FAZER LOGINOn arrive enfin au commissariat,il sent le café froid et le papier.
Les néons au plafond diffusent une lumière blanche qui me donne mal à la tête. Ma tempe pulse encore sous le pansement et chaque battement de mon cœur résonne dans mon crâne. On me fait asseoir sur une chaise métallique dans une petite salle d’attente.Les policiers échangent quelques mots à voix basse derrière un bureau. Je serre mes mains entre mes genoux pour éviter qu’elles tremblent. Tout paraît irréel. Comme si je regardais la vie de quelqu’un d’autre. Une porte s’ouvre dans le couloir. Des pas. Je lève les yeux et mon souffle se coupe. Gabriel. Il marche dans le couloir avec ce même costume sombre qu’il portait toujours pour le travail,il est calme comme si rien de tout ça ne le concernait. À côté de lui… Lina. Son bras est enveloppé dans un bandage épais. Elle joue parfaitement son rôle le visage pâle les yeux rougis. Quand elle me voit, ses lèvres se courbent très légèrement. Un sourire presque invisible. Mais je le vois. Et je comprends. Elle avait tout prévu. Mon estomac se serre. Gabriel s’arrête devant moi. Son regard est froid et dur Je ne reconnais plus l’homme que j’ai épousé. Après cette pensée me reviens il ne m’a jamais aimé je n’étais qu’un plan pour sa réussite — « Je ne pensais pas que tu irais aussi loin », dit-il. Sa voix est basse mais remplie de reproche. Je reste figée. — « Gabriel… » Mais Lina serre son bras contre lui et tremble légèrement. — « Chérie… ne lui parle pas », murmure-t-elle d’une voix faible. Gabriel passe immédiatement son bras autour de ses épaules.Comme s’il avait peur de moi comme si j’étais dangereuse. — « Tout va bien », lui dit-il doucement. Je sens quelque chose brûler dans ma poitrine. La colère La honte L’injustice. — « Tu sais très bien que je ne lui ai rien fait », dis-je d’une voix tremblante. Gabriel me regarde comme on regarde une étrangère. — « Lina aurait pu perdre le bébé. » Ces mots me frappent comme une gifle. — « Tu sais que ce n’est pas vrai. » Lina baisse les yeux, comme si elle avait peur de me regarder. Mais je vois le coin de ses lèvres bouger.Elle savoure chaque seconde. — « Pourquoi tu fais ça ? » murmuré-je. Elle ne répond pas le policier revient dans le couloir. — « Madame Collins ? » Je me lève lentement. — « Oui. » — « Nous allons prendre votre déposition. » Je jette un dernier regard à Gabriel Il détourne les yeux.Comme si je n’existais déjà plus.Comme si quatre ans de mariage n’avaient jamais compté. Comme si j’étais devenue un problème dont il fallait simplement se débarrasser. Le policier m’ouvre la porte d’une petite salle. — « Après vous. » Je m’assois devant la table. Il sort un dossier et quand il l’ouvre,je vois les photos.La main ensanglantée de Lina,Le couteau Le salon.Tout semble soigneusement documenté. Le policier lève les yeux vers moi. — « Madame Collins… » Sa voix devient plus sérieuse. — « Votre mari affirme que vous étiez dans un état de jalousie extrême lorsque vous avez attaqué sa compagne. » Je sens ma gorge se serrer. — « C’est faux. » Il note quelque chose. — « Alors expliquez-moi exactement ce qui s’est passé. » Je prends une longue inspiration. Puis je raconte tout. Chaque détail Quand je termine, le policier referme lentement son stylo.Son visage reste neutre. — « Très bien. » Je le regarde, cherchant quelque chose dans ses yeux. Un signe. N’importe quoi. — « Vous me croyez ? » demandé-je. Il reste silencieux quelques secondes. Puis il dit simplement : — « L’enquête déterminera la vérité. » Ces mots tombent comme un couperet. Je comprends. Pour l’instant… la seule version qui existe vraiment dans ce dossier… c’est celle de Gabriel et Lina. Et moi… je suis devenue l’agresseuse Les officiers me prennent et me ramène dans la salle où j’étais je m’assois quand j’entends la porte du commissariat s’ouvrir brusquement. Le policier n’a même pas le temps de dire quoi que ce soit qu’une voix éclate dans le couloir. — « Où est-elle ?! » Je reconnais cette voix immédiatement. Viktor. Je me lève brusquement de ma chaise. Quelques secondes plus tard, il apparaît dans l’encadrement de la porte. Ses yeux me trouvent immédiatement. Puis ils tombent sur le pansement sur ma tempe qui saigne visiblement Et quelque chose de très sombre traverse son regard. — « On t’a fais du mal? » Sa voix est basse. Je n’ai même pas besoin de répondre. Gabriel apparaît derrière lui dans le couloir Et Viktor le voit Le silence tombe pendant une seconde. Une seule. Viktor avance d’un pas près de Gabriel — « Espèce de sale… » Gabriel ricane légèrement. — « Oh, regarde ça. Le chien de garde est arrivé. » La mâchoire de Viktor se contracte. — « Tu as frappé Amara. » Gabriel