เข้าสู่ระบบLe mardi fut pire encore. Éric était parti avant qu’elle ne se réveille. Elle avait trouvé la maison vide, le lit froid, la cuisine intacte comme si personne n’y avait mis les pieds. Il n’avait même pas bu son café. Elle avait regardé la cafetière pleine, les tasses propres, le pain de mie entamé, et elle avait senti une boule se former dans sa gorge. Elle avait erré dans la maison toute la matinée, désœuvrée, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Elle avait essayé de lire, mais les mots dansaient devant ses yeux sans former de sens. Elle avait essayé de regarder la télévision, mais les images lui paraissaient lointaines, irréelles, comme si elles appartenaient à un monde auquel elle n’avait plus accès. Elle avait essayé d’appeler Esther, mais elle avait raccroché avant que son amie ne décroche, de peur de fondre en larmes au téléphone. Le mercredi, elle avait tenté de briser le silence. Le matin, alors qu’Éric buvait son café debout dans la cuisine, les yeux rivés sur son
Les jours qui suivirent ce dimanche de confidence brisée furent les plus longs que Nina ait jamais vécus. Elle qui croyait connaître la patience, elle qui pensait avoir apprivoisé l’attente comme on apprivoise un animal sauvage, elle découvrait soudain une nouvelle forme de souffrance, plus sourde, plus profonde, plus insidieuse. Le silence. Pas le silence paisible des matins tranquilles. Pas le silence complice des vieux couples qui n’ont plus besoin de mots. Non. Un autre silence. Un silence lourd, épais, visqueux, qui s’infiltrait partout, qui remplissait chaque pièce de la maison, qui s’installait entre elle et Éric comme un troisième personnage, invisible mais omniprésent. Le lundi matin, Éric était parti travailler sans prononcer un mot. Il avait bu son café debout dans la cuisine, le regard fixé sur l’écran de son téléphone, puis avait attrapé sa mallette et avait franchi la porte sans même un regard pour Nina. Elle était restée debout dans l’entrée, sa tasse de café à la main
Elle se força à sourire, pour voir. Le sourire était là, mais il n’atteignait pas ses yeux. Il flottait à la surface de son visage comme un nénuphar sur une eau trouble. Elle descendit au salon, prit son téléphone et composa le numéro d’Esther. Elle avait besoin de parler. Besoin de pleurer. Besoin de quelqu’un qui l’écouterait vraiment. — Allô ? fit la voix chaude d’Esther. — C’est moi, dit Nina. — Qu’est-ce qui ne va pas ? Je t’entends mal, ta voix est toute bizarre. — Rien. Rien de grave. Je peux passer te voir ? — Bien sûr. Maintenant ? — Maintenant. — Je t’attends. Nina raccrocha, attrapa son manteau, cria à Éric qu’elle sortait et qu’elle ne savait pas quand elle rentrerait. Il ne répondit pas. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il réponde. Elle ferma la porte derrière elle et s’engagea dans la rue. Le vent s’était levé. Il faisait voler les feuilles mortes sur le trottoir. Nina marchait vite, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le col relevé jusqu’aux orei
— Oui, dit Éric. Quand je serai prêt. Il n’ajouta rien. Pas un geste de tendresse. Pas un mot de réconfort. Pas même un regard désolé. Il resta là, les bras croisés, le visage fermé, comme si cette conversation l’ennuyait profondément et qu’il avait hâte qu’elle se termine. Nina hocha lentement la tête. Elle ne savait pas quoi dire. Elle ne savait pas quoi faire. Elle avait préparé cette conversation pendant des semaines, elle avait imaginé tous les scénarios possibles, toutes les réponses imaginables, mais elle n’avait pas prévu cela. Elle n’avait pas prévu cette froideur. Cette indifférence. Ce vide. — Tu ne m’aimes pas assez pour m’épouser, c’est ça ? demanda-t-elle soudain, sans réfléchir, sans même s’en rendre compte. La phrase lui avait échappé. Elle était sortie de sa bouche comme une bulle d’air remonte à la surface de l’eau, irrésistiblement. Elle regretta immédiatement de l’avoir dite. Elle aurait voulu la ravaler, la faire disparaître, l’effacer du silence où elle flotta
Cette phrase. Cette phrase qu’elle détestait. Cette phrase que tout le monde déteste. Elle était sortie de sa bouche sans qu’elle l’ait vraiment voulu, comme un aveu, comme un cri étouffé. Éric releva lentement la tête. Ses yeux gris se posèrent sur elle avec une expression indéchiffrable. Il ne dit rien. Il attendit. Nina sentit son cœur s’accélérer. Ses joues s’empourprèrent. Elle eut soudain envie de faire marche arrière, de rouvrir son livre, de faire semblant de rien. Mais il était trop tard. La question brûlait ses lèvres. Elle devait la poser. Maintenant. Tout de suite. Avant que le courage ne l’abandonne. — Éric, commença-t-elle d’une voix qu’elle voulait ferme mais qui tremblait malgré elle, cela fait trois ans que nous vivons ensemble. Trois ans que je partage ta vie. Trois ans que je t’aime. Et je t’aime plus que tout au monde. Tu le sais. Il ne répondit pas. Il la regardait fixement, sans ciller, comme on regarde un insecte sous une loupe. — Je ne suis pas pressée, repr
Nina s’était assise en face de lui et l’avait observé en silence, sa tasse de café au lait entre les mains. Elle aimait le regarder. Elle aimait la façon dont la lumière du jour caressait son visage, dont ses doigts tenaient la tasse, dont ses lèvres se pinçaient légèrement quand il réfléchissait. Elle connaissait chacun de ses gestes par cœur. Elle les avait étudiés, mémorisés, collectionnés comme des trésors. Le silence entre eux n’était pas pesant. Il était familier. Confortable. C’était un silence de vieux couple, pensait-elle. Un silence qui disait qu’ils n’avaient plus besoin de mots pour se comprendre. Elle se trompait, bien sûr. Le silence d’Éric n’était pas de la complicité. C’était de l’indifférence. Mais elle ne le savait pas. Elle ne voulait pas le savoir. Après le petit-déjeuner, ils s’étaient installés dans le salon. Éric s’était plongé dans la lecture d’un journal financier. Nina avait ouvert un roman qu’elle n’arrivait pas à lire. Ses yeux parcouraient les lignes sans
La table était toujours là.Elle lui sembla plus grande que la veille, plus imposante, comme si elle avait profité de la nuit pour étendre son emprise sur la pièce. Les bougies n’étaient plus que des flaques de cire solidifiée. Les roses avaient commencé à perdre leurs pétales, qui jonchaient la na
Sur la commode de l’entrée, le téléphone d’Elena vibra une dernière fois, ultime sursaut d’une batterie qui s’épuisait. L’écran s’alluma brièvement, affichant la liste des messages non lus. Celui qu’elle avait envoyé à Ethan en début de soirée. Celui qu’elle avait envoyé plus tard, quand l’inquiétu
Elena.Elle était étendue sur le canapé, recroquevillée sur elle-même comme un enfant qui cherche à se protéger du froid. Sa robe était froissée, ses pieds nus dépassaient de l’ourlet. Ses cheveux s’étaient en partie défaits de leur chignon, répandus en vagues sombres sur le cuir crème du canapé.E
La soirée touchait à sa fin. Les invités commençaient à se retirer, emportant avec eux leurs ambitions et leurs faux sourires. Ethan salua les organisateurs, serra quelques mains supplémentaires, puis se dirigea vers la sortie où son chauffeur l’attendait.La voiture s’engagea dans les rues silencie







