เข้าสู่ระบบLe silence dura une éternité d’une seconde. Un silence lourd, vibrant de la violence qu’il avait remplacée. Dans ce vide soudain, la respiration haletante d’Elara sonnait comme une profanation.
Puis, le monde se remit en mouvement.
Rhyse bougea en premier. Un frisson, presque imperceptible, parcourut son corps encore tendu à se briser. Ce n’était pas un relâchement, mais un redéploiement. Toute son attention, toute l’énergie furieuse qui le consumait intérieurement, se canalisa, se focalisa. Comme un objectif trouvé dans le chaos.
Son regard gris, maintenant débarrassé de cette lueur d’orage intérieur mais toujours aussi intense, ne la quittait pas. Elara se sentit épinglée sur place, plus efficacement que par n’importe quelle sangle. Elle était une mouche sous la lentille d’un microscope, un insecte rare et dérangeant découvert sous une pierre.
Il traversa la salle.
Il ne courut pas. Il marcha. D’un pas lent, mesuré, mais irrésistible.
Les autres loups, médecins et soldats, s’écartèrent sur son passage comme la mer devant la proue d’un navire. Aucun ne protesta, aucun ne tenta de l’arrêter. Certains baissèrent les yeux, d’autres la regardèrent, elle, avec une incompréhension mêlée de crainte. Qu’avait-elle fait ? Comment avait-elle fait ? Leur alpha était revenu du bord du gouffre, mais c’était cette petite Muette silencieuse qui l’en avait retiré. L’équation ne s’additionnait pas.
Elara voulut reculer. Ses muscles lui envoyèrent l’ordre. Mais ses pieds étaient scellés au sol. La volonté qui émanait de l’homme approchant était un mur tangible. Ne bouge pas.
Il s’arrêta à un mètre d’elle. Elle pouvait sentir la chaleur qui irradiait de lui, une chaleur animale, et l’odeur subtile de foudre et de forêt profonde qui collait toujours aux alphas, même en crise.
Puis sa main se leva.
Ce n’était pas un geste brutal. C’était direct, implacable. Ses doigts longs, puissants, parsemés de cicatrices anciennes et de coupures récentes se refermèrent autour de son avant-bras, au-dessus de son poignet.
Le contact fut une décharge.
Une onde d’électricité brute jaillit de l’endroit où sa peau touchait la sienne. Ce n’était pas de la douleur, pas exactement. C’était une connexion violente, soudaine, qui court-circuita ses sens. Dans son esprit, le murmure constant des pensées-loups se transforma en un rugissement unique, concentré, qui était lui. Elle sentit l’écho sourd de sa rage contenue, le goût métallique de sa douleur, la froide arête de sa suspicion, et, enfoui sous des couches de contrôle, un noyau de confusion absolue. Et il dut sentir quelque chose en retour, car ses doigts se resserrèrent imperceptiblement, et ses yeux s’étrécirent d’un millimètre.
— Qu’as-tu fait ?
Sa voix était rauque, usée par des heures des jours ? Il de cris et d’ordres hurlés. Elle était basse, vibrante, et chargée d’un poids qui fit frissonner Elara. Il n’y avait aucune gratitude dans cette question. Seule une suspicion aiguisée comme une lame, et une fascination qu’il détestait probablement déjà.
Elle ouvrit la bouche. Aucun son n’en sortit. Sa gorge était nouée, sèche. Que pouvait-elle dire ? J’ai crié dans ma tête ? J’ai ordonné à votre cerveau de se taire ?
Elle secoua la tête, un mouvement minuscule, paniqué.
C’en fut assez pour lui. Il ne cherchait pas de réponse ici, pas devant cette audience. Il tourna sur ses talons, la tirant après lui. Son emprise était de fer. Elle trébucha, ses pieds enchaînés à la volonté de son propre corps qui refusait de coopérer, et se retrouva presque traînée derrière sa silhouette imposante.
— Commandant !
— Rhyse, elle a besoin…Les protestations du personnel médical furent tardives, timides. Un médecin-chef lycan, plus âgé, s’avança, les mains levées en geste d’apaisement.
