LOGIN[POINT DE VUE : JULIAN]L'eau de la mer Noire à six degrés n'est pas un liquide. C'est une mâchoire d'acier qui se referme sur vos os.En moins de deux minutes, mes doigts perdirent toute sensation. Ma respiration n'était plus qu'une série de petits halètements pitoyables. Je savais ce qui allait suivre : la confusion mentale, la paralysie motrice, puis l'arrêt cardiaque. Dante crachait de l'eau à côté de moi, essayant de maintenir Kiera à la surface. Le poids de son gilet tactique l'entraînait vers le fond. Chaque mouvement lui arrachait un grognement à cause de ses côtes fracturées.Dante : Julian... on doit nager vers le large ! haleta-t-il, ses dents claquant violemment. Faut qu'on s'éloigne...Je regardai l'horizon noir. Le vide.— Non ! criai-je par-dessus le rugissement de l'incendie. On n'y arrivera jamais ! On retourne vers le quai !Il me fixa, croyant que le froid m'avait rendu fou.Dante : Les Russes...— Je préfère prendre une balle que de mourir de froid ! Nage vers le f
[POINT DE VUE : JULIAN]La minute accordée par Volkov s'écoulait comme du goudron.Dante traversa l'entrepôt à grandes enjambées, son HK416 plaqué contre son flanc droit, l'œil rivé sur les Spetsnaz qui le tenaient en joue. Il ne baissa pas son arme. Il atteignit Kiera, sortit son couteau de combat d'une main fluide et trancha les épaisses cordes de nylon qui la suspendaient.L'agente du FBI s'effondra. Dante la rattrapa par la taille avant qu'elle ne touche le sol.Kiera grogna de douleur, son moignon sommairement bandé ensanglantant la veste de Dante, mais ses jambes tinrent bon. Elle leva son œil valide vers lui.Kiera : Donne-moi un flingue, mafieux, cracha-t-elle.Dante sortit son Glock de sa ceinture et le lui glissa dans la main gauche.Sur la passerelle, Volkov sortit un briquet en argent et ralluma tranquillement une cigarette.Volkov : Le temps est écoulé, Miller. Vous allez reculer très lentement vers la sortie principale. Si l'un de vous fait un geste brusque, mes hommes v
[POINT DE VUE : JULIAN]L'eau de la mer Noire était une lame de rasoir liquide.À deux heures du matin, sous un brouillard épais qui avalait les étoiles, la température frôlait le point de congélation.Je sortis la tête de l'eau noire, recrachant l'air de mon recycleur d'oxygène à circuit fermé. Devant moi se dressait la muraille de béton rongé par le sel du chantier naval de Varna. Une infrastructure soviétique titanesque, abandonnée par l'État et récupérée par la Bratva.Dante émergea à mes côtés, le visage couvert de peinture de camouflage noire, ses yeux brillant d'une lueur meurtrière. Enzo Rossi avait tenu parole. Il ne nous avait pas donné d'armée, mais il nous avait fourni un équipement de pointe : combinaisons tactiques en néoprène, fusils d'assaut HK416 avec silencieux intégrés, et surtout, soixante kilos de C4 militaire.Je fis un signe de la main. En haut.Nous utilisâmes des grappins silencieux pour escalader la paroi glissante du quai de déchargement.La cour principale
[POINT DE VUE : DANTE]La brise nocturne du Bosphore balayait la terrasse de la villa d'Enzo Rossi, nichée sur les hauteurs du quartier de Bebek.En bas, les lumières d'Istanbul brillaient comme un tapis de diamants écrasés. Nous avions pris le contrôle de la ville depuis soixante-douze heures. Les cargaisons passaient, les flics fermaient les yeux, et mon nom recommençait à inspirer la terreur. J'avais ma couronne. J'avais mon Roi noir à mes côtés.Julian était accoudé à la balustrade en marbre, un verre de raki à la main, observant les pétroliers glisser sur le détroit. Il portait un costume sombre, coupé sur mesure par le tailleur personnel d'Enzo. Le flic en fuite avait disparu, remplacé par une statue de glace et de pouvoir.Je m'approchai et glissai mes bras autour de sa taille, pressant mon torse contre son dos.— Tu penses à quoi ? murmurai-je contre son cou.Julian : Au silence, répondit-il sans se retourner, sa voix grave vibrant contre ma poitrine. C'est trop calme. La Brat
