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1 - Les Derniers Jours de Paix
Le soleil de la fin d'après-midi baignait la maison des Sterling d'une lumière chaleureuse. Située dans un quartier calme, loin du tumulte du centre-ville, elle n'avait rien d'extraordinaire. C'était une demeure simple, remplie de souvenirs, de rires et d'amour. Pour Leilani Sterling, c'était le seul endroit où elle s'était toujours sentie en sécurité. Assise devant son ordinateur portable, elle relisait pour la troisième fois une lettre de motivation avant de cliquer sur le bouton Envoyer. Elle souffla doucement.
- Encore une candidature...
Depuis qu'elle avait obtenu son diplôme en communication, elle enchaînait les entretiens sans jamais décrocher le poste qu'elle espérait. Elle refusait pourtant de baisser les bras. Son père lui avait toujours appris qu'il fallait continuer d'avancer, même lorsque les portes semblaient rester fermées. La voix de Charles résonna depuis la cuisine.
- Leilani ! Tu peux venir deux minutes ?
- J'arrive !
Elle descendit les escaliers quatre à quatre. Une délicieuse odeur flottait dans toute la maison. Charles Sterling, un tablier noué autour de la taille, remuait une casserole avec un sérieux presque comique. Leilani croisa les bras.
- Dis-moi que tu n'es pas encore en train de préparer tes célèbres pâtes.
Charles leva les yeux vers elle avec un air faussement vexé.
- Mes pâtes sont excellentes.
- C'est exactement ce que tu dis à chaque fois.
- Parce que c'est exactement la vérité.
Elle éclata de rire.
- Si tu le dis.
- Tu verras. Un jour, un grand chef me demandera la recette.
- Pour apprendre quoi ne surtout pas faire ?
Charles posa une main sur son cœur.
- Tu blesses profondément mon talent culinaire.
Leilani s'approcha pour lui voler un morceau de fromage posé sur le plan de travail.
- Hé !
- Trop tard.
Elle lui tira la langue avant de croquer dedans. Charles secoua doucement la tête.
- Tu as vingt-quatre ans et tu te comportes encore comme une enfant.
- Ça fonctionne pourtant.
- Malheureusement.
Le silence qui suivit n'avait rien de gênant. Ils étaient habitués à ces instants simples. Depuis la disparition de la mère de Leilani alors qu'elle n'avait que cinq ans, ils avaient appris à vivre à deux. Charles avait tout sacrifié pour sa fille. Il avait travaillé sans relâche afin qu'elle ne manque de rien, tout en restant présent à chaque étape importante de sa vie. Aux yeux de Leilani, son père était un héros. Ils s'installèrent pour dîner. Charles servit les assiettes avec un sourire satisfait.
- Alors... verdict ?
Leilani goûta une bouchée. Elle fit durer le suspense quelques secondes.
- C'est mangeable.
Charles leva les yeux au ciel.
- Merveilleux. Je progresse.
Ils rirent tous les deux. Mais alors que Leilani racontait son dernier entretien d'embauche, elle remarqua quelque chose. Son père ne l'écoutait qu'à moitié. Son regard glissait régulièrement vers la fenêtre du salon. Comme s'il attendait quelque chose. Ou quelqu'un.
- Papa ?
Il sursauta légèrement.
- Oui ?
- Tu es sûr que tout va bien ?
- Bien sûr.
La réponse fut immédiate. Trop immédiate. Le téléphone posé près de lui vibra. Charles jeta un coup d'œil à l'écran. Son sourire disparut. Sans dire un mot, il se leva et sortit dans le jardin. Leilani fronça les sourcils. Depuis plusieurs semaines, c'était toujours la même chose. Des appels auxquels il ne répondait jamais devant elle. Des sorties tardives. Des silences inhabituels. Poussée par la curiosité, elle s'approcha discrètement de la baie vitrée. Charles parlait à voix basse. Le vent emportait une partie des mots.
- ...je vous ai déjà répondu...
...
- Elle ne sait rien...
...
- Laissez-la en dehors de tout ça...
Le cœur de Leilani se serra. Qui pouvait bien être au téléphone ? Quelques instants plus tard, Charles revint à l'intérieur. Son sourire était revenu. Mais cette fois, il paraissait forcé.
- C'était qui ? demanda Leilani.
- Une vieille connaissance.
- Tu avais l'air contrarié.
- Ce n'est rien.
- Tu es sûr ?
- Absolument.
Elle soutint son regard quelques secondes. Puis elle abandonna. Son père n'avait jamais été un bon menteur. Et pourtant... Depuis quelque temps, il lui cachait quelque chose. Cette nuit-là, Leilani eut du mal à trouver le sommeil. Vers deux heures du matin, un bruit provenant du rez-de-chaussée la réveilla. Elle ouvrit doucement la porte de sa chambre. Une faible lumière filtrait sous celle du bureau de son père. Intriguée, elle descendit sans faire de bruit. La porte était entrouverte. À travers l'ouverture, elle aperçut Charles. Il avait sorti une vieille boîte en bois qu'elle n'avait jamais vue auparavant. À l'intérieur se trouvaient plusieurs documents anciens, une photographie jaunie et une enveloppe scellée d'une cire noire. Le symbole gravé dessus ressemblait à une rose. Une rose aux pétales sombres. Charles passa une main tremblante sur son visage.
