เข้าสู่ระบบLa « chambre d’observation » ressemblait à une chambre d’hôtel haut de gamme dans une prison de sécurité maximale. Un studio sobre mais confortable : un lit simple avec une couette grise, un bureau, une chaise, une petite étagère avec quelques livres génériques (des manuels de règlement, une histoire aseptisée des Loups-Garous), une porte menant à une salle de bain intégrale. Les murs étaient d’un beige doux, la moquette épaisse. Tout était neuf, propre, impersonnel.
Tout, sauf la fenêtre.
Elle était large, offrant une vue imprenable sur l’enceinte intérieure du QG. Elara s’y posta, les bras croisés sur la poitrine. Elle voyait la cour d’entraînement principale, où des unités de loups effectuaient des exercices synchronisés, leurs formes humaines se déplaçant avec une grâce et une force surhumaines. Plus loin, les tours de communication, les hangars d’armement, et, à l’horizon, les premières cimes boisées qui entouraient la forteresse. La lumière du jour déclinante baignait le tout d’une lueur orangée.
C’était une vue magnifique. Libératrice.
Et totalement inaccessible.
La fenêtre était une plaque de polycarbonate blindé d’au moins dix centimètres d’épaisseur, scellée dans un cadre d’acier. Aucune poignée, aucun interstice. Un hublot sur le monde. En bas, quatre étages plus bas, des patrouilles circulaient avec des chiens-loups aux crocs longs comme son avant-bras. Des caméras à objectifs multiples pivotaient lentement à chaque angle de bâtiment.
Une cage dorée. Exactement comme il l’avait dit. Confortable, mais une cage néanmoins.
Elara laissa échapper un long souffle, sa respiration faisant une buée fugace sur la surface froide de la vitre. L’adrénaline des dernières heures avait fini par se retirer, la laissant vidée, tremblante de l’intérieur. Elle s’assit au bord du lit, les mains posées à plat sur ses genoux, et tenta de mettre de l’ordre dans le chaos de son esprit.
Le don.
Elle avait toujours appelé ça comme ça. Un « don ». Un cadeau empoisonné. Elle avait passé sa vie à le cacher, à le museler, à faire comme si le murmure constant n’était qu’un acouphène bizarre. Elle avait appris à construire des murs, à baisser des volets mentaux. À survivre.
Mais aujourd’hui… aujourd’hui, elle n’avait pas juste écouté. Elle avait agi. Elle avait projeté une émotion, puis un ordre. Elle avait forcé le calme dans des esprits en furie. L’ampleur de ce qu’elle avait fait la faisait frissonner. C’était comme découvrir qu’on pouvait non seulement entendre le vent, mais le commander d’un geste.
Et puis, il y avait lui. Rhyse.
Le contact. Cette décharge électrique, sensorielle, mais aussi mentale. Quand ses doigts s’étaient refermés sur son bras, ce n’était pas comme d’entendre les pensées des autres. C’était plus profond, plus viscéral. Elle n’avait pas juste entendu sa rage ou sa suspicion ; elle les avait ressenties comme si elles étaient siennes. L’écho de sa douleur physique, une brûlure sourde dans ses propres membres. Le goût métallique de sa colère sur sa langue à elle.
Et ce qui était le plus terrifiant, c’est que cette connexion… ne s’était pas entièrement rompue.
Assise dans le silence feutré de sa cellule, si elle se concentrait, si elle baissait les barrières qu’elle avait si soigneusement érigées toute sa vie, elle pouvait le sentir. Une présence. Comme une corde tendue dans l’obscurité de son esprit, vibrant faiblement. Ce n’était pas une pensée claire, pas une émotion définie. C’était une impression : une masse de tension contrôlée, de volonté de fer, avec, en son cœur, une braise de fureur qui couvait encore. La fureur du désastre de la mission. La fureur envers elle.
La connexion était réciproque. Elle en était certaine. Il devait la sentir aussi. Cette intrusion. Cette épine dans son esprit à lui. C’était peut-être pour ça que son regard était si brûlant, si intense. Ce n’était pas seulement de la suspicion stratégique. C’était la rage de quelqu’un dont l’intimité la plus profonde l’intégrité de son propre esprit avait été violée.