[POINT DE VUE : JULIAN]L'arrière-salle du club privé d'Enzo Rossi puait le cigare froid, la peur et l'eau de Cologne bon marché.Quatre hommes étaient assis autour d'une table de poker en feutrine verte. Les quatre lieutenants d'Enzo. Des tueurs endurcis, des rois de la contrebande stambouliote. Et pourtant, en ce moment, ils transpiraient à grosses gouttes. Les portes blindées étaient verrouillées de l'extérieur.Dante était adossé contre la porte, les bras croisés, silencieux. Il me laissait la scène. Il m'avait jeté dans l'arène pour prouver à Enzo que je n'étais pas juste un amant de passage, mais une arme de destruction massive.Je marchai lentement autour de la table.La méthode du Lieutenant Miller, Service des Homicides de Chicago. Sauf qu'ici, il n'y avait pas de caméras, pas de droits Miranda, pas d'avocat.— L'un de vous a vendu la cargaison d'armes d'Izmir la semaine dernière, commençai-je, ma voix basse et parfaitement calme tranchant avec la tension de la pièce. Enzo pe
[POINT DE VUE : JULIAN]Istanbul ne dort jamais. Elle respire, elle hurle, elle écrase.Treize heures de bus depuis Mersin nous avaient recrachés dans l'enfer d'Eminönü. Le fracas des ferrys sur le Bosphore, les appels à la prière résonnant depuis les minarets, l'odeur entêtante du maïs grillé, des épices et des gaz d'échappement. Tout ici était conçu pour désorienter.Nous marchions dans le quartier de Karaköy, près des vieux docks, là où les grues rouillées frôlaient les cafés branchés.Dante avançait avec une assurance glaçante. Il n'avait plus son bras en écharpe. Il dissimulait sa douleur sous une posture de prédateur.— Comment on trouve un fantôme dans une ville de quinze millions d'habitants ? demandai-je, mes yeux balayant chaque ruelle, chaque toit, cherchant des tireurs embusqués par simple déformation professionnelle.Dante : On ne le trouve pas, répondit-il sans ralentir le pas. On fait assez de bruit pour qu'il nous trouve.Il s'arrêta devant un entrepôt douanier gardé p
[POINT DE VUE : JULIAN]La scène de crime était un tableau macabre peint sous les néons crépitants d'un entrepôt désaffecté. Les gyrophares bleus et rouges découpaient la nuit, projetant des ombres dansantes sur les murs de briques sales. L'air sentait l'ozone, la pluie et cette odeur ferreuse, ino
[POINT DE VUE : JULIAN]L'Hôtel Blackwood était un monument de pierre sombre et de dorures discrètes, un endroit où les scandales venaient mourir dans le silence des tapis épais. Je traversai le hall le cœur au bord des lèvres, ma main crispée sur la clé dans ma poche. Personne ne me regarda. C'éta
[POINT DE VUE : JULIAN]Six mois. Cent quatre-vingt-deux jours. Quatre mille trois cent soixante-huit heures.C'est le temps qu'il a fallu pour que je devienne le héros de Chicago. Le lieutenant Julian Miller, l'homme qui a fait tomber l'empire Vitti. L'homme qui a mis le vieux Salvatore derrière le
[POINT DE VUE : JULIAN]Le commissariat sentait le café brûlé, la sueur froide et la bureaucratie désespérée. C'était une odeur que j'avais toujours associée à la sécurité, à l'ordre. Aujourd'hui, elle me donnait envie de vomir.Je traversai l'open space comme un somnambule. Mes collègues me saluai