hausse les épaules. — « Elle a attaqué ma femme. » Ces mots me transpercent. Ma femme. La respiration de Viktor devient lourde. — « Répète ça encore une fois. » Gabriel sourit froidement. — « Ma femme. » Le coup part. Le poing de Viktor s’écrase contre la mâchoire de Gabriel. — « ÇA SUFFIT ! » crie un policier. Mais il est trop tard. Gabriel se jette sur Viktor et les deux hommes tombent au sol, échangeant des coups dans le couloir du commissariat. Les policiers se précipitent. — « Séparez-les ! » — « Arrêtez ça tout de suite ! » Après quelques secondes de lutte, plusieurs policiers réussissent à les attraper. Viktor respire lourdement. Gabriel essuie le sang au coin de sa lèvre. — « Parfait », dit un policier agacé. « Vous vouliez vous battre ? Très bien. » Il pointe le couloir. — « Tous les deux en cellule. » Quelques minutes plus tard, la porte métallique d’une cellule claque derrière moi je suis amené à la cellule à coté d’eux Viktor et Gabriel sont debout quand j’entre dans ma cellule et m’assois sur le banc blanc. La pièce est étroite l’air est lourd. Viktor se rapproche immédiatement à côté de moi.mais les grilles l’empêche — « Ça va ? » Je hoche légèrement la tête. Gabriel reste debout quelques secondes, nous observant. Puis il lâche un petit rire. — « C’est presque drôle. » Personne ne répond. Il finit par s’asseoir en face de Viktor Son regard se pose sur moi. — « Tu aurais dû rester chez toi, Amara. » Je serre les poings. — « Tu sais très bien que je n’ai rien fait. » Il hausse les épaules. — « Peut-être…mais j’ai trouvé ma femme avec un couteau dans la main» Les mots tombent comme une pierre. Je fronce les sourcils. — « Peut-être ? »«ma femme ?» Il se penche légèrement en avant. — « Mais ce qui compte… c’est ce que les gens croient et moi je te crois tout à fait capable de le faire la jalousie peut être un élément essentiel » Viktor serre les dents. — « Tu es vraiment un sale type. » Gabriel l’ignore complètement. Ses yeux restent fixés sur moi. — « Au fait… tu as reçu les papiers du divorce ? » Mon cœur se serre. — « Non. » Il sourit légèrement. Un sourire cruel. — « Ça ne va pas tarder. » Un frisson me traverse. — « Et crois-moi… tu ne vas pas aimer. » Je fronce les sourcils. — « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Gabriel croise tranquillement les mains. Comme s’il parlait d’une simple affaire administrative. — « Je veux dire que je vais tout récupérer. » Viktor éclate. — « Tu rêves ! » Gabriel tourne lentement la tête vers lui. — « La maison est à mon nom. » Mon cœur s’arrête. — « Quoi ? »demande Viktor Il me regarde avec un calme glacial. — « Les comptes communs aussi. » Ma respiration devient irrégulière. — « C’est impossible pour les comptes communs » Il penche légèrement la tête. — « Tu te souviens quand tu m’as laissé gérer toutes les finances ? » Les souvenirs me frappent. Les papiers signés Les procurations La confiance aveugle. Gabriel murmure : — « Mauvaise idée. » Le silence devient assourdissant. Viktor se lève brusquement. — « Espèce de parasite ! » Mais je ne l’entends presque plus. Parce que Gabriel continue tranquillement. — « Quand le divorce sera prononcé… » Ses yeux plongent dans les miens. — « Tu n’auras plus rien. » Ma gorge se serre. — « Rien ? » Il sourit. — « Rien du tout. » Puis il ajoute, doucement : — « Tu n’auras que tes yeux pour pleurer. » Le silence retombe dans la cellule. Je reste immobile Le cœur battant. Pendant quatre ans… j’ai cru construire une vie Mais en réalité…je construisais ma perteJe me réveille avec un léger mal de tête. L’horloge sur la table de chevet indique midi passé Je n’ai jamais dormi aussi longtemps. La pièce est plongée dans l’obscurité, mais pas totalement. La lumière du jour transperce à peine les rideaux dessinant des bandes pâles sur le sol. Je reste un moment assise sur le lit regardant un point invisible dans le vide Mon esprit tourne mais rien ne se forme vraiment. Des coups légers à la porte me sortent de ma rêverie. — « Oui ? » La porte s’ouvre doucement. Viktor apparaît un sourire doux sur le visage. — « Ah… te voilà réveillée à ce que je vois. » — « Oui… » dis-je à peine. Il s’approche un peu, la voix calme : — « Je voulais pas te déranger dans ton sommeil… tu as dû en baver dans ces cellules Désolé de pas t’avoir sortie plus tôt. » Je baisse les yeux un instant puis réponds doucement : — « T’inquiète… tu en as déjà fait énormément. Ne t’inquiète pas pour ça. » Il hoche la tête, satisfait. — « Okay… au fait je suis e
