MasukJe reste assise sur le bord du lit, le téléphone toujours serré contre moi. Mon corps tremble,je suis en sanglots je n’avais jamais cru qu’on pouvait ressentir autant de vide à la fois.
Mes yeux brûlent, mes mains sont moites Chaque respiration me semble trop lourde, chaque battement de cœur résonne dans ma poitrine comme un marteau je voudrais disparaître. Je voudrais que la terre s’ouvre sous moi et m’engloutisse. Je repense à tous ces moments où je me suis efforcée de sourire, de faire semblant que tout allait bien alors que Gabriel s’éloignait petit à petit. Trois ans de silence de mensonges de sacrifices… tout ça pour quoi ? Pour être remplacée,ignorée et oubliée. Je sens la colère et la honte se mêler à ma tristesse je voudrais crier, hurler, casser quelque chose. Mais il n’y a rien à casser. Il n’y a que moi qui suis fragile et seule avec ce poids dans la poitrine. Et puis, les souvenirs me frappent le jour où j’ai démissionné pensant faire plaisir à Gabriel. Les promesses qu’il m’avait faites,les rires partagés. Tout cela me revient en rafales, comme si on me plongeait sous l’eau et que chaque souvenir était une vague qui m’écrase un peu plus. Je ferme les yeux et les larmes continuent de tomber, sans fin. Ce n’est plus juste de la tristesse c’est un cri silencieux un hurlement que personne n’entendra jamais. Je pleure toutes les larmes que je n’ai pas pu verser,Je pleure l’amour que j’ai cru vrai. Je pleure la trahison je pleure moi-même la femme que je ne reconnais plus. Je reste là, immobile dans la lune et l’obscurité. Le monde continue de tourner dehors, mais dans cette chambre il n’y a que moi et ma douleur. Chaque larme me brûle et me purifie à la fois je me sens détruite mais étrangement je commence à respirer à nouveau. Juste un peu. Je comprends que c’est ici, dans cette nuit, que tout commence réellement. Que cette douleur va me façonner. Que cette trahison, aussi terrible soit-elle, est le point de départ de quelque chose de nouveau même si je n’en ai pas conscience encore. *** Le soleil se lève devant mes yeux. Le champ des oiseaux qui chantent le léger vent du matin le bruit des voitures dehors le monde continue de tourner même si moi je n’ai pas dormi. Soudain ding dong, quelqu’un sonne encore et encore et encore. Je n’ai aucune envie de me lever mais je dois bien aller voir je me traîne jusqu’à la table de nuit, attrape mes lunettes de soleil et les mets pour sortir. Peut-être pour me protéger du monde ou juste cacher mon visage rouge et enfler Je descends les escaliers chaque pas me semble lourd. Devant la porte, ding ding dong la personne n’arrête pas de sonner. J’ouvre enfin d’un coup. — « Bon sang ! T’étais où ? Purée, ça fait un siècle que je sonne ! » C’est Viktor. — « Désolée j’écoutais pas» ma voix sort fine et cassée. Il fronce les sourcils. — « Qu’est-ce qu’elle a ta voix ? » — « Rien, t’inquiète. C’est juste la grippe allez, vas-y, entre reste pas là» Il me regarde avec méfiance. — « La grippe, hein» répète-t-il en entrant. Je toussote en forçant et il me fixe bizarrement. — « Pourquoi tu portes des lunettes de soleil à l’intérieur ? » — « Parce qu’il y a du soleil. » — « Oui, du soleil dehors pas ici. » — « Parce que… c’est stylé. » Je tente un sourire qui ne vient pas. — « Enlève-moi ces lunettes. » J’hésite. — « Amara,enlève-moi ces lunettes. » Je cède. Il regarde mon visage et je vois son visage se figer. — « Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ? Pourquoi tu es dans cet état ? C’est Gabriel ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ? » Je baisse les yeux. — « Il veut divorcer et il sort avec Lina et elle est enceinte de lui » Il cligne des yeux, incrédule. — « Hein ? Quoi ? Minutes pause » — « Comme je te le dis… » Je m’assois sur le canapé. Les mots sortent enfin. Je lui raconte tout ce qui s’est passé hier après hier, tout dans les moindres détail de comment je voulais juste lui parler, de la façon dont je l’ai surpris en train de discuter avec Lina au téléphone jusqu’à l’appel vidéo. Viktor fait des grimaces, il passe de l’étonnement de la colère au dégoût,sur son visage est clair il ne sait pas contrôler ses expressions. — « Celle-là… je vais me la faire ! »finit-il par dire — « Laisse tomber c’est pas la peine,elle est enceinte. Ce serait dangereux pour le bébé. » — « Et alors ? » — « Il n’a rien demandé ce petit il est innocent. Il n’a rien à voir avec tout ça. » — « Oui… mais quand même pff… » Viktor souffle, frustré. Je baisse la tête. — « Du coup… on fait quoi ? » — « Je vais signer ces papiers de divorce et sortir de sa vie… » je murmure, la voix encore un peu brisée. « Et je n’ai nulle part où aller. » Viktor se fige, les yeux grands ouverts. — « Comment ça, nulle part où aller ? Et moi alors ? Tu crois que je vais te laisser à la rue ? » Il me regarde, sérieux mais avec cette lueur protectrice qui le rend… unique. — « Ce fumier… » il souffle, le poing serré. « Il t’a pris quatre ans de ta vie, ta carrière, tes économies Je vais vraiment me le faire, celui-là ! » dit il en claquant la langue. « Je peux au moins le frapper, non ? »me demande t-il — « Lui… non, il porte pas le bébé. » Je laisse échapper un petit rire nerveux. — « Parfait. » Il sourit légèrement. Il se penche vers moi, sérieux à nouveau. — « Tu sais quand vont arriver les papiers du divorce ? » — « Non… mais connaissant Gabriel, ça ne va pas tarder. » Je pousse un petit soupir. « Je devrais déjà commencer à ranger mes vêtements.Merci d’être là… » je murmure, un peu honteuse de ma faiblesse. — « T’as pas à me remercier. » Il secoue la tête. « On est une famille. On est plus que tout les deux dans ce monde. Faut bien que je veille sur toi, non ? » Je souris doucement, le cœur un peu plus léger malgré tout. Nos parents sont morts lors d’un voyage touristique qu’ils devaient faire en Russie. L’avion s’est écrasé il y a dix ans. On était dans une sorte d’internat Viktor et moi on est tous les deux orphelins et enfants uniques de nos parents n’ayant aucun frères et aucunes sœurs on n’a toujours été que tous les deux. » Viktor me regarde sérieux et je vois qu’il comprend tout ce que je ne dis pas. Il hoche la tête. — « Attends, je vais nous faire du café. Comme ça, on sera au taquet pour attaquer la journée. » — « Bonne idée. » Il me regarde. Ses yeux cherchent les miens, sérieux mais avec cette étincelle qui me donne un peu de courage. — « On fera ce qu’il faut. On ne laissera pas ce connard te détruire. » Je respire lentement. — « Merci, Viktor » je murmure. Il hoche la tête. — « Allez, viens debout finalement on va faire ce café ensemble on réfléchira à la suite. Mais tu ne restes pas seule avec ça. » Je reste assise encore quelques secondes, le visage rouge, les yeux gonflés et je finis par me lever je sens qu’un petit morceau de moi commence à respirer un peu .Je sors du bureau. Le couloir me paraît soudain plus léger, presque vide. Le bruit de mes pas résonne et chaque pas me donne un peu plus de force. Je respire profondément. Pour la première fois depuis des années je sens que je reprends ma vie. Que je reprends ma liberté. Le vent frais m’accueille quand je franchis les portes automatiques. J’inspire l’air de la ville pur et coupant et un léger sourire se dessine sur mes lèvres. Mais derrière moi… je sais qu’il reste là. Gabriel dans ce bureau de treizième étage. Je l’imagine debout, immobile. Le visage fermé, les poings peut-être serrés. Le silence autour de lui est lourd, mais je sais ce qu’il pense. Il est furieux Il se sent humilié mais il est surtout… calculateur. Et ce que je ressens à cet instant me fait frissonner : ce n’est pas fini je sais que ce n’est pas fini Oooh non. Il ne laissera pas cette humiliation passer sans réponse. Je continue à marcher, le regard droit devant mais dans ma tête, une seule pensée résonn
Trois jours plus tard Je reste quelques secondes devant le miroir avant de quitter l’appartement de Viktor. La femme qui me regarde me semble presque étrangère. J’ai choisi une robe beige à manches longues et légèrement évasée simple, élégante. Mes cheveux sont lâchés sur mes épaules tombant en vagues naturelles dans mon dos. Pas maquillée c’est le cadet de mes soucis actuellement À quinze heures précises, je me tiens devant l’immeuble où travaille mon mari. Celui qui ne le sera bientôt plus. Le bâtiment de verre se dresse devant moi il est immense Le logo argenté de Hartwell Capital brille au-dessus des portes automatiques. L’une des plus grandes sociétés d’investissement du pays. Des milliards et des milliards circulent entre ces murs. Et quelque part là-haut…Il y a Gabriel. Directeur général adjoint de la société. Je serre légèrement les doigts autour de mon sac. L’image de Viktor me revient immédiatement. Sa mâchoire s’était contractée quand je lui ai
