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Chapitre 4 : L'Interrogatoire

작가: Léo
last update 최신 업데이트: 2026-01-22 03:27:29

Le silence dans le bureau était plus lourd que le béton des sous-sols. Elara sentait chaque particule d’air chargée d’une tension électrique, héritée du contact brutal de leurs peaux et amplifiée par le regard inquisiteur de Rhyse.

Il ne disait rien. Il laissait la pression monter, laissant son silence et son immobilité faire le travail d’une centaine de questions. C’était une technique, elle le savait. Une technique d’interrogateur, ou de chasseur attendant que sa proie se trahisse par un mouvement, un tic.

Elle se força à ne pas bouger. À ne pas croiser les bras sur sa poitrine, geste de protection qui serait perçu comme une faiblesse. À ne pas détourner les yeux, ce qui serait un aveu de culpabilité. Elle fixa un point sur le mur, juste au-dessus de son épaule, respirant aussi calmement qu’elle le pouvait.

— Qui es-tu ?

La question tomba comme un couperet. Sa voix avait perdu sa rauquerie de crise, retrouvant un timbre grave, contrôlé, mais sans chaleur. C’était la voix qui commandait aux troupes d’élite.

— Elara Vance. Archiviste de troisième classe, section…

— Je sais qui tu es sur le papier, la coupa-t-il, glacial. Vance. La fille du Major Liam Vance. La Muette qu’on garde par charité. Ça, ce sont des faits administratifs. Ma question est : qui es-tu réellement ? Un espion ? Une sorcière infiltrée ?

Les mots, « sorcière », « espion », résonnèrent dans la pièce nue comme des insultes mortelles. Dans leur monde, c’était pire que des insultes. C’était des accusations capitales.

Elara sentit une boule de glace se former dans son estomac, mais elle maintint son masque.

— Je ne suis ni l’un ni l’autre, Commandant. Je suis archiviste.

— Les archivistes ne calment pas des unités entières au bord de la psychose furieuse d’un seul mot, rétorqua-t-il en avançant d’un pas.

Il ne la toucha pas, mais sa simple proximité était une intimidation. Elle sentait à nouveau la chaleur de son corps, l’odeur fauve et métallique qui lui était propre.

— Ce que vous avez fait… c’était impossible. Même nos psys les plus entraînés ne font qu’endiguer, canaliser. Vous, vous avez tout éteint. Comme on souffle une bougie. Alors, je vous le redemande. Qu’êtes-vous ?

Terrifiée mais lucide. La phrase résonna dans son esprit. La peur pouvait la paralyser, ou elle pouvait aiguiser ses sens. Elle choisit la seconde option. Elle leva enfin les yeux pour le rencontrer.

— J’ai un don. Un réflexe d’empathie hyper-développé. C’est rare, mais documenté. Chez certains humains sensibles aux énergies lycanes.

C’était le mensonge qu’elle avait préparé toute sa vie, au cas où. Un mensonge à moitié vrai, enraciné dans des cas réels, mais marginaux. Des « sensitifs » utilisés comme auxiliaires dans les hôpitaux psychiques pour lycans. Elle n’en était pas un. Ils ressentaient des « ambiances », des « vagues émotionnelles ». Ils n’entendaient pas les pensées. Ils n’ordonnaient pas le silence.

Rhyse la dévisagea, son expression de pierre. Elle ne percevait plus directement ses pensées, le choc initial du contact s’était estompé, mais elle pouvait lire le scepticisme absolu dans chaque ligne de son visage.

— Un réflexe, répéta-t-il, lentement, comme s’il goûtait l’absurdité du mot. Vous prétendez qu’en voyant une douzaine de mes meilleurs guerriers, moi y compris, sur le point de déchirer cette base en lambeaux, votre « réflexe » a été de nous neutraliser ? Par pure empathie ?

— La panique… peut provoquer des réactions surprenantes. J’ai senti la souffrance, la terreur. C’était… insoutenable. J’ai agi sans réfléchir. Pour que ça s’arrête.

— Pour que vous arrêtiez de souffrir, vous voulez dire, rectifia-t-il, d’une voix basse et dangereuse. Vous avez crié « Silence » dans votre tête, et nous nous sommes tus. C’est un contrôle mental. Pas de l’empathie.