Un frisson incontrôlable la parcourut. Elle se leva, arpenta la petite pièce. Trois pas jusqu’au bureau. Quatre pas jusqu’à la salle de bain. Elle était prise au piège, deux fois : derrière cette porte blindée, et dans le champ de conscience d’un alpha en colère qui la considérait comme une arme ou une sorcière.
Le soir tombait, teintant la pièce de bleus et de violets, quand un léger bip électronique annonça l’ouverture de la porte. Elle sursauta, se tournant d’un bloc.
Un jeune soldat lycan entra, poussant un petit chariot de repas. Il n’avait pas l’air beaucoup plus vieux qu’elle, peut-être vingt-cinq ans. Des cheveux blond-cendre coupés court, des yeux d’un bleu pâle qui évitèrent les siens avec une certaine gêne. Il portait l’uniforme standard, mais sans les insignes des unités de choc. Un Beta, devina-t-elle. Pas un alpha dominateur, pas un omega soumis. Un exécutant, un soldat du rang.
— Votre dîner, dit-il simplement, sa voix neutre, en plaçant un plateau couvert sur le bureau.
Elara ne répondit pas. Elle le regarda faire, méfiante. Il déposa le plateau, jeta un coup d’œil rapide autour de la pièce comme pour vérifier qu’elle n’avait rien démonté, puis se tourna pour partir.
Puis il s’arrêta. Il jeta un regard furtif vers le couloir, où une silhouette imposante un garde se tenait sûrement en faction.
Il se pencha légèrement, comme pour ramasser une serviette tombée du chariot, et murmura, si bas qu’elle dut tendre l’oreille :
— Le Conseil. Ils se réunissent en urgence. À votre sujet.
Il se redressa aussitôt, son visage redevenant un masque professionnel et vide. Sans un mot de plus, il poussa son chariot dehors. La porte se verrouilla derrière lui avec un clac sonore et définitif.
Elara resta immobile, le cœur battant soudain à grands coups sourds dans sa poitrine.
Le Conseil. Le Haut-Conseil des Loups. L’autorité suprême, politique et militaire, composée des anciens les plus respectés et des alphas les plus puissants. Ils se réunissaient. Pour elle.
L’information n’était ni rassurante, ni menaçante en soi. C’était un fait. Mais dans la bouche du jeune Beta, cela ressemblait à une mise en garde. Un changement de statut. Elle n’était plus seulement le « problème » du Commandant Rhyse. Elle devenait une affaire d’État.
Elle s’approcha du bureau, soulevant le couvercle en acier du plateau. Un repas simple mais nourrissant : poulet, légumes, riz. De la nourriture de prisonnier de standing.
Son estomac se noua. Elle repensa au regard de Rhyse. Brûlant. Fasciné. Déterminé.
Puis elle sentit, à travers cette corde tendue dans son esprit, un sursaut d’attention aiguë, concentrée. Une vague de tension différente. Comme si, quelque part dans la forteresse, dans une salle de réunion secrète, une décision cruciale venait d’être évoquée.
Et il était là-bas. Et il pensait à elle.
La cage était dorée, oui. Mais les murs semblaient soudain se resserrer.
