Se connecterJe sors de la voiture. Mes jambes sont faibles. Ma tête tourne. Mes yeux sont rouges, gonflés, brûlants. Mais je suis debout. Je suis là.
Silvia est sur le perron. Elle me voit. Elle voit mes larmes, mes yeux rouges, ma robe froissée. Elle ne dit rien. Elle ouvre les bras. Je m'y jette comme une enfant, comme une petite fille qui a peur du noir, comme quelqu'un qui a besoin d'être tenue, rassurée, aimée.
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Elle repose le verre sur la table de nuit, s'essuie la bouche du revers de la main, et me regarde. Ses yeux sont graves, profonds, insondables.— Tu vas me guérir pour de vrai ?Sa voix est calme, sans trembler. Une voix de grande personne dans un corps d'enfant.— Pour de vrai.— Ça va faire mal ?Je m'assois au bord du lit. Je prends sa main dans la mienne. Elle est si petite, si fine, si fragile. Les os sont comme des brindilles sous la peau. Mais la chaleur est là, la vie est là, têtue, obstinée, indomptable.
Il ne l'essuie pas. Il la laisse tracer son chemin, librement, jusqu'à son menton où elle reste suspendue un instant, scintillante, avant de tomber sur le col de sa chemise.— Je vous le promets, dit-il d'une voix brisée, méconnaissable, une voix d'homme qui a traversé un désert et qui n'a plus de salive. Je vous promets de la protéger, de l'aimer, de la laisser libre. Je vous promets d'être le père qu'elle mérite, si Dieu me prête vie. Mais...Il rouvre les yeux. Il les plante dans les miens. Son regard est un brasier, une forge, un soleil noir.— Mais il faut que vous reveniez. Revenez de cette chambre. Revenez vivante. Je ne veux pas sauver
Salvatore est dans son bureau, comme prévu. Je le sais avant même d'ouvrir la porte. Je le sais parce que la villa entière vibre de sa présence anxieuse, comme un diapason. Je traverse le couloir, je descends l'escalier, mes pas résonnent sur les dalles froides. La maison est silencieuse, trop silencieuse, comme si elle retenait son souffle.La porte du bureau est entrouverte. Je la pousse doucement, sans frapper. Il est là, debout devant la fenêtre, le dos à la porte. Il porte une chemise blanche, sans veste, sans cravate, les manches retroussées sur ses avant-bras musclés. Ses épaules sont larges, tendues, contractées par une tension que je peux presque voir, comme une chape de plomb posée sur ses omoplates.
ÈveL'aube est grise. Pas cette grisaille triste et sale des matins de pluie, mais une grisaille douce, laiteuse, une lumière de convalescence qui filtre à travers les rideaux et pose sur les meubles un voile de cendre argentée. Le soleil n'est pas encore levé, ou peut-être qu'il se cache derrière un banc de nuages, timide, hésitant, comme s'il ne voulait pas assister à ce qui va suivre.Je n'ai pas dormi. Pas une seconde. Mais je ne suis pas fatiguée. Mon corps est tendu, électrique, traversé de courants froids et chauds qui se combattent sous ma peau comme deux armées avant la bataille. Mes mains tremblent un peu, mais ce n'est pas de peur. C'est d'impatie
Je ferme les yeux. Mes paupières sont lourdes, mais je ne dors pas. Derrière elles, des images défilent. Ma mère, ses yeux bleus, ses mains noueuses, son tablier à fleurs. L'hôpital, le petit Mathieu, son sourire quand il m'a dit qu'il se sentait mieux. La fuite, l'errance, la solitude. L'arrivée à Palerme, l'odeur du jasmin et de la mer. Isabella, sa main dans la mienne, sa voix qui dit "tata Ève". Salvatore, son regard de braise, sa larme sur sa joue mal rasée. Vito, massif et silencieux. Silvia, ses mains de soin. Et toujours, toujours, cette lumière dorée qui monte du plus profond de moi, cette énergie qui ne demande qu'à se répandre, ce don mystérieux qui est à la fois ma bénédiction et mon fardeau.L'image d'Isabella appara&ici
Il y a une petite fille, ici, à Palerme. Elle s'appelle Isabella. Elle a onze ans. Elle a les yeux noirs comme les tiens, les mains fines comme les miennes quand j'étais petite. Elle est malade. Très malade. Les médecins l'ont condamnée. Ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient, les chimios, les rayons, les médicaments qui brûlent les veines. Rien n'a marché. La maladie est revenue, encore et encore, obstinée, vorace, impitoyable. Elle allait mourir, maman. Elle allait mourir dans quelques semaines, peut-être quelques jours. Elle a onze ans et elle allait mourir sans avoir jamais vu Paris, sans avoir jamais nagé dans la mer, sans avoir jamais aimé un garçon, sans avoir jamais tenu un enfant dans ses bras.Son père est un homme dur, un homme de pouvoir et de violence, un h
SalvatoreVito m'appelle à minuit.— Patron, faut que vous veniez. Tout de suite.— Quoi ?— La fille. Ève. Il s'est passé quelque chose. Vous devez voir.Sa voix est étrange. Pas alarm&ea
SalvatoreLe réveil sonne à six heures. Je ne dors pas. Je n'ai pas dormi. Je suis allongé sur mon lit, tout habillé, les yeux ouverts sur le plafond blanc. Les images de la nuit dernière tournent en boucle dans ma tête. Mes larmes. Me
ÈveJe les connais maintenant. Je connais leurs visages, leurs noms, leurs silences. Je connais la façon dont ils marchent dans le couloir, dont ils respirent devant ma porte, dont ils évitent mon regard quand ils me croisent dans le jardin. Je les connai
SalvatoreLes jours suivants, je deviens fou. Littéralement fou. Il n'y a pas d'autre mot.Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je tourne en rond dans l'appartement comme un lion en cage, à écouter les bruits de l'hôpital dans ma tête, les phrases des médecins, leurs regards gênés. Le nouveau protoco