Elara sentit un frisson la parcourir. Il avait ressenti le mot. Pas seulement l’effet. Il avait entendu l’intention, la forme.

— Je ne contrôle rien, mentit-elle, la voix plus ferme qu’elle ne l’aurait cru. Je ne fais que… refléter le calme. Le besoin de calme. C’est tout.

Il tourna les talons, lui offrant son dos large et musclé, parcouru de cicatrices en relief. Il regarda la carte muette sur le mur, semblant peser chaque mot qu’elle avait dit. Le silence retomba, encore plus pesant.

— Vous savez ce que je crois, Vance ? dit-il finalement, sans se retourner. Je crois que vous êtes un atout dormant. Placée ici il y a des années, peut-être par votre père, peut-être par d’autres. Programmée pour activer un pouvoir de manipulation en cas d’extrême nécessité. Pour affaiblir une unité, pour désarmer un alpha au moment critique. Une arme psychique.

C’était tellement éloigné de la vérité, tellement paranoïaque, qu’un rire hystérique menaça de jaillir de la gorge d’Elara. Elle le refoula, s’accrochant à sa fragile lucidité.

— Je suis une archiviste, Commandant. Je classe des dossiers poussiéreux. Si j’étais une arme, croyez-vous que je l’aurais utilisée pour vous sauver, vous et vos hommes ?

Il se retourna d’un mouvement vif, ses yeux gris étincelant.

— Justement. C’est la partie la plus intelligente. Gagner la confiance. Se rendre indispensable. La prochaine fois, le « silence » pourrait être permanent. Ou pire, il pourrait devenir un ordre.

Il se pencha légèrement, posant ses mains à plat sur le bureau derrière elle, l’encerclant sans la toucher.

— Voici ce qui va se passer. Vous allez être placée en observation. Non pas à l’infirmerie, mais dans une chambre sécurisée ici, au QG. Vous ne parlerez à personne. Vous ne bougerez pas sans escorte. Vous serez surveillée 24 heures sur 24. Et nous allons découvrir la vérité sur ce « don ». Par tous les moyens nécessaires.

La terreur qu’Elara avait contenue se transforma en une panique froide et acérée. Une cage. Une prison dorée, mais une prison tout de même. Sous son regard, à sa merci.

— Ce n’est pas juste. Je n’ai rien fait de mal. J’ai aidé.

— Vous avez interféré avec des esprits lycans, gronda-t-il. C’est le crime ultime. L’enfermement est une clémence, compte tenu des circonstances.

Il se redressa et appuya sur un interphone discret sur son bureau.

— Deux hommes. Mon bureau. Maintenant.

Elara voulut protester, trouver d’autres arguments, mais les mots s’étranglaient dans sa gorge. Elle était épuisée, vidée par l’effort mental et le choc. Les battants de la porte s’ouvrirent, et deux soldats lycans de la sécurité interne, l’air grave et impénétrable, entrèrent.

— Emmenez-la en chambre d’observation 7, ordonna Rhyse, sans la regarder à nouveau. Protocole Oméga. Surveillance constante. Aucune visite sans mon autorisation directe.

— À vos ordres, Commandant.

Un des soldats s’approcha d’elle, un geste ferme mais pas brutal pour la guider vers la porte. Elle se laissa faire, son corps devenu étrangement lourd, léthargique.

Alors qu’elle franchissait le seuil, elle tourna la tête une dernière fois.

Rhyse était de nouveau debout face à la carte murale, mais son regard ne quittait pas sa silhouette. Ses yeux gris, dans la pénombre relative du bureau, semblaient brûler d’une lumière froide et intense. Ce n’était plus de la simple suspicion, ni même de la colère.

C’était une fascination ténébreuse. Une curiosité de possesseur pour un objet précieux, dangereux et incompris. Le regard d’un homme qui venait de trouver un problème qu’il était déterminé à résoudre, quel qu’en soit le prix.

Et ce regard la suivit, brûlant, alors que les soldats l’emmenaient dans les entrailles de la forteresse, vers sa nouvelle cage.

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