La « chambre d’observation » ressemblait à une chambre d’hôtel haut de gamme dans une prison de sécurité maximale. Un studio sobre mais confortable : un lit simple avec une couette grise, un bureau, une chaise, une petite étagère avec quelques livres génériques (des manuels de règlement, une histoire aseptisée des Loups-Garous), une porte menant à une salle de bain intégrale. Les murs étaient d’un beige doux, la moquette épaisse. Tout était neuf, propre, impersonnel.Tout, sauf la fenêtre.Elle était large, offrant une vue imprenable sur l’enceinte intérieure du QG. Elara s’y posta, les bras croisés sur la poitrine. Elle voyait la cour d’entraînement principale, où des unités de loups effectuaient des exercices synchronisés, leurs formes humaines se déplaçant avec une grâce et une force surhumaines. Plus loin, les tours de communication, les hangars d’armement, et, à l’horizon, les premières cimes boisées qui entouraient la forteresse. La lumière du jour déclinante baignait le tout d’
Le silence dans le bureau était plus lourd que le béton des sous-sols. Elara sentait chaque particule d’air chargée d’une tension électrique, héritée du contact brutal de leurs peaux et amplifiée par le regard inquisiteur de Rhyse.Il ne disait rien. Il laissait la pression monter, laissant son silence et son immobilité faire le travail d’une centaine de questions. C’était une technique, elle le savait. Une technique d’interrogateur, ou de chasseur attendant que sa proie se trahisse par un mouvement, un tic.Elle se força à ne pas bouger. À ne pas croiser les bras sur sa poitrine, geste de protection qui serait perçu comme une faiblesse. À ne pas détourner les yeux, ce qui serait un aveu de culpabilité. Elle fixa un point sur le mur, juste au-dessus de son épaule, respirant aussi calmement qu’elle le pouvait.— Qui es-tu ?La question tomba comme un couperet. Sa voix avait perdu sa rauquerie de crise, retrouvant un timbre grave, contrôlé, mais sans chaleur. C’était la voix qui command
Le silence dura une éternité d’une seconde. Un silence lourd, vibrant de la violence qu’il avait remplacée. Dans ce vide soudain, la respiration haletante d’Elara sonnait comme une profanation.Puis, le monde se remit en mouvement.Rhyse bougea en premier. Un frisson, presque imperceptible, parcourut son corps encore tendu à se briser. Ce n’était pas un relâchement, mais un redéploiement. Toute son attention, toute l’énergie furieuse qui le consumait intérieurement, se canalisa, se focalisa. Comme un objectif trouvé dans le chaos.Son regard gris, maintenant débarrassé de cette lueur d’orage intérieur mais toujours aussi intense, ne la quittait pas. Elara se sentit épinglée sur place, plus efficacement que par n’importe quelle sangle. Elle était une mouche sous la lentille d’un microscope, un insecte rare et dérangeant découvert sous une pierre.Il traversa la salle.Il ne courut pas. Il marcha. D’un pas lent, mesuré, mais irrésistible. Les autres loups, médecins et soldats, s’écartè
Elara se releva péniblement, s’appuyant contre l’étagère métallique. Ses doigts enlaçaient le barreau froid, cherchant un point d’ancrage dans la réalité tangible. Le ciment sous ses pieds, l’odeur de poussière, le frémissement du sol transmis par les bottes qui couraient en trombe dans les couloirs au-dessus.Elle devait sortir. Rester ici, seule, à être submergée par cette marée psychique était pire que d’affronter ce qui se passait là-haut. Au moins, elle verrait. Elle comprendrait la source du vacarme.Elle se dirigea d’un pas chancelant vers la sortie des Archives, son corps répondant à un instinct plus profond que la peur : celui de la curiosité du désastre. Comme un animal attiré par la lueur d’un incendie.Les ascenseurs étaient bloqués, réquisitionnés pour l’urgence médicale. Elle emprunta les escaliers de service, une spirale de béton brut éclairée par des ampoules nues. À chaque palier, le vacarme mental et sonore augmentait. Des ordres hurlés, des jurons, le grincement mét
L’odeur de la poussière et du vieux parchemin avait une saveur particulière : celle de l’oubli. Elle collait aux doigts d’Elara, aux pages qu’elle feuilletait avec une patience mécanique, aux étagères métalliques qui montaient vers les hauteurs obscures du sous-sol.Le Quartier Général des Loups, une citadelle de béton et d’acier ancrée dans les flancs d’une montagne, grondait de vie au-dessus de sa tête. Ici, dans les Archives Centrales de niveau B-7, il n’y avait que le silence des choses mortes et le crissement feutré de ses gants de coton sur les reliures.Territoire... patrouille Nord-Est... odeur de sang frais... ennui... cet imbécile de capitaine... protéger le flanc gauche...Le murmure était toujours là.Un bourdonnement constant, une rivière souterraine de pensées brutes, d’impulsions animales et de fragments de langage. Depuis qu’elle avait conscience d’être, Elara entendait. Pas avec ses oreilles. C’était un son sans vibration, qui naissait directement dans le creux de son