— Elle est en état de choc. Laissez-nous l’examiner. Et vous, Commandant, vous avez besoin de soins.Rhyse ne s’arrêta même pas. Il jeta un regard par-dessus son épaule, un seul. Le vieux médecin se figea, les mots mourant sur ses lèvres.
— Elle est mon problème maintenant, gronda Rhyse, la voix plus basse, plus dangereuse. Vous, occupez-vous des miens. Et que personne n’entre dans mon bureau.Il continua son chemin, tirant Elara à travers les portes battantes du quartier médical, puis dans les couloirs administratifs désertés. Les rares personnes qu’ils croisaient s’effaçaient contre les murs, le regard baissé. L’aura d’autorité et de fureur qui entourait Rhyse était aussi efficace qu’un couloir dégagé par la force.
Elara ne tentait même plus de résister. Son esprit était un tourbillon. Le contact avec sa peau lui envoyait des éclats de perception désordonnés : la fatigue extrême de ses muscles, l’amertume tenace d’un échec (l’échec de la mission ?), et cette attention pointue, ce focus de prédateur, entièrement dirigé sur elle. Sur l’énigme qu’elle représentait.
Ils arrivèrent devant une porte en acier mat, sans identification. Rhyse déverrouilla la serrure biométrique d’une pression du pouce et poussa le battant.
Le bureau du Commandant des Griffes de l’Ombre n’était pas ce à quoi elle s’attendait. Pas de trophées, de décorations tapageuses. C’était une cellule monacale, fonctionnelle. Un large bureau d’acier et de verre dépouillé, une chaise ergonomique, des écrans tactiles éteints. Un seul mur n’était pas nu : il était couvert d’une immense carte géopolitique digitale, muette pour l’instant. L’air y était frais, recyclé, et sentait le métal et le vieux café.
Il la fit entrer, relâcha enfin son bras, et la porte se referma derrière eux avec un clunk sourd et définitif.
Le silence ici était différent. C’était le silence du vide, de l’isolement. Le bourdonnement de la base était étouffé. Il n’y avait plus que le son de leur respiration à tous les deux. Et le sifflement ténu, électrique, de la connexion qui semblait encore vibrer entre eux, là où sa peau gardait la sensation brûlante de ses doigts.
Rhyse ne s’assit pas. Il se posta entre elle et la porte, lui barrant toute issue. Il croisa les bras sur son torse, un mouvement qui faisait jouer les muscles endoloris de ses épaules. Il ne la regardait plus comme un médecin regarderait un patient, ou même comme un soldat regarderait une menace.
Il l’observait.
Comme un loup observe un animal étrange, inconnu, qui a pénétré sur son territoire. Un animal qui a émis un son, un parfum, qui ne correspond à rien de connu. Il y avait de la méfiance, oui, aiguisée. De la colère, certainement, contre cette intrusion dans son esprit, contre cette violation.
