Mag-log inPOINT DE VUE DE SOREN
— Vous avez perdu la tête ? lança Dante, sa voix résonnant sur le sol en marbre du hall.
L'employé se contenta de rajuster ses lunettes, nullement décontenancé par cet accès de colère soudain. — Je ne conçois pas le programme, Monsieur Valez. Je ne fais qu'appliquer le règlement concernant l'hébergement. Vous êtes tous deux affectés à la suite 417 et officiellement enregistrés comme codirecteurs de l'Initiative Vanguard.
— Je ne m'associerai pas à un Kade, déclara Dante en tournant le dos à la réception et en passant la main dans ses cheveux sombres. Appelez le doyen. Faites venir l'équipe juridique de ma famille au téléphone. C'est un conflit d'intérêts majeur.
— C'est le doyen qui a approuvé ce binôme, répondit calmement l'homme âgé en rapprochant le document imprimé du bord du comptoir. « Le conseil estime que si les héritiers de deux empires financiers rivaux sont incapables de gérer un simple incubateur universitaire, aucun des deux n'est apte à diriger de véritables actifs d'entreprise. »
Je fixais l'encre noire sur la page, lisant nos noms imprimés côte à côte sous l'en-tête de Vanguard.
Le piège avait été tendu à la perfection.
Blackridge était réputée pour briser l'ego des étudiants fortunés ; forcer les dynasties Kade et Valez à collaborer était exactement le genre de test psychologique pervers dont cette université raffolait.
« L'exclusion du programme n'est pas une option », dis-je en détournant le regard du document pour me concentrer sur Dante. « Mon père attend de moi que je ramène le trophée Vanguard. Je ne vais pas gâcher une opportunité de réseautage qui vaut des milliards juste parce que tu manques de tolérance élémentaire. »
Dante fit un pas vers moi. « Ton père est un parasite du monde des affaires. Je préférerais me faire virer de toute l'université plutôt que de passer les six prochains mois à faire semblant de bien m'entendre avec son fils. »
« Alors fais-toi virer », rétorquai-je en ramassant le document pour le plier soigneusement en trois. « Fais tes valises, appelle ton chauffeur et explique à ta mère pourquoi tu as renoncé à ta place dans le programme de commerce le plus prestigieux au monde dès le premier jour. Je suis sûr que Valez Holdings appréciera ton sacrifice. »
Dante me foudroya du regard, envahissant mon espace vital et me dominant de quelques centimètres.
Il dégageait une hostilité absolue, attendant manifestement que je recule ou que je montre le moindre signe d'intimidation.
« Tu es un salaud calculateur », lâcha Dante à voix basse.
« Je suis pragmatique », répondis-je en soutenant son regard sans reculer d'un pouce. « On remonte. On va partager la chambre et trouver un moyen de survivre à ce projet sans s'entretuer. »
Dante maintint ce face-à-face pendant dix secondes interminables avant de pivoter brusquement et de se diriger vers les ascenseurs, m'obligeant à lui emboîter le pas.
Nous remontâmes au quatrième étage dans un silence absolu. L'atmosphère étouffante à l'intérieur de la cabine métallique n'avait plus rien à voir avec celle de notre première descente.
Auparavant, il ne s'agissait que d'agacement.
Nous avions tous deux pris conscience que nous étions piégés dans un jeu d'entreprise aux enjeux considérables, et que l'héritage de nos familles était en péril.
Dante poussa la porte de la suite 417, entra d'un pas décidé et jeta la clé de sa chambre sur la petite table basse en verre, au centre de la pièce à vivre.
« Le côté droit est pour moi », annonça Dante en désignant la fenêtre qui donnait sur la cour sud. « Ne franchis pas le tapis central, ne touche pas à mes affaires et ne m'adresse jamais la parole, sauf si cela concerne strictement ce projet ridicule. »
« Cet arrangement me convient parfaitement », dis-je en me dirigeant vers la partie de la pièce qui m'était attribuée pour m'asseoir au bureau en chêne immaculé.
J'ouvris mon ordinateur portable, faisant abstraction du bruit chaotique que faisait Dante en fourrant brutalement ses vêtements dans une armoire, derrière moi.
Mon téléphone vibra sur la surface en bois ; l'écran s'illumina, signalant un appel entrant.