Je me réveille avec un léger mal de tête. L’horloge sur la table de chevet indique midi passé Je n’ai jamais dormi aussi longtemps. La pièce est plongée dans l’obscurité, mais pas totalement. La lumière du jour transperce à peine les rideaux dessinant des bandes pâles sur le sol. Je reste un moment assise sur le lit regardant un point invisible dans le vide Mon esprit tourne mais rien ne se forme vraiment. Des coups légers à la porte me sortent de ma rêverie. — « Oui ? » La porte s’ouvre doucement. Viktor apparaît un sourire doux sur le visage. — « Ah… te voilà réveillée à ce que je vois. » — « Oui… » dis-je à peine. Il s’approche un peu, la voix calme : — « Je voulais pas te déranger dans ton sommeil… tu as dû en baver dans ces cellules Désolé de pas t’avoir sortie plus tôt. » Je baisse les yeux un instant puis réponds doucement : — « T’inquiète… tu en as déjà fait énormément. Ne t’inquiète pas pour ça. » Il hoche la tête, satisfait. — « Okay… au fait je suis e
La cellule est plongée dans une lumière pâle, Je ne sais pas quelle heure il est. Peut-être minuit,Peut-être plus tard. Le temps semble s’être arrêté entre ces murs gris. Je suis assise contre le mur froid, les genoux ramenés contre moi. Viktor est assis à côté, les bras croisés, la tête légèrement penchée en arrière. Gabriel, lui est allongé sur le banc en face. Comme s’il dormait dans un hôtel.Comme si cette nuit n’avait aucune importance. Je n’ai pas fermé l’œil Chaque fois que je ferme les yeux, je revois Lina tomber le couteau le sang le regard de Gabriel. Puis ses mots. Un bruit de pas résonne dans le couloir. Des clés. La porte de la cellule s’ouvre. Un policier regarde à l’intérieur. — « Gabriel Collins. » Gabriel ouvre les yeux immédiatement. Comme s’il attendait ce moment Il se redresse tranquillement. — « Oui ? » Le policier soupire. — « Votre caution a été payée. Vous pouvez sortir. » Le silence tombe dans la cellule. Je sens Viktor s
On arrive enfin au commissariat,il sent le café froid et le papier. Les néons au plafond diffusent une lumière blanche qui me donne mal à la tête. Ma tempe pulse encore sous le pansement et chaque battement de mon cœur résonne dans mon crâne. On me fait asseoir sur une chaise métallique dans une petite salle d’attente.Les policiers échangent quelques mots à voix basse derrière un bureau. Je serre mes mains entre mes genoux pour éviter qu’elles tremblent. Tout paraît irréel. Comme si je regardais la vie de quelqu’un d’autre. Une porte s’ouvre dans le couloir. Des pas. Je lève les yeux et mon souffle se coupe. Gabriel. Il marche dans le couloir avec ce même costume sombre qu’il portait toujours pour le travail,il est calme comme si rien de tout ça ne le concernait. À côté de lui… Lina. Son bras est enveloppé dans un bandage épais. Elle joue parfaitement son rôle le visage pâle les yeux rougis. Quand elle me voit, ses lèvres se courbent très légèrement. Un
Je ne sais même pas comment je suis descendue de l’immeuble mes jambes bougent toutes seules. Une marche puis une autre.Le monde autour de moi est flou. Je reste immobile quelques secondes devant l’immeuble. Puis je marche. Je marche sans réfléchir. Je ne sais même pas combien de temps cela me prend pour rentrer. Les voix des gens dans la rue les voitures les klaxons tout semble lointain comme si j’étais sous l’eau. Ma tête me lance quand je touche ma tempe, mes doigts ressortent rouges. Du sang. Quand j’arrive enfin devant la maison, je reste quelques secondes devant la porte. Mes mains tremblent. Je tourne la poignée. La porte s’ouvre. — « Amara ? » La voix de Viktor vient immédiatement du salon. Il apparaît dans l’encadrement de la porte. Et se fige. Son regard tombe sur mon visage sur le sang. Ses yeux s’écarquillent. — « Putain… » Il traverse la pièce en deux secondes et me rejoint en deux temps trois mouvements — « Amara ! » Il attrape doucement mon visage







