로그인Elara se releva péniblement, s’appuyant contre l’étagère métallique. Ses doigts enlaçaient le barreau froid, cherchant un point d’ancrage dans la réalité tangible. Le ciment sous ses pieds, l’odeur de poussière, le frémissement du sol transmis par les bottes qui couraient en trombe dans les couloirs au-dessus.
Elle devait sortir. Rester ici, seule, à être submergée par cette marée psychique était pire que d’affronter ce qui se passait là-haut. Au moins, elle verrait. Elle comprendrait la source du vacarme.
Elle se dirigea d’un pas chancelant vers la sortie des Archives, son corps répondant à un instinct plus profond que la peur : celui de la curiosité du désastre. Comme un animal attiré par la lueur d’un incendie.
Les ascenseurs étaient bloqués, réquisitionnés pour l’urgence médicale. Elle emprunta les escaliers de service, une spirale de béton brut éclairée par des ampoules nues. À chaque palier, le vacarme mental et sonore augmentait. Des ordres hurlés, des jurons, le grincement métallique de chariots poussés à la hâte. Et par-dessus tout, ce grondement bas, continu, fait de douleur et de fureur pure.
En débouchant dans le hall principal du niveau médical, elle fut aveuglée par la lumière crue des néons et le mouvement désordonné.
La grande salle de débriefing Alpha, habituellement une vaste étendue stérile et ordonnée, ressemblait à une zone de guerre.
Des soldats-lycans ou ce qu’il en restait étaient allongés sur des civières, maintenus par des sangles en cuir épais. Ils n’étaient plus tout à fait humains, ni tout à fait loups. Des membres tordus dans des angles contre-nature, des muscles noués sous la peau comme des câbles prêts à casser. Leurs yeux brillaient d’un doré incandescent, sans aucune trace de raison, seulement la lueur folle de la bête aux abois. L’un d’eux, une femme dont la mâchoire s’était allongée en un museau partiel, grattait le métal de la civière avec des ongles qui avaient triplé de longueur, produisant un grincement strident qui se superposait à son grognement incessant.
L’odeur était violente : sueur aigre, sang métallique, et cette effluve fauve, électrique, de la peur et de la rage lycanes.
Les médecins et infirmiers, pourtant eux-mêmes lycans, évoluaient avec une prudence de dompteurs devant des fauves. Ils tentaient des injections, parlaient d’une voix basse et ferme, mais Elara pouvait sentir leur impuissance. Leurs pensées étaient des vagues de frustration et d’effroi. Les sédatifs ne font rien... la rage est trop profonde... ils vont se déchirer...
Et puis, elle le vit.
Au centre de la salle, comme l’œil du cyclone.
Rhyse.
Il était debout. Encore en forme pleinement humaine, et c’était peut-être cela le plus terrifiant. Alors que ses hommes succombaient à leur forme bestiale, lui résistait, contenant la tempête à l’intérieur. Mais la pression devait être monstrueuse.
Il ne portait plus son armure tactique, seulement un pantalon de combat déchiré et taché de sang et de suie. Son torse était nu, strié de griffures récentes et d’anciennes cicatrices en relief sur une peau halée. Ses muscles, sculptés par des années de combat et de commandement, tremblaient par à-coups, comme sous l’assaut d’une décharge électrique continue. Ses poings étaient si serrés que les jointures étaient blanches, du sang perlant là où ses ongles avaient transpercé sa propre paume.
Mais c’était son visage qui glaça Elara.
Ses traits étaient ciselés, durs, beaux d’une beauté dangereuse et implacable. Une mèche de cheveux noirs comme la poix lui tombait sur le front, trempée de sueur. Ses yeux… ils n’étaient pas dorés. Pas encore. Ils étaient d’un gris acier, la couleur d’un ciel d’hiver avant l’orage. Mais ils brillaient d’une lumière interne, pâle et froide. Et cette lumière disait tout. Elle disait la douleur qui déchirait chaque nerf. Elle disait la colère, noire et absolue, face à ce désastre, face à la souffrance de ses hommes. Elle disait la terreur bestiale, celle de perdre le contrôle, de devenir cette chose hurlante qu’il sentait gronder sous sa peau.
Une aura palpable émanait de lui. Ce n’était pas une image, pas une métaphore. Elara la percevait comme une pression physique sur sa peau, un frisson dans l’air qui faisait hérisser les poils de ses avant-bras. C’était de la terreur distillée. Une peur alpha, primitive, qui ordonnait à toute créature vivante de fuir ou de se soumettre.