Victor Kade.
Je saisis l'appareil, acceptai l'appel et le portai à mon oreille. « Bonjour, Père. »
« Je viens de recevoir les notes d'information préliminaires du conseil d'administration de Vanguard », dit mon père, sa voix claire et totalement dénuée de chaleur résonnant dans le combiné. « Ils t'ont associé au fils Valez. »
« Je suis au courant », répondis-je en jetant un coup d'œil par-dessus mon épaule pour m'assurer que Dante était toujours occupé de son côté de la pièce. « Je viens de recevoir la notification concernant le logement. »
« Ce n'est pas un contretemps, Soren, c'est une opportunité », poursuivit Victor, sur le ton d'une autorité impitoyable, celle qu'il employait dans les salles de conseil.
« La famille Valez agit sous le coup de l'émotion et d'une agressivité irréfléchie. Isabella a tout juste réussi à maintenir leur entreprise à flot depuis le scandale. Tu te serviras de ce projet pour mettre en évidence son incompétence. Tu domineras ce partenariat, t'attribueras le mérite des victoires et veilleras à ce que les investisseurs comprennent parfaitement pourquoi Kade Capital reste supérieur. »
« Compris », répondis-je en alignant parfaitement mes stylos à côté de mon clavier. « Je saurai le gérer. »
« Ne te contente pas de le gérer », rectifia vivement mon père. « Brise-le. Le trophée Vanguard nous revient de droit. »
La communication fut coupée. Je posai le téléphone face contre bureau en expirant lentement. La pression liée à l'empire de ma famille était une réalité constante et étouffante. Je n'étais pas qu'un simple étudiant ; j'étais une arme forgée pour préserver un héritage.
— Tu reçois déjà des ordres ? demanda Dante depuis l'autre bout de la pièce, appuyé contre le cadre de son lit avec un sourire narquois. Laisse-moi deviner. Ton père t'a dit d'écraser l'ennemi et de rafler la gloire.
— Mon père exige l'excellence, déclarai-je en faisant pivoter ma chaise pour lui faire face. Une notion qui, manifestement, échappe à ta famille.
Dante fit un pas rapide en avant, son sourire arrogant s'effaçant aussitôt. — Tu veux vraiment déclencher une guerre maintenant, Kade ? Parce que je te garantis que tu ne la gagneras pas.
Avant que je puisse répliquer, nos téléphones sonnèrent simultanément. La notification synchronisée résonna bruyamment dans le silence de la chambre.
Je repris mon appareil en main et ouvris d'un geste le nouvel e-mail provenant de l'administration de la Vanguard Initiative.
Il s'agissait de notre première directive officielle en tant que codirecteurs ; elle désignait l'entreprise que nous devions redresser et présenter au conseil des investisseurs avant la fin du mois.
Je parcourus rapidement les documents financiers joints, une pointe d'effroi glacé me nouant l'estomac lorsque je lus le nom de la filiale en question.
— C'est une blague, marmonna Dante en fixant son propre écran.
Il leva les yeux et croisa mon regard ; l'hostilité qui nous opposait fit place, un bref instant, à une stupeur totale.
L'université ne s'était pas contentée de nous associer.
Elle nous avait chargés de gérer la société écran qui s'était effondrée vingt ans plus tôt — l'entreprise même qui avait déclenché la guerre entre nos familles.
