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Chapitre Trois

Author: Eleanor
last update publish date: 2026-09-22 22:13:12

POINT DE VUE DE SOREN

— Meridian Ventures, lut Dante à voix haute ; ces mots résonnaient comme une malédiction absolue dans le silence oppressant de notre chambre.

Le nom de la société disparue s'affichait sur l'écran de mon ordinateur portable, s'imposant à moi en lettres noires et nettes.

Meridian Ventures était la coentreprise à l'origine de la rupture entre nos familles ; c'était l'entreprise même dont mon père accusait le patriarche Valez d'avoir provoqué la faillite par des détournements de fonds massifs. C’était l’épicentre d’une guerre d’entreprises qui avait duré vingt ans, et voilà que la Blackridge International University nous le présentait comme un simple exercice universitaire.

« L’administration se moque ouvertement de nous », lança Dante en traversant la pièce pour s’arrêter pile à la limite invisible séparant nos espaces respectifs. « Il est absolument impossible que cette répartition soit le fruit du hasard. »

« C’est un test de résistance psychologique », répondis-je en parcourant les données financières préliminaires jointes à l’e-mail. « Blackridge connaît parfaitement l’histoire de nos familles. Le conseil d’administration de Vanguard veut voir si nous laisserons une querelle vieille de plusieurs décennies anéantir notre capacité à générer des profits. »

« Je ne jouerai pas à leur jeu tordu », rétorqua Dante d’un ton sec en passant brusquement la main dans ses cheveux sombres. « J’appellerai ma mère pour qu’elle contacte le chancelier de l’université plutôt que de les laisser transformer le désastre de ma famille en étude de cas pour une bande d’étudiants privilégiés. »

« On ne peut pas racheter une institution financée par des fonds souverains », dis-je en me renversant sur le dossier de ma chaise tout en l’observant. « Et faire une crise ne fera que donner raison à mon père. Il m’avait prévenu que tu étais impulsif ; tourner le dos au plus prestigieux incubateur du pays parce que tu ne supportes pas la pression, c’est exactement ce que tes détracteurs attendent de toi. »

Dante franchit la ligne de démarcation sans la moindre hésitation, réduisant la distance entre nous jusqu’à envahir totalement mon espace vital.

L’hostilité pure qui émanait de lui était indéniable — une tempête explosive de colère et d’orgueil blessé —, mais je refusai de reculer ou de détourner le regard.

« Ne cherche pas à m’analyser, Kade », avertit Dante. « Tu restes assis là à afficher un calme olympien, mais c’est ta famille qui est à l’origine de l’effondrement de cette entreprise. Tu es la dernière personne au monde avec qui je voudrais collaborer, et je ne ferai pas semblant du contraire juste pour remporter un trophée en plastique. »

« Alors nous échouerons », répliquai-je, le corps parfaitement rigide tout en soutenant son regard. « Et tu pourras passer le reste de ta vie à expliquer à tes investisseurs comment tu t’es laissé intimider au point d’abandonner dès le premier jour. »

Il me foudroya du regard, cherchant sur mon visage le moindre signe de faiblesse ou d’hésitation.

À cette distance, l’énergie chaotique qu’il dégageait était une véritable source de distraction. Il était plus grand que moi, ses épaules étaient larges et imposantes sous son sweat à capuche décontracté, et il utilisait sa stature comme une arme pour soumettre les autres.

Je me contentai de le regarder droit dans les yeux, refusant de lui offrir la satisfaction d'une réaction.

Dante laissa échapper un rire moqueur ; il posa les deux mains sur le bord de mon bureau et se pencha pour que nos visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. « Tu crois vraiment pouvoir me manipuler pour que je fasse ça ? »

« Je pense que tu as trop l'esprit de compétition pour laisser tomber », répondis-je calmement, sans reculer. « Tu détestes perdre tout autant que moi. »

« Je déteste ta famille », rectifia Dante, ses yeux sombres totalement dénués d'humour. « Mais je suppose que te voir échouer de près sur un projet de stratégie d'entreprise pourrait être assez divertissant. »

Il se détacha du bureau, rompant ainsi notre proximité, et retourna de son côté de la pièce.

Il saisit son propre ordinateur portable, l'ouvrit et tapa avec agressivité ses identifiants pour accéder au portail de Vanguard.