Un jeune médecin lycan s’approcha, une seringue à la main, la voix basse et persuasive.
— Commandant, je dois vous calmer. Laissez-moi…Rhyse tourna simplement la tête vers lui. Pas un mot. Juste ce regard gris et incandescent.
Le médecin recula comme frappé, la seringue lui échappant des doigts pour rouler sur le sol. Il baissa les yeux, un frisson incontrôlable parcourant son corps. Soumission instinctive.
Le chaos autour d’eux atteignait son paroxysme. Un des soldats sur civière brisa une sangle, son bras libre balayant l’air avec une force brutale. Un infirmier fut projeté contre un mur. Les grognements se firent plus hauts, se transformant en hurlements à peine humains. La frénésie était contagieuse, se propageant d’un esprit lycan à l’autre, alimentée par la souffrance de leur alpha.
Le rugissement dans l’esprit d’Elara devint assourdissant. C’était un mur de son, une cacophonie de douleur, de rage, de peur de mort. Elle était debout près des portes, transparente, oubliée de tous. Mais elle ne pouvait plus supporter ça. C’était comme si son crâne allait se fendre. Comme si ces hurlements mentaux allaient griller chaque circuit de son cerveau.
Elle avait apaisé le jeune loup. Une petite tempête dans un verre d’eau.
Celui-ci était un océan en furie.
Mais l’alternative, c’était de devenir folle, ici, maintenant, sous les yeux de tous. De s’effondrer en hurlant pour couvrir les hurlements qu’elle seule entendait.
Sans réfléchir, poussée par un instinct de survie plus profond que toute prudence, elle ferma les yeux.
Elle se détourna du chaos visuel, plongeant tête la première dans le chaos mental. Au lieu de le fuir, elle s’y immergea totalement. Elle se laissa emporter par le courant rugissant, cherchant non pas à l’arrêter, mais à en trouver le cœur, la fréquence fondamentale. Et elle le trouva.
C’était la note de Rhyse. Basse, puissante, discordante, tordue par l’agonie et la fureur. La clé de voûte de toute cette symphonie de désespoir.
Elle n’essaya pas de construire une bulle de calme cette fois. Elle n’en avait pas la force. Elle n’eut qu’une pensée, simple, claire, désespérée. Elle la forgea dans son esprit comme une lame, et elle la lança, non pas en chuchotant, mais en ordonnant. Un seul mot, chargé de tout son propre effroi, de son épuisement, de son besoin viscéral que ce bruit cesse.
« SILENCE ! »
Le mot n’eut pas de son. Il déchira le tissu du vacarme mental comme un éclair déchire le ciel.
Dans la salle, tout s’arrêta.
Le soldat qui se débattait sur sa civière se figea, son grognement coupé net. La femme au museau partiel ferma brusquement la gueule, ses yeux dorés clignant, égarés. Les gémissements, les grincements, les coups cessèrent.
Le silence fut soudain, total, et presque plus assourdissant que le bruit.
Tous les yeux se tournèrent vers la source de cette onde de choc psychique.
Rhyse avait tressailli comme s’il avait reçu une balle. Il se tenait droit, les muscles figés. La lumière folle dans ses yeux gris avait vacillé, éteinte un instant, remplacée par une expression de choc absolu. Puis, lentement, comme mû par un mécanisme rouillé, il tourna la tête.
Son regard traversa la salle, balayant les civières, les médecins pétrifiés, et se posa sur elle.
Sur Elara, debout près des portes, pâle comme un linge, les yeux grands ouverts maintenant, une main levée vers sa tempe comme pour contenir une douleur fantôme.