POINT DE VUE DE SORENLes portes de l'ascenseur s'écartèrent, nous exposant instantanément au son assourdissant de basses électroniques. Le penthouse de Julian Croft occupait le dernier étage d’une tour du centre-ville, bondée au point d’enfreindre plusieurs normes de sécurité incendie.La chaleur émanant de cette foule compacte frappa ma veste dès que je sortis de la cabine en acier.Dante se fraya un chemin sans hésiter à travers l’entrée encombrée de monde.Je le suivais de près, attentif à l'agencement de l'immense pièce à vivre plutôt qu'aux centaines d'étudiants qui traitaient ce mardi soir comme un week-end.« Il a loué tout l'étage », cria Dante par-dessus la musique. « Croft tient vraiment à ce que tout le monde sache qu'il a accès à des fonds offshore. »« C'est une manifestation flagrante d'insécurité », répondis-je en haussant le ton pour me faire entendre. « Une fortune solide n'a pas besoin de stroboscopes ni d'un bar ouvert pour attirer l'attention. »Dante rit ; ce rir
POINT DE VUE DE DANTE« Tu gères le capital comme un comptable terrorisé », dis-je en jetant mon stylo sur les documents financiers éparpillés sur le bureau.« Si on suit ta stratégie, Meridian Ventures survit six mois de plus avant de mourir à petit feu, dans la misère. C'est totalement dénué d'originalité. »Cela faisait trois heures d'affilée que nous nous disputions.L'horloge de mon ordinateur indiquait seize heures ; il nous restait donc exactement huit heures pour présenter au conseil d'administration de Vanguard une proposition commune de restructuration.La suite semblait de plus en plus étouffante ; l'atmosphère était saturée d'une hostilité latente et de la réalité frustrante que Soren Kade était totalement imperméable à l'intimidation.Soren ne haussa pas le ton et ne réagit pas à mon insulte flagrante.Il se tenait parfaitement droit sur sa chaise, faisant tourner un stylo en argent entre ses longs doigts calculateurs tout en fixant un tableau numérique à l'écran.« Je gè
POINT DE VUE DE SOREN— Meridian Ventures, lut Dante à voix haute ; ces mots résonnaient comme une malédiction absolue dans le silence oppressant de notre chambre.Le nom de la société disparue s'affichait sur l'écran de mon ordinateur portable, s'imposant à moi en lettres noires et nettes.Meridian Ventures était la coentreprise à l'origine de la rupture entre nos familles ; c'était l'entreprise même dont mon père accusait le patriarche Valez d'avoir provoqué la faillite par des détournements de fonds massifs. C’était l’épicentre d’une guerre d’entreprises qui avait duré vingt ans, et voilà que la Blackridge International University nous le présentait comme un simple exercice universitaire.« L’administration se moque ouvertement de nous », lança Dante en traversant la pièce pour s’arrêter pile à la limite invisible séparant nos espaces respectifs. « Il est absolument impossible que cette répartition soit le fruit du hasard. »« C’est un test de résistance psychologique », répondis-j
POINT DE VUE DE SOREN— Vous avez perdu la tête ? lança Dante, sa voix résonnant sur le sol en marbre du hall.L'employé se contenta de rajuster ses lunettes, nullement décontenancé par cet accès de colère soudain. — Je ne conçois pas le programme, Monsieur Valez. Je ne fais qu'appliquer le règlement concernant l'hébergement. Vous êtes tous deux affectés à la suite 417 et officiellement enregistrés comme codirecteurs de l'Initiative Vanguard.— Je ne m'associerai pas à un Kade, déclara Dante en tournant le dos à la réception et en passant la main dans ses cheveux sombres. Appelez le doyen. Faites venir l'équipe juridique de ma famille au téléphone. C'est un conflit d'intérêts majeur.— C'est le doyen qui a approuvé ce binôme, répondit calmement l'homme âgé en rapprochant le document imprimé du bord du comptoir. « Le conseil estime que si les héritiers de deux empires financiers rivaux sont incapables de gérer un simple incubateur universitaire, aucun des deux n'est apte à diriger de v
POINT DE VUE DE SOREN« Vous n'êtes pas dans la bonne suite. » La voix perça le léger bourdonnement de la climatisation ; elle était forte, dénuée de la moindre hésitation.Je resserrai ma prise sur la poignée en cuir de ma valise, pénétrai entièrement dans la chambre 417 et laissai la porte massive se refermer derrière moi.La suite était immense, bordée de hautes étagères et dotée de deux espaces de vie distincts, mais ces vastes dimensions ne parvenaient en rien à dissiper la tension étouffante qui envahissait instantanément les lieux.Dante Valez se tenait près de la fenêtre du fond, passant une main dans ses cheveux sombres, volontairement ébouriffés.Je l'avais reconnu dès l'instant où j'avais franchi le seuil.Impossible de faire autrement.J'avais passé ma vie entière à examiner des rapports financiers, des notes juridiques et des dossiers d'acquisitions agressives portant le nom de sa famille en en-tête.Il était l'héritier de Valez Holdings, le conglomérat que mon père s'éta







