Mag-log inVERSUS II
Elle était entrée sans frapper, comme toujours. Je l'avais entendue traverser l'antichambre, échanger quelques mots avec ma secrétaire, puis pousser la porte avec une assurance que je ne lui avais jamais connue. Elle portait une robe bleu nuit, sobre mais élégante, et son sourire avait cette lueur particulière que je redoutais depuis son retour.Maëlys.Elle s'installa dans le fauteuil face à mon bureau, croisa les jambes avec une lenteur calculée, et posaVERSUS IIL'enveloppe était arrivée par coursier ce matin, une enveloppe officielle, au papier épais, au sceau du tribunal. Je l'avais prise des mains du livreur sans un mot, sans un regard, et je l'avais posée sur mon bureau sans l'ouvrir. Comme si je pouvais retarder l'inévitable. Comme si je pouvais faire semblant que tout cela n'était pas réel.Mais elle était là. La preuve que tout était réel.Je suis resté assis longtemps, à regarder cette enveloppe qui contenait ma vie. Mes doigts tremblaient, mais je ne les ai pas regardés. Je regardais l'enveloppe, comme on regarde un objet qui pourrait exploser, comme on regarde une lettre qui contient la condamnation à mort d'un homme.Mes pensées s'égaraient, cherchaient des échappatoires, des excuses, des moyens de ne pas ouvrir ce qui était pourtant inévitable.Je me suis souvenu de la première fois que j'avais vu Sersy. Elle avait vingt-trois ans, elle était timide, elle avait des yeux
SERSY Le palais de justice était un bâtiment imposant, aux pierres grises et aux fenêtres hautes, comme un témoin silencieux des milliers de vies qui s'y déchiraient, s'y réconciliaient, s'y transformaient. Je l'avais traversé sans regarder les détails, sans m'arrêter devant les colonnes, sans laisser mon regard s'attarder sur les sculptures qui ornaient les murs. Je ne voulais pas de poésie aujourd'hui. Je voulais juste avancer.Ayden marchait à côté de moi, son pas régulier, sa présence rassurante. Il ne parlait pas, ne posait pas de questions, ne cherchait pas à me distraire. Il était juste là, comme un roc silencieux dans une mer agitée.La salle d'attente du tribunal était spacieuse, éclairée par de grandes fenêtres. Des bancs en bois, des gens qui patientaient, des dossiers serrés contre les poitrines, des regards qui se croisaient sans se voir. J'ai pris place sur un banc, les mains posées sur mes genoux, les doigts entrelacés. Mes jointures étaien
VERSUS IILe hall de l'hôtel était bondé. Des hommes en costumes sombres, des femmes en robes de soie, des serveurs qui glissaient entre les groupes avec des plateaux chargés de coupes de champagne. La lumière des lustres se reflétait sur les bijoux, les montres, les sourires de façade. Un cocktail de fin d'année, comme il y en avait des dizaines chaque saison. Rien d'exceptionnel. Rien que je n'aie déjà vu cent fois.Mais ce soir, quelque chose était différent.Je traversais la foule, serrant des mains, échangeant des banalités, souriant quand il le fallait. Les visages défilaient, les noms s'effaçaient, les conversations se fondaient en un bourdonnement indistinct. Rien n'arrêtait mon regard. Rien ne retenait mon attention.Et puis, une silhouette. Une chevelure brune, un mouvement d'épaule, une manière de se tenir.Mon cœur s'est arrêté une fraction de seconde.J'ai fait un pas, puis deux, les yeux fixés sur cette femme q
SERSY Le café était calme, presque vide à cette heure de la matinée. J'avais choisi une table au fond, près de la fenêtre, là où la lumière tombait doucement sur la nappe à carreaux. Mes doigts tournaient autour d'une tasse de thé que je n'avais pas touchée, et mes yeux fixaient la porte, attendant qu'elle s'ouvre.Liora était arrivée avec quelques minutes de retard, essoufflée, les joues rougies par le froid matinal. Elle s'était excusée, avait commandé un café, et s'était installée en face de moi. Mais son expression, dès qu'elle m'avait regardée, m'avait dit qu'elle avait quelque chose d'important à partager.« J'ai appris quelque chose, Sersy. » Sa voix était basse, presque un murmure. « Et je ne savais pas comment te le dire. »Mon cœur s'était serré, mais j'avais hoché la tête, l'encourageant à continuer.« Qu'est-ce que c'est ? »« Maëlys. Elle fréquentait déjà Daria avant votre mariage. Bien avant. »Le mot avai
VERSUS IIElle était entrée sans frapper, comme toujours. Je l'avais entendue traverser l'antichambre, échanger quelques mots avec ma secrétaire, puis pousser la porte avec une assurance que je ne lui avais jamais connue. Elle portait une robe bleu nuit, sobre mais élégante, et son sourire avait cette lueur particulière que je redoutais depuis son retour.Maëlys.Elle s'installa dans le fauteuil face à mon bureau, croisa les jambes avec une lenteur calculée, et posa son sac sur ses genoux. Le geste était délibéré, presque théâtral. Elle savait qu'elle attirait l'attention. Elle savait qu'elle ne passait pas inaperçue.« Tu as l'air fatigué, Versus. »« Je suis fatigué, Maëlys. »« Tu ne dors toujours pas ? »« Je ne dors plus, depuis qu'elle est partie. »Elle inclina la tête, une expression de compassion feinte sur le visage.« Je suis désolée pour toi, Versus. Vraiment. Mais tu sais ce que je pense de
SERSY Je ne dormais pas. Pas vraiment. Depuis des semaines, mes nuits étaient peuplées de fragments de souvenirs, de scènes que je rejouais en boucle, de conversations que j'aurais voulu avoir, de silences que je n'aurais jamais dû accepter. Le lit était dur, les draps sentaient la lessive bon marché, et la cour intérieure était plongée dans une obscurité que la lune ne parvenait pas à percer. Mais ce soir, c'était différent. Un bruit. Une voiture qui s'arrête. Pas la première, pas la dernière. Les rues du dix-septième arrondissement ne dormaient jamais vraiment, et les moteurs ronronnaient en permanence, comme une respiration continue. Pourtant, ce bruit-là était différent. Il avait une résonance particulière, un écho qui me faisait tendre l'oreille sans savoir pourquoi. Je me suis levée, les pieds nus sur le sol froid, et je me suis approchée de la fenêtre. J'ai écarté le rideau, juste assez pour jeter un coup d'œil dans
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe
SERSY « Depuis combien de temps ce traitement agit-il ? » Ma voix ne tremblait presque pas. J’ignore encore comment j’ai fait. Elle m’a expliqué. J’ai entendu quelques mots : régularité, efficacité, interruption, délai. Rien n’a vraiment imprimé dans mon esprit. Une seule vérité recouvrait to







