FAZER LOGINMon cri résonne dans la chambre. Il rebondit sur les murs, sur les vitres, sur son visage qui se décompose. Je vois la peur dans ses yeux. Enfin. Enfin elle a peur de moi.
Je recule. Je passe une main sur mon visage. Je tremble. Mes mains tremblent. Ça ne m'arrive jamais.
— Pardon. Pardon, je...
— Vous devriez partir.
— Non. Pas avant que tu comprennes.
Je m'assieds sur le lit. Le même lit où
ÈveLes jours passent. Je les compte, au début. Cinq, six, sept. Puis j'arrête. À quoi bon compter les jours quand ils se ressemblent tous, quand aucun ne mène nulle part, quand le temps n'a plus de sens ?La routine s'installe. Elle est douce, presque rassurante, et c'est ce qu'il y a de plus terrible. Parce que je ne devrais pas m'habituer à ça. Je ne devrais pas trouver du réconfort dans le fait de savoir exactement ce qui va se passer à chaque heure du jour. Je ne devrais pas avoir mes repères dans une prison.Mais je les ai.Le matin, six heures, Silvia entre avec le petit-déjeuner. Café, pain frais, fruits. Parfois un jus d'orange. Toujours la même chose, sauf quand elle veut me faire plaisir. Alors elle ajoute un croissant, une pâtisserie, une chose qui ressemble à de l'attention.Sept heures, je mange seule dans le silence de
Un silence. Je l'imagine, de l'autre côté du fil, en train de réfléchir, de peser les mots, de choisir ceux qui ne me mettront pas en colère.— Monsieur Romano, je ne sais pas de quel traitement vous parlez, mais je dois vous rappeler que votre fille est sous ma responsabilité médicale. Tout nouveau protocole doit être validé par...— Je me fous de vos validations. J'ai trouvé quelque chose. Ça vient d'Europe, c'est encore en phase de test, mais ça a donné des résultats. Je veux qu'on l'essaie.— D'Europe ? De quel laboratoire ?— Je vous donnerai les détails plus tard. Pour l'instant, je veux que vous prépariez votre équipe. Je veux que vous soyez prêts à encadrer le traitement. Surveillance, analyses, tout ce qu'il faut. Et je ne veux pas de questions.— Monsieur Romano, avec
ÈveJe les connais maintenant. Je connais leurs visages, leurs noms, leurs silences. Je connais la façon dont ils marchent dans le couloir, dont ils respirent devant ma porte, dont ils évitent mon regard quand ils me croisent dans le jardin. Je les connais presque mieux que je ne connaissais mes amis, avant. Avant.Marco.Il est le premier que j'ai vu, cette nuit-là, quand ils m'ont sortie de la voiture. Grand, massif, le visage fermé. Il ne parlait pas. Il ne parle toujours pas. Ses mains sont énormes, des mains de boxeur, des mains qui ont dû frapper. Pourtant, il ne m'a jamais touchée.Il est toujours là, Marco. Posté devant ma porte, la nuit. Je l'entends respirer, parfois. Un souffle lent, régulier, comme une horloge. Il ne dort jamais, je crois. Ou alors il dort debout, les yeux ouverts, prêt à tout.Un jour, je lui ai demandé s'il av
Silvia soupire. Un long soupir, chargé de quelque chose que je n'arrive pas à identifier. De la fatigue, peut-être. Ou de la tristesse.— Je ne te demande pas de lui pardonner, Ève. Je te demande juste de le voir. Pas le patron, pas le mafieux, pas le monstre. L'homme. Celui qui a pleuré devant toi l'autre nuit, celui qui t'a tenue dans ses bras quand tu t'es évanouie, celui qui est resté à ton chevet toute la nuit sans dormir.Je me redresse un peu dans le lit. La perfusion tire sur mon bras, mais je m'en moque.— Il est resté ?— Toute la nuit. Il n'a pas bougé. Il tenait ta main. Il parlait tout bas, je ne sais pas ce qu'il disait, mais il parlait. Parfois, il pleurait. Je l'ai vu, Ève. Je l'ai vu pleurer sur ta main.Le choc est plus fort que je ne voudrais l'admettre. Je vois l'image, malgré moi. Lui, assis sur cette chaise, le visage baiss&eac
ÈveLa lumière entre par la fenêtre. Elle est douce, orangée, celle du début d'après-midi, pas celle du matin. J'ai dormi longtemps. Trop longtemps. Ma tête est lourde, mes membres engourdis, ma bouche pâteuse. Il y a une aiguille dans mon bras, un tube transparent qui relie ma main à une poche suspendue au-dessus de moi. Une perfusion. On m'a posé une perfusion.Je reste immobile un long moment, à écouter le silence. Pas le silence complet, non. Il y a des bruits, dehors, des oiseaux, le vent dans les arbres, un moteur au loin. Mais dans la chambre, c'est calme. Trop calme. Comme si quelqu'un retenait sa respiration.Je tourne la tête. Silvia est là.Assise sur la chaise près de la fenêtre, elle tricote. Ses aiguilles cliquettent doucement, un bruit régulier, apaisant. Elle ne m'a pas vue bouger. Elle est concentrée sur son ouvrage, un petit pull, couleur pêche, avec des manches trop longues. Pour un enfant, peut-être. Pour sa fille, ou sa nièce, je ne sais pas.Je la regarde un mome
SalvatoreElle tombe. Je la rattrape. Encore. Son corps est si léger, si fragile dans mes bras. Trop léger. Comme si elle n'avait pas de poids, pas d'ancrage. Comme si elle pouvait s'envoler à tout moment.Je la soulève, je la pose sur le lit. Son visage est blanc, ses lèvres presque bleues. La même chose que la dernière fois. Le même effondrement. La même peur qui me serre la gorge.— Ève ? Ève, réveille-toi.Rien. Elle ne bouge pas. Ses paupières ne frémissent même pas. Je pose ma main sur sa poitrine. Son cœur bat. Faiblement, mais il bat. Pour l'instant.Je sors en courant. Je hurle dans le couloir.— VITO ! VITO, FAIS VENIR LE MÉDECIN ! TOUT DE SUITE !Vito débouche de l'escalier, téléphone déjà à la main. Il parle, donne des ordres, organise. C'est p







