LOGINChapitre 53
Noah
Mon bureau est plongé dans une semi-obscurité, seulement trouée par la lueur bleutée de mon écran de téléphone. Les commentaires défilent sous mes yeux comme un torrent de boue, chaque mot est une insulte, chaque phrase une accusation, chaque photo partagée une violation de son intimité. Les réseaux sociaux se sont déchaînés contre Am&eacu
Chapitre 89AméliaIl est là, dans le salon, son téléphone collé à l'oreille, et sa voix n'a plus rien de celle que je connais. Elle est froide, tranchante, impitoyable. Il donne des ordres, il menace, il négocie. Je l'observe depuis l'embrasure de la porte, et je sens un frisson me parcourir. Ce n'est plus Noah, l'homme qui lit des histoires aux enfants, qui rit au bord d'un lac gelé, qui m'a avoué ses peurs dans le noir. C'est Noah Hayes, l'héritier impitoyable, celui que tout le monde craint.Il raccroche, et quand il se tourne vers moi, je vois dans ses yeux quelque chose que je n'avais pas vu depuis des semaines. Cette dureté, cette distance, ce masque qui retombe sur son visage comme une armure. Mon cœur se serre.— Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il, et sa voix est plus douce, mais je sens qu'il fait un effort.— C'est à ça que tu res
Chapitre 88NoahPour la première fois depuis des semaines, je me réveille sans angoisse. Amélia dort encore, sa tête posée sur mon épaule, son souffle régulier contre ma peau. La lumière du matin filtre à travers les rideaux, et je reste immobile, à la regarder, à écouter le silence. La paix. J'avais oublié ce que c'était. Pas la paix des maisons vides, ni celle des conquêtes sans lendemain. La vraie paix, celle qui vient de l'intérieur, celle qui n'a pas besoin de bruit ni d'agitation.Je me lève doucement pour ne pas la réveiller, et je prépare du café dans la petite cuisine. Les gestes sont simples, mais ils me semblent miraculeux. Puis mon téléphone vibre. Le nom s'affiche : Victor Hayes. Mon père.Je sors sur le balcon, le souffle froid de décembre me réveille tout à fait.
Chapitre 87AméliaIl est là, devant moi, les yeux encore humides de ses aveux. Il vient de me montrer ses failles, toutes ses failles, et je sais que ce n'est pas un homme qui s'ouvre facilement. Je le regarde, et je sens ma peur se heurter à quelque chose de plus fort : l'envie de rester. Pas par pitié, pas par faiblesse. Par choix.— Je reste, dis-je doucement.Il relève la tête, incrédule.— Tu restes ?— Oui. Mais à une condition.Il se redresse, essuie son visage d'un revers de main, et son regard se durcit, comme s'il s'attendait au pire.— Dis-moi.— Tu ne deviendras jamais un monstre au nom de notre amour. Jamais. Si un jour tu dois choisir entre me protéger et rester l'homme que tu es en train de devenir, tu choisis l'homme. Même si ça doit me briser. Même si ça doit nous briser.Le silen
Chapitre 86NoahJe suis assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux, les mains ouvertes devant moi. Amélia est là, debout près de la fenêtre, les bras croisés. Elle attend. Elle attend que je parle, que je m'ouvre, que je cesse de me cacher derrière mes murs. Et pour la première fois, je ne veux plus me cacher. Pour la première fois, j'ai envie de tout lui donner, même ce qui me terrifie.— J'ai peur, dis-je. Ma voix est rauque, presque inaudible. J'ai peur de ce que je suis en train de devenir, de ce que je vais devoir abandonner, de ce que je vais perdre en essayant de sortir de cette vie.Elle ne bouge pas, mais son regard s'adoucit.— Continue.— J'ai peur de ne jamais pouvoir m'en sortir. Cet empire, cette fortune, ce nom… tout est construit sur le sang, sur les compromissions, sur les mensonges. Mon grand-père a ruiné des familles, mon père a poursuivi l'œuvre. Et moi, pendant des années, j'ai fermé les yeux. J'ai profité de tout ça sans jamais me demander d'où venait l
Chapitre 85AméliaJe ne dors pas.Je fixe le plafond. Les ombres. Le silence. Léo dort à côté. Sa main posée sur mon bras. Sa respiration régulière. Innocente. Paisible. Il ne sait pas. Il ne saura jamais. Pas encore. Pas tout. Pas ça.Les mots de Noah tournent dans ma tête. Les Hayes. Le trafic. Le blanchiment. Les morts. Les trois ans. Les hommes qu'il a tués. Les ordres qu'il a exécutés. Les vies qu'il a brisées. Les siennes. Les leurs. Les miennes. Peut-être.Je me lève. Sans bruit. Je marche jusqu'à la fenêtre. La mer est noire. Le ciel aussi. Pas une étoile. Pas une lumière. Juste le vide. Comme le vide qui s'est creusé dans ma poitrine. Depuis qu'il a parlé. Depuis qu'il a tout dit. Depuis qu'il m'a montré l'homme qu'il était. L'homme qu'il est peut-être encore.Je s
Chapitre 84NoahJe vais tout lui dire.Pas parce qu'elle me le demande. Pas parce qu'elle m'a surpris. Pas parce que je n'ai plus le choix. Parce que je veux. Parce que je ne peux plus. Parce que chaque silence me ronge. Chaque omission me détruit. Chaque mensonge par défaut me sépare d'elle. Un peu plus. Chaque jour.Elle est assise dans le salon. Léo dort. La maison est silencieuse. Juste les vagues. Le vent. Nos respirations. Elle me regarde. Ses yeux. Gris. Calmes. Prêts. À tout. Au pire. À moi.Je m'assois en face d'elle. Je pose mes mains sur mes genoux. Je fixe le sol. Les mots sont là. Quelque part. Coincés. Comme toujours. Mais cette fois. Cette fois, je ne les laisserai pas s'échapper.— Mon père. Tu sais déjà. La pression. Le nom. L'héritage. Mais il y a autre chose. Quelque chose que je n'ai jamais dit à personne.







