FAZER LOGINSalvatore
Je marche dans le couloir, et j'ai envie de courir. De crier. De pleurer. Elle a dit oui. Elle a dit qu'elle essaierait. Ma fille va vivre. Pour la première fois depuis des semaines, depuis le diagnostic, depuis cette putain de phrase "il n'y a plus rien à faire", pour la première fois, j'ai de l'espoir.
Dans l'escalier, je croise Vito. Il me regarde, et il doit voir quelque chose sur mon visage, parce que ses sourcils se lèven
Il se tait. Le silence est immense. Il remplit la chambre, il remplit mes poumons, il remplit tout ce qui est vide en moi.Je regarde la photo. Cette petite fille blonde aux mains pleines de pissenlits, ce sourire qui n'a peur de rien. Derrière elle, je vois un arbre, une balançoire, une maison blanche. Devant elle, la vie. Toute la vie. Toute la vie qui était devant elle et qui s'est arrêtée quelque part, qui a déraillé, qui s'est perdue dans des couloirs d'hôpital, des perfusions, des nuits blanches, des mensonges qu'on lui dit parce qu'on ne peut pas lui dire la vérité.Je l'imagine. Dans son lit blanc. Les draps trop grands, trop propres, trop froids. Les bras piqués, les veines marquées par les aiguilles, les bleus qui ne partent pas, qui s'accumulent, qui racontent une histoire qu'elle ne comprend pas. Le visage pâle, trop pâle, presque transparent, presque
Elle porte une robe rouge, courte, avec des fleurs blanches dessinées, des petites marguerites qui dansent sur le tissu quand elle court. Ses mains sont pleines de pissenlits. Des dizaines de pissenlits, des tiges vertes et des têtes jaunes, qu'elle tient contre elle comme un trésor, comme si elle avait trouvé quelque chose de plus précieux que l'or. Ses genoux sont écorchés, deux marques rouges sur sa peau pâle, des cicatrices de courses, de chutes, de vie. Elle est tombée en courant, elle s'est relevée, elle a continué. Parce que c'est ça, être une enfant. On tombe, on se relève, on court encore.Derrière elle, un jardin. Un arbre immense, un chêne ou un marronnier, ses branches qui font de l'ombre. Une balançoire en bois, une corde et un pneu, que quelqu'un a fabriquée pour elle. Une maison blanche, avec des volets verts, une cheminé
ÈveIl revient le lendemain matin.Je l'entends dans le couloir avant même qu'il ne frappe. Ses pas sont différents aujourd'hui. Plus lents. Plus mesurés. Pas ceux de l'homme qui a passé la nuit à genoux, la tête sur mes genoux, les mains en sang. Ceux-là, je les reconnaîtrais entre tous, ils sont gravés dans ma mémoire, dans ma peau, dans quelque chose que je n'ose pas encore nommer. Non, ceux d'aujourd'hui sont ceux d'un homme qui a décidé quelque chose, qui s'est levé, qui a remis son armure, qui a enfoui ses larmes sous une couche de volonté et de silence.Il frappe. Trois coups. Secs. Réguliers. Comme s'il n'avait jamais fait autre chose que frapper avant d'entrer. Comme si hier soir n'avait jamais existé. Comme si je n'avais jamais senti ses cheveux sous mes doigts, ses larmes sur mes genoux, son souffle contre ma peau.&
Le soleil passe par la fenêtre, traverse la chambre, nous enveloppe de sa lumière orangée. Il dore ses cheveux, éclaire ses épaules, dessine des ombres sur le parquet. On pourrait croire à une scène de paix, de douceur, de quelque chose qui ressemble à de l'amour.Mais ce n'est pas de l'amour. C'est autre chose. C'est deux personnes brisées qui se tiennent parce qu'elles n'ont plus rien d'autre à quoi se tenir. C'est une prisonnière qui console son geôlier. C'est une victime qui tend la main à celui qui l'a blessée. C'est une lumière qui cherche une autre lumière dans le noir.C'est absurde. C'est tordu. C'est peut-être même maladif. Mais c'est là. C'est vrai. C'est tout ce qu'on a.Je pense à ma mère. À ce qu'elle dirait si elle me voyait. À ce qu'elle penserait de moi, en train de consoler l'
Ma voix est calme. Plus calme que je ne pensais. Plus calme que je ne devrais. Elle est calme comme l'eau dormante, comme la surface d'un lac qui cache des profondeurs insondables.— Ce que vous avez fait. Ce que vous continuez de faire. Ce que vous avez fait de moi, de ma vie, de tout ce que j'étais. Je ne vous pardonne pas.— Je sais.— Je ne vous pardonnerai jamais.— Je sais.Sa voix est faible, éteinte, résignée. Il ne cherche pas à se défendre. Il ne cherche pas à justifier. Il accepte. Il encaisse. Comme il a encaissé toutes les vies qu'il a prises, toutes les douleurs qu'il a infligées. Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, ce n'est pas un ennemi qui parle. Ce n'est pas un rival, un concurrent, un homme qui veut lui prendre ce qu'il a. C'est moi.— Mais je comprends.Il lève les yeux. Il y a de la su
Sa voix devient plus basse, plus lente. Une litanie. Une prière. Une plainte.— Je la regarde dormir, la nuit. Quand elle est trop fatiguée pour rester éveillée. Je m'assieds à côté de son lit, je tiens sa main, et je compte ses respirations.Ses yeux se ferment. Ses lèvres tremblent.— Je les compte, Ève. Une. Deux. Trois. Quatre. Je me dis : tant qu'elle respire, elle est encore là. Tant qu'elle respire, elle est avec moi. Tant qu'elle respire, tout va bien.Sa voix se brise.— Et chaque fois qu'elle inspire, je me dis : c'est peut-être la dernière. La dernière fois que je l'entends respirer. La dernière fois qu'elle est avec moi. La dernière fois qu'elle est vivante. La dernière fois que je suis un père.Il ferme les yeux. Ses mains se serrent sur ses cheveux. Il tire. Il tire fort.&m