La « chambre d’observation » ressemblait à une chambre d’hôtel haut de gamme dans une prison de sécurité maximale. Un studio sobre mais confortable : un lit simple avec une couette grise, un bureau, une chaise, une petite étagère avec quelques livres génériques (des manuels de règlement, une histoire aseptisée des Loups-Garous), une porte menant à une salle de bain intégrale. Les murs étaient d’un beige doux, la moquette épaisse. Tout était neuf, propre, impersonnel.Tout, sauf la fenêtre.Elle était large, offrant une vue imprenable sur l’enceinte intérieure du QG. Elara s’y posta, les bras croisés sur la poitrine. Elle voyait la cour d’entraînement principale, où des unités de loups effectuaient des exercices synchronisés, leurs formes humaines se déplaçant avec une grâce et une force surhumaines. Plus loin, les tours de communication, les hangars d’armement, et, à l’horizon, les premières cimes boisées qui entouraient la forteresse. La lumière du jour déclinante baignait le tout d’
Le silence dans le bureau était plus lourd que le béton des sous-sols. Elara sentait chaque particule d’air chargée d’une tension électrique, héritée du contact brutal de leurs peaux et amplifiée par le regard inquisiteur de Rhyse.Il ne disait rien. Il laissait la pression monter, laissant son silence et son immobilité faire le travail d’une centaine de questions. C’était une technique, elle le savait. Une technique d’interrogateur, ou de chasseur attendant que sa proie se trahisse par un mouvement, un tic.Elle se força à ne pas bouger. À ne pas croiser les bras sur sa poitrine, geste de protection qui serait perçu comme une faiblesse. À ne pas détourner les yeux, ce qui serait un aveu de culpabilité. Elle fixa un point sur le mur, juste au-dessus de son épaule, respirant aussi calmement qu’elle le pouvait.— Qui es-tu ?La question tomba comme un couperet. Sa voix avait perdu sa rauquerie de crise, retrouvant un timbre grave, contrôlé, mais sans chaleur. C’était la voix qui command
Le silence dura une éternité d’une seconde. Un silence lourd, vibrant de la violence qu’il avait remplacée. Dans ce vide soudain, la respiration haletante d’Elara sonnait comme une profanation.Puis, le monde se remit en mouvement.Rhyse bougea en premier. Un frisson, presque imperceptible, parcourut son corps encore tendu à se briser. Ce n’était pas un relâchement, mais un redéploiement. Toute son attention, toute l’énergie furieuse qui le consumait intérieurement, se canalisa, se focalisa. Comme un objectif trouvé dans le chaos.Son regard gris, maintenant débarrassé de cette lueur d’orage intérieur mais toujours aussi intense, ne la quittait pas. Elara se sentit épinglée sur place, plus efficacement que par n’importe quelle sangle. Elle était une mouche sous la lentille d’un microscope, un insecte rare et dérangeant découvert sous une pierre.Il traversa la salle.Il ne courut pas. Il marcha. D’un pas lent, mesuré, mais irrésistible. Les autres loups, médecins et soldats, s’écartè
Elara se releva péniblement, s’appuyant contre l’étagère métallique. Ses doigts enlaçaient le barreau froid, cherchant un point d’ancrage dans la réalité tangible. Le ciment sous ses pieds, l’odeur de poussière, le frémissement du sol transmis par les bottes qui couraient en trombe dans les couloirs au-dessus.Elle devait sortir. Rester ici, seule, à être submergée par cette marée psychique était pire que d’affronter ce qui se passait là-haut. Au moins, elle verrait. Elle comprendrait la source du vacarme.Elle se dirigea d’un pas chancelant vers la sortie des Archives, son corps répondant à un instinct plus profond que la peur : celui de la curiosité du désastre. Comme un animal attiré par la lueur d’un incendie.Les ascenseurs étaient bloqués, réquisitionnés pour l’urgence médicale. Elle emprunta les escaliers de service, une spirale de béton brut éclairée par des ampoules nues. À chaque palier, le vacarme mental et sonore augmentait. Des ordres hurlés, des jurons, le grincement mét
L’odeur de la poussière et du vieux parchemin avait une saveur particulière : celle de l’oubli. Elle collait aux doigts d’Elara, aux pages qu’elle feuilletait avec une patience mécanique, aux étagères métalliques qui montaient vers les hauteurs obscures du sous-sol.Le Quartier Général des Loups, une citadelle de béton et d’acier ancrée dans les flancs d’une montagne, grondait de vie au-dessus de sa tête. Ici, dans les Archives Centrales de niveau B-7, il n’y avait que le silence des choses mortes et le crissement feutré de ses gants de coton sur les reliures.Territoire... patrouille Nord-Est... odeur de sang frais... ennui... cet imbécile de capitaine... protéger le flanc gauche...Le murmure était toujours là.Un bourdonnement constant, une rivière souterraine de pensées brutes, d’impulsions animales et de fragments de langage. Depuis qu’elle avait conscience d’être, Elara entendait. Pas avec ses oreilles. C’était un son sans vibration, qui naissait directement dans le creux de son
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