La cellule est plongée dans une lumière pâle, Je ne sais pas quelle heure il est. Peut-être minuit,Peut-être plus tard. Le temps semble s’être arrêté entre ces murs gris. Je suis assise contre le mur froid, les genoux ramenés contre moi. Viktor est assis à côté, les bras croisés, la tête légèrement penchée en arrière. Gabriel, lui est allongé sur le banc en face. Comme s’il dormait dans un hôtel.Comme si cette nuit n’avait aucune importance. Je n’ai pas fermé l’œil Chaque fois que je ferme les yeux, je revois Lina tomber le couteau le sang le regard de Gabriel. Puis ses mots. Un bruit de pas résonne dans le couloir. Des clés. La porte de la cellule s’ouvre. Un policier regarde à l’intérieur. — « Gabriel Collins. » Gabriel ouvre les yeux immédiatement. Comme s’il attendait ce moment Il se redresse tranquillement. — « Oui ? » Le policier soupire. — « Votre caution a été payée. Vous pouvez sortir. » Le silence tombe dans la cellule. Je sens Viktor s
On arrive enfin au commissariat,il sent le café froid et le papier. Les néons au plafond diffusent une lumière blanche qui me donne mal à la tête. Ma tempe pulse encore sous le pansement et chaque battement de mon cœur résonne dans mon crâne. On me fait asseoir sur une chaise métallique dans une petite salle d’attente.Les policiers échangent quelques mots à voix basse derrière un bureau. Je serre mes mains entre mes genoux pour éviter qu’elles tremblent. Tout paraît irréel. Comme si je regardais la vie de quelqu’un d’autre. Une porte s’ouvre dans le couloir. Des pas. Je lève les yeux et mon souffle se coupe. Gabriel. Il marche dans le couloir avec ce même costume sombre qu’il portait toujours pour le travail,il est calme comme si rien de tout ça ne le concernait. À côté de lui… Lina. Son bras est enveloppé dans un bandage épais. Elle joue parfaitement son rôle le visage pâle les yeux rougis. Quand elle me voit, ses lèvres se courbent très légèrement. Un
Je ne sais même pas comment je suis descendue de l’immeuble mes jambes bougent toutes seules. Une marche puis une autre.Le monde autour de moi est flou. Je reste immobile quelques secondes devant l’immeuble. Puis je marche. Je marche sans réfléchir. Je ne sais même pas combien de temps cela me prend pour rentrer. Les voix des gens dans la rue les voitures les klaxons tout semble lointain comme si j’étais sous l’eau. Ma tête me lance quand je touche ma tempe, mes doigts ressortent rouges. Du sang. Quand j’arrive enfin devant la maison, je reste quelques secondes devant la porte. Mes mains tremblent. Je tourne la poignée. La porte s’ouvre. — « Amara ? » La voix de Viktor vient immédiatement du salon. Il apparaît dans l’encadrement de la porte. Et se fige. Son regard tombe sur mon visage sur le sang. Ses yeux s’écarquillent. — « Putain… » Il traverse la pièce en deux secondes et me rejoint en deux temps trois mouvements — « Amara ! » Il attrape doucement mon visage
Le trajet a été plutôt rapide je me trouve déjà devant chez Lina,la porte de son immeuble est plus lourde que dans mes souvenirs.Chaque marche que je monte me donne l’impression de marcher vers quelque chose que je ne pourrai plus jamais ignorer.Mon cœur bat vite.Je m’arrête devant sa porte le numéro 302 s’affiche en pleins milieuJe reste immobile quelques secondes.Puis je frappe,la porte s’ouvre presque immédiatement.Lina apparaît.Ses cheveux sont attachés négligemment, elle porte un grand pull beige et un pantalon large une main repose instinctivement sur son ventre.Mon regard s’arrête là.Trois mois.Je détourne rapidement les yeux.— « Amara… merci d’être venue. »Sa voix est douce.Je reste sur le pas de la porte.— « Tu voulais parler. »Elle s’écarte pour me laisser entrer.— « Oui… entre. »L’appartement est calme. Je remarque immédiatement deux tasses sur la table basse.Elle m’attendait.— « Tu veux du thé ? »— « Non. »Elle hoche doucement la tête et s’assoit en f
Le parfum du café emplit la cuisine je sens mes épaules se détendre un peu Viktor s’affaire derrière la cafetière concentré et moi je m’assois à table encore engourdie par la nuit blanche et les larmes.— « Tu devrais manger quelque chose », dit-il en me posant une tasse fumante devant moi.— « J’ai pas faim », murmurai-je mais je porte la tasse à mes lèvres malgré tout la chaleur me fait un bien fou.Il me regarde silencieux mais je sais qu’il lit en moi comme dans un livre ouvert. Sa présence est rassurante comme un bouclier invisible contre le chaos de ma vie.— « Amara… » commence-t-il doucement « on va pas pouvoir rester enfermés ici à se morfondre. Gabriel… il a peut-être volé ton passé ton mais il ne volera pas ton futur. »Je baisse les yeux. J’aimerais le croire, mais la douleur est encore trop fraîche et surtout trop brûlante.— « Et Lina… » murmurai-je la gorge serréeIl pose sa main sur la mienne. « que ce soit Lina Gabriel ou son bébé ils n’ont qu’à aller se faire foutre