- Pas encore...
Sa voix était presque inaudible.
- Je n'ai plus beaucoup de temps...
Leilani retint son souffle. Elle n'avait jamais vu son père dans un tel état. Soudain, le plancher craqua sous son pied. Charles releva brusquement la tête. En quelques secondes, il referma la boîte et la rangea dans le tiroir de son bureau. Lorsqu'il ouvrit la porte, il retrouva son sourire habituel.
- Tu devrais dormir.
Leilani tenta de paraître naturelle.
- J'ai entendu du bruit.
- Je classais simplement de vieux papiers.
- À deux heures du matin ?
- Je n'arrivais pas à dormir.
Elle savait qu'il mentait. Mais elle ne posa aucune autre question. Le lendemain matin, la maison retrouva son calme habituel. Charles préparait le café pendant que Leilani consultait les nouvelles offres d'emploi sur son téléphone. Tout semblait normal. Pourtant... En levant les yeux vers la fenêtre, Charles se figea. Une berline noire était garée de l'autre côté de la rue. Vitres teintées. Moteur coupé. Immobile. Son visage pâlit imperceptiblement.
- Papa ?
Il détourna aussitôt les yeux.
- Ce n'est rien.
Leilani regarda à son tour. Au même instant, la voiture démarra lentement. Puis disparut au bout de la rue. Sans savoir pourquoi, un frisson parcourut son dos. Elle avait la désagréable impression que quelqu'un venait d'entrer dans leur vie... Et que plus rien ne serait jamais comme avant.
Chapitre 20Le silence qui suivit la révélation de Blanche fut assourdissant. Leilani la regardait sans parvenir à comprendre ce qu’elle venait d’entendre. Elena Sterling.Sa mère.La femme qu’elle croyait morte depuis dix-neuf ans. La mère de Blanche. Les deux informations semblaient impossibles à faire tenir dans la même réalité.– Répète.Blanche essuya rapidement ses larmes.– Ma mère s’appelle Elena Sterling.– Ce n’est pas possible.– Je sais.– Non.Leilani secoua la tête.– Tu es en train de me dire que ma mère est aussi ta mère ?Blanche baissa les yeux.– Oui.Un rire nerveux échappa à Leilani.– Alors pourquoi est-ce que je ne t’ai jamais vue avant ?– Parce que je ne savais pas qui tu étais.– Tu mens.– Non !Blanche s’approcha.– Je te le jure, Leilani. Je ne savais pas que tu étais ma sœur.Le mot resta suspendu dans l’air.Sœur.Leilani sentit son cœur se serrer.Elle regarda Gabriel.– Est-ce vrai ?L’homme acquiesça.– Oui.– Comment ?Gabriel prit une profonde inspira
Chapitre 19 Le téléphone de Leilani tremblait entre ses doigts. La vidéo continuait de tourner. Le visage d’Elena occupait tout l’écran. Sa mère. La femme qu’elle avait passée vingt-quatre années à croire morte ou disparue. Et maintenant, elle était là. Vivante. Terrifiée.– Leilani, si tu regardes cette vidéo, c’est que Charles est mort.Leilani sentit ses jambes faiblir. Blanche lui attrapa doucement le bras.– Assieds-toi.– Non.Elle secoua la tête.– Je veux l’entendre.Sur l’écran, Elena inspira difficilement.– Je n’ai pas beaucoup de temps. Tu dois m’écouter jusqu’au bout. Ne coupe pas cette vidéo, même si certaines choses te font mal.Leilani fixa Cameron.Il n’avait pas bougé.Son visage était devenu complètement fermé.Elena poursuivit :– Si Cameron est avec toi…Elle hésita.Ses yeux se remplirent de larmes.– Ne lui fais surtout pas confiance.Leilani releva lentement les yeux vers lui.Personne ne parla.Cameron baissa son arme.– Leilani…– Ne parle pas.Sa voix était
Chapitre 18 Le trajet jusqu’au parc se fit dans un silence lourd. Leilani regardait les rues défiler derrière la vitre, le téléphone serré entre ses doigts. La photographie envoyée par Adrian était toujours affichée à l’écran. Son père. Sa mère. Et cet homme dont le visage avait été volontairement rayé. Une seule phrase tournait dans son esprit.« Tu cherches ton père. Mais tu devrais chercher celui qui l’a tué. »Elle finit par se tourner vers Cameron.– Tu savais que mon père avait caché quelque chose dans ce parc ?– Je savais qu’il y avait laissé une piste.– Quelle piste ?– Je ne sais pas.– Tu mens.Cameron soupira.– Je ne te mens pas.– Alors pourquoi as-tu eu peur quand tu as vu la photographie ?Il ne répondit pas immédiatement.– Parce que je connais cet homme.Le cœur de Leilani se serra.– Qui est-ce ?– Je ne peux pas te le dire.– Encore cette phrase…Elle détourna le regard.– Je commence à en avoir assez.Blanche, assise à côté d’elle, intervint doucement.– Cameron
Chapitre 17Le silence qui suivit les dernières paroles d’Adrian fut plus