La « chambre d’observation » ressemblait à une chambre d’hôtel haut de gamme dans une prison de sécurité maximale. Un studio sobre mais confortable : un lit simple avec une couette grise, un bureau, une chaise, une petite étagère avec quelques livres génériques (des manuels de règlement, une histoire aseptisée des Loups-Garous), une porte menant à une salle de bain intégrale. Les murs étaient d’un beige doux, la moquette épaisse. Tout était neuf, propre, impersonnel.Tout, sauf la fenêtre.Elle était large, offrant une vue imprenable sur l’enceinte intérieure du QG. Elara s’y posta, les bras croisés sur la poitrine. Elle voyait la cour d’entraînement principale, où des unités de loups effectuaient des exercices synchronisés, leurs formes humaines se déplaçant avec une grâce et une force surhumaines. Plus loin, les tours de communication, les hangars d’armement, et, à l’horizon, les premières cimes boisées qui entouraient la forteresse. La lumière du jour déclinante baignait le tout d’
Le silence dans le bureau était plus lourd que le béton des sous-sols. Elara sentait chaque particule d’air chargée d’une tension électrique, héritée du contact brutal de leurs peaux et amplifiée par le regard inquisiteur de Rhyse.Il ne disait rien. Il laissait la pression monter, laissant son silence et son immobilité faire le travail d’une centaine de questions. C’était une technique, elle le savait. Une technique d’interrogateur, ou de chasseur attendant que sa proie se trahisse par un mouvement, un tic.Elle se força à ne pas bouger. À ne pas croiser les bras sur sa poitrine, geste de protection qui serait perçu comme une faiblesse. À ne pas détourner les yeux, ce qui serait un aveu de culpabilité. Elle fixa un point sur le mur, juste au-dessus de son épaule, respirant aussi calmement qu’elle le pouvait.— Qui es-tu ?La question tomba comme un couperet. Sa voix avait perdu sa rauquerie de crise, retrouvant un timbre grave, contrôlé, mais sans chaleur. C’était la voix qui command
Le silence dura une éternité d’une seconde. Un silence lourd, vibrant de la violence qu’il avait remplacée. Dans ce vide soudain, la respiration haletante d’Elara sonnait comme une profanation.Puis, le monde se remit en mouvement.Rhyse bougea en premier. Un frisson, presque imperceptible, parcourut son corps encore tendu à se briser. Ce n’était pas un relâchement, mais un redéploiement. Toute son attention, toute l’énergie furieuse qui le consumait intérieurement, se canalisa, se focalisa. Comme un objectif trouvé dans le chaos.Son regard gris, maintenant débarrassé de cette lueur d’orage intérieur mais toujours aussi intense, ne la quittait pas. Elara se sentit épinglée sur place, plus efficacement que par n’importe quelle sangle. Elle était une mouche sous la lentille d’un microscope, un insecte rare et dérangeant découvert sous une pierre.Il traversa la salle.Il ne courut pas. Il marcha. D’un pas lent, mesuré, mais irrésistible. Les autres loups, médecins et soldats, s’écartè
Elara se releva péniblement, s’appuyant contre l’étagère métallique. Ses doigts enlaçaient le barreau froid, cherchant un point d’ancrage dans la réalité tangible. Le ciment sous ses pieds, l’odeur de poussière, le frémissement du sol transmis par les bottes qui couraient en trombe dans les couloirs au-dessus.Elle devait sortir. Rester ici, seule, à être submergée par cette marée psychique était pire que d’affronter ce qui se passait là-haut. Au moins, elle verrait. Elle comprendrait la source du vacarme.Elle se dirigea d’un pas chancelant vers la sortie des Archives, son corps répondant à un instinct plus profond que la peur : celui de la curiosité du désastre. Comme un animal attiré par la lueur d’un incendie.Les ascenseurs étaient bloqués, réquisitionnés pour l’urgence médicale. Elle emprunta les escaliers de service, une spirale de béton brut éclairée par des ampoules nues. À chaque palier, le vacarme mental et sonore augmentait. Des ordres hurlés, des jurons, le grincement mét
L’odeur de la poussière et du vieux parchemin avait une saveur particulière : celle de l’oubli. Elle collait aux doigts d’Elara, aux pages qu’elle feuilletait avec une patience mécanique, aux étagères métalliques qui montaient vers les hauteurs obscures du sous-sol.Le Quartier Général des Loups, une citadelle de béton et d’acier ancrée dans les flancs d’une montagne, grondait de vie au-dessus de sa tête. Ici, dans les Archives Centrales de niveau B-7, il n’y avait que le silence des choses mortes et le crissement feutré de ses gants de coton sur les reliures.Territoire... patrouille Nord-Est... odeur de sang frais... ennui... cet imbécile de capitaine... protéger le flanc gauche...Le murmure était toujours là.Un bourdonnement constant, une rivière souterraine de pensées brutes, d’impulsions animales et de fragments de langage. Depuis qu’elle avait conscience d’être, Elara entendait. Pas avec ses oreilles. C’était un son sans vibration, qui naissait directement dans le creux de son