« Si on fait ça, on le fait à ma façon », annonça Dante en fixant son écran. « Meridian Ventures a échoué parce que le conseil d'administration était trop lâche pour risquer des capitaux sur des marchés étrangers émergents. Nous devons élaborer une proposition d'expansion audacieuse, présenter une restructuration complète de leurs actifs et prouver que le modèle économique initial était défaillant. »

« C'est la stratégie la plus absurde que j'aie jamais entendue », dis-je en me tournant vers mon propre ordinateur pour ouvrir les registres financiers initiaux. « Meridian perdait énormément d'argent. On ne cherche pas à développer une entreprise à l'agonie. On liquide les filiales déficitaires, on réduit les frais de fonctionnement de quarante pour cent et on stabilise les actifs principaux avant de tenter d'attirer de nouveaux investisseurs. »

« On ne stabilise pas une entreprise en la vidant de sa substance », rétorqua Dante en levant les yeux de son écran pour me lancer un regard empreint d'un mépris total. « C'est la méthode classique des Kade : mettre l'entreprise à nu, vendre les éléments rentables et laisser les employés sans rien. C'est banal et ennuyeux. »

« C'est rentable », rectifiai-je en parcourant un tableau récapitulatif des pertes remontant à vingt ans. « C’est pourtant tout le principe des affaires. Votre stratégie repose entièrement sur des paris téméraires et la pure chance : vous espérez qu’une expansion agressive générera miraculeusement des revenus avant que les créanciers ne saisissent les derniers actifs. »

« Elle repose sur une vision », rétorqua Dante en quittant son bureau pour s’approcher du mien. « Une chose qui vous fait manifestement défaut. »

Il se pencha par-dessus mon épaule pour regarder mon écran, son bras effleurant le mien avec désinvolture.

Ce contact soudain provoqua une décharge électrique inattendue le long de ma colonne vertébrale, perturbant totalement le fil de mes pensées.

Je restai figée un instant, intensément consciente de sa proximité, de la chaleur qu’il dégageait et du léger bruit de sa respiration.

Dante ne sembla pas remarquer le changement d'atmosphère. Il se pencha vers moi et tapota l'écran de mon ordinateur portable pour me montrer une colonne de chiffres précise.

— Regarde juste là, dit Dante, le visage bien trop près de ma tempe. Les prévisions du quatrième trimestre indiquent une légère hausse de leur division technologique juste avant l'effondrement. S'ils avaient investi le reste de leur capital dans ce secteur au lieu de le garder en réserve, ils auraient survécu.

— Ils auraient fait faillite trois mois plus tôt, déclarai-je en m'efforçant de garder une voix parfaitement stable.

Je décalai délibérément ma chaise de quelques centimètres vers la gauche, rompant ainsi le contact physique entre nous. — La division technologique n'était absolument pas viable sans un solide réseau logistique pour la soutenir.

Dante tourna la tête et remarqua enfin la distance que je venais d'instaurer.

Un sourire en coin, lent et exaspérant, s'étira sur son visage, remplaçant la colère de tout à l'heure par une forme de défi inédite.

— Tu t'éloignes de moi, Kade ? demanda Dante d'un ton empreint d'une amusement arrogant.

— J'essaie simplement de voir mon écran sans que tu me caches la vue, répondis-je froidement, refusant de prêter attention à l'accélération soudaine et désordonnée de mon pouls. Va t'asseoir. Nous avons des centaines de pages à examiner avant le premier séminaire.

— Pas besoin d'examiner des centaines de pages pour savoir que ta stratégie est totalement bancale, lança Dante, tout en s'éloignant enfin de mon bureau.

Avant que je puisse répliquer, nos téléphones sonnèrent à l'unisson.

La notification résonna dans toute la suite, signalant une nouvelle mise à jour de la direction de Vanguard.

Je saisis mon appareil et ouvris d'un geste le nouveau message du professeur Thorne.

— « Tous les codirecteurs de Vanguard sont tenus de soumettre un document de stratégie préliminaire unifié avant minuit ce soir », lus-je à voix haute en parcourant rapidement le texte. « L'absence d'une orientation unique et concertée entraînera une disqualification immédiate du programme. »

Dante consulta son propre téléphone ; son sourire arrogant disparut instantanément. — Une stratégie unifiée ? On n'arrive même pas à s'entendre sur les principes fondamentaux de l'entreprise. « Alors, il nous reste exactement neuf heures pour trouver une solution », dis-je en posant mon téléphone et en le regardant à l'autre bout de la pièce. « Parce que je refuse de rater ce projet. »

Dante croisa mon regard, la flamme de la compétition se rallumant aussitôt dans ses yeux sombres. « Moi non plus. Ce qui signifie que tu vas devoir admettre que ma stratégie est meilleure. »

« Je préférerais encore échouer », répondis-je d'un ton parfaitement impassible.

« On verra bien », promit Dante en revenant tout près de moi.

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