elle sort une chemise en carton de sous son siège. Elle me la pose sur les genoux.— Ouvre.J'ouvre. Il y a trois pages. Numération banale. Ionogramme banal. Fonction rénale limite basse mais compatible. Fonction hépatique un peu élevée. Tout ça, je m'y attendais.La dernière page.Je tourne. Toxicologie. Alcaloïdes végétaux. Spectre large. Et là, une ligne, marquée en gras à la main par Inès, avec un stylo rouge, cerclée deux fois :DIGITALINE : positif. Dosage : 2,8 ng/mL. Seuil thérapeutique : 0,8 2,0 ng/mL. Seuil toxique : > 2,0 ng/mL. Chronique probable au vu du profil.J

  • La voisine du parrain   Chapitre 29 — L'excuse

    ZoéIl descend le lendemain matin, à sept heures, chez moi. Ce n'est jamais arrivé. C'est toujours moi qui monte.Il frappe. J'ouvre. Il est en chemise blanche, sans veste, le bandage du bras visible sous la manche relevée. Il est mal rasé. Il a l'air d'un homme qui n'a pas dormi.— Docteur.— Massimo. Entrez.Il entre. Il regarde mon salon comme s'il y venait pour la première fois, c'est le cas, et je le vois s'arrêter une seconde sur les livres de Vincenzo que j'ai laissés à leur place sur les étagères, et je le vois avaler quelque chose.— Vous avez dormi ? je demande.— Non. Vous ?— Non.Il ne s'assoit pas. Il reste debout, au milieu de mon salon, les mains derrière le dos, la posture qu'il avait devant sa fenêtre à lui, comme si sans une fenêtre à contempler il ne savait pas quoi faire de son corps. Puis il se retourne, et il me regarde, et il fait quelque chose de compliqué avec sa bouche, et il dit :— Je suis venu m'excuser.— D'avoir été blessé ?— De ne pas savoir comment v

  • La voisine du parrain   Chapitre 28 — Fifi

    ZoéJe monte chez Fifi, parce que je ne peux pas monter chez Massimo et je ne peux pas rester chez moi, et parce que chez Fifi il y a toujours du feu et du bruit et quelqu'un qui cuit quelque chose, et que c'est le contraire du silence.Fifi n'est pas dans la cuisine. C'est déjà un événement. Fifi est assis dans son salon, dans un fauteuil, un torchon sur les mains, et il y a du sang sur le torchon, et Fifi n'a rien.— Docteur, il dit en me voyant. Vous êtes revenue vivante. Le bon Dieu existe.— Fifi. Le sang.— Ce n'est pas le mien. Je me suis lavé les mains, mais j'avais oublié le torchon.— Le sang de qui, Fifi.Il baisse les yeux. Il fait quelque chose que je n'ai jamais vu chez lui, qui est de rester silencieux plus de dix secondes. Puis il dit :— Le tireur du restaurant. Nino l'a coincé dans l'entrepôt trois, celui des filets. Il fallait bien faire parler quelqu'un. J'étais dans le coin, j'ai aidé. Rien de grave, Docteur. Il vit. Il ne recommencera pas de sitôt, mais il vit. O

  • La voisine du parrain   Chapitre 27 — Le baiser de survie

    ZoéIl m'embrasse au milieu du restaurant vide, à la banquette d'angle du Vecchio Molo, avec le sang encore sur ses doigts et sur les miens, avec le verre brisé qui craque sous nos semelles quand on bouge, avec les cris qui s'éloignent sur le quai et les sirènes qui commencent leur montée quelque part au bout de la ville.C'est un baiser qui n'a rien à voir avec l'escalier de service. Celui de l'escalier était court, prudent, mesuré, contrôlé par deux volontés qui se surveillaient l'une l'autre. Celui-là n'est surveillé par personne. C'est un baiser de survie, un baiser d'après le tir, un baiser d'homme qui vient de se dire qu'il aurait pu ne plus jamais m'embrasser et qui décide, dans la seconde, que ce n'est pas envisageable.Sa main valide me prend la nuque. Sa bouche est brûlante. Il n'y a plus de fiction, plus de règle, p

  • La voisine du parrain   Chapitre 26 — Le restaurant

    ZoéTrois jours passent, sans résultat, sans nouvelles d'Inès, dans une tension à laquelle mon métier ne m'avait pas préparée : attendre.Le mardi soir, Massimo m'emmène dîner au Vecchio Molo, un restaurant sur la digue, où il a sa table, sa banquette d'angle, ses habitudes, et où le patron l'accueille en s'inclinant si bas qu'on voit sa calvitie. Nous devons être vus ensemble, dit-il en chemin. Après la criée et le gala, cette semaine se termine au restaurant. Vendredi, on se repose.— Vous vous reposez, moi je travaille.— Vous êtes ma fiancée, Docteur, pas ma secrétaire.— Je suis ma propre secrétaire. C'est la règle numéro trois.On dîne. Pas de sel dans mon plat non plus, par solidarité. Pas de vin pour lui, un verre pour moi que je bois à peine. On p

  • La voisine du parrain   Chapitre 25 — Le prélèvement

    ZoéLe lendemain matin, je monte chez Massimo à sept heures avec ma trousse, mon carnet, et un mensonge parfaitement construit pendant la nuit blanche que je viens de passer.— Je vous fais un bilan de base, je dis en entrant. Vous m'avez laissée décider ce qui entre dans votre corps, il est temps que je sache ce qui y est déjà. Numération, ionogramme, fonction hépatique, fonction rénale. Rien d'exotique. La routine.Il me regarde. Il boit son café. Il ne pose pas de questions sur la soirée de la veille, et moi non plus, on a fait ça très bien, comme deux professionnels de la retenue.— Vous avez dit que je refusais les analyses.— Vous refusiez. Vous avez changé d'avis. C'est ce que les patients intelligents finissent par faire.Il tend son bras. Je pose le garrot, je désinfecte, je pique. Il ne regarde pas l'aiguille. Il regarde mon visage. Je remplis trois tubes. Un tube de plus que nécessaire.Ce troisième tube, il ne le sait pas, va prendre un chemin qui n'a rien à voir avec les

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