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Chapitre 3

last update publish date: 2026-07-22 22:47:09

Chapitre 3

Naelys

Trois jours que je n'ai pas dormi sans voir son nom. Kyrel Draxen. Il s'insinue dans mes nuits comme un poison, contamine l'air que je respire.

Ce matin, mes associés m'ont convoquée dans la salle de réunion vitrée, ce bocal où les requins nagent en costume trois pièces. Lefèvre, l'associé principal, n'a pas pris de gants.

— Tu prends le dossier Draxen, Naelys. Ou tu rends ta plaque.

Pas de négociation. Mon éthique contre ma carrière. J'ai signé.

Maintenant, je suis ici. Dans le quartier contrôlé par la mafia. Un territoire où les rues portent des noms de familles plus anciennes que la police, où les regards pèsent plus lourd que les armes. Le crépuscule saigne sur les façades de briques noircies. L'air sent l'essence, la rouille, et quelque chose de plus âcre que je préfère ne pas identifier.

Ma berline allemande, trop propre pour ce décor, attire les regards comme un diamant dans une poubelle. Je me gare devant l'entrepôt indiqué dans le dossier, une cathédrale industrielle désaffectée aux vitres brisées comme des dents cassées. Des hommes sont adossés aux murs, ombres armées qui mâchent des cure-dents et recrachent leur mépris en silence.

Je descends de voiture. Mes talons claquent sur le bitume défoncé, un bruit trop civilisé, presque provocant. Ma jupe crayon, mon chemisier de soie ivoire. Je ne suis pas habillée pour ce décor. C'est exactement l'idée. Qu'ils voient que je ne leur appartiens pas.

Les regards me déshabillent. Lentement. Méthodiquement. Des yeux d'hommes qui n'ont pas vu de femme élégante depuis longtemps, ou qui n'en voient que celles qu'ils achètent. Je sens leur mépris comme une main posée sur ma peau, leur arrogance comme un souffle dans ma nuque. Ils attendent que je baisse les yeux. Que je trébuche. Que je montre ma peur.

Je ne leur donne rien.

Un homme se détache du mur. Crâne rasé, barbe de trois jours, un tatouage de serpent qui grimpe le long de son cou. Il bloque mon chemin, les bras croisés sur un torse de taureau.

— T'es perdue, princesse ? Les salons de thé, c'est en centre-ville.

Sa voix est une provocation calculée. Derrière lui, les autres ricanent. Le bruit gratte mes nerfs à vif. Ma mâchoire se serre, mais mon visage reste ce lac glacé que rien ne ride. Je lui tends le document officiel sans un mot.

— Mandat du tribunal. Je suis l'avocate de Kyrel Draxen. Laissez-moi passer.

Le silence qui suit est plus éloquent qu'un coup de feu. Le colosse déplie le papier, le lit avec une lenteur exagérée. Puis ses yeux remontent vers moi, et quelque chose change dans son expression. L'arrogance se fissure. En dessous, une étincelle de respect involontaire.

— L'avocate du Monstre, murmure-t-il, comme s'il goûtait l'information.

Il me rend le papier et s'écarte. Les autres s'écartent aussi, une haie silencieuse qui s'ouvre devant moi. Les ricanements se sont tus. Les regards ne me déshabillent plus. Ils me jaugent. Ils m'évaluent. L'audace est une monnaie qui a cours ici, et je viens d'en dépenser une fortune.

Je franchis la porte de l'entrepôt. L'intérieur est un gouffre d'ombres et de poussière. Des poutrelles métalliques s'élèvent vers un toit percé, laissant filtrer des rayons de lune qui découpent l'espace en lames d'argent. L'odeur est différente ici. Moins de rouille. Plus de cire. De cuir. De tabac froid.

Au centre de l'immense espace vide, une table éclairée par une unique lampe à abat-jour vert. Derrière la table, un fauteuil. Et dans ce fauteuil, une silhouette que la pénombre dérobe encore à ma vue.

Je ne distingue que sa main, posée à plat sur le bois. Longue, immobile, puissante. Une main qui a tué, je le sais, je le sens.

Mon cœur s'emballe. Ma gorge se serre. Chaque pas vers cette table est une bataille gagnée contre mon instinct qui hurle de fuir. Mais je ne fuis pas. Je ne baisse pas les yeux.

Je continue d'avancer, le claquement de mes talons résonnant sous la voûte métallique, et j'attends que la lumière veuille bien me révéler le visage du Monstre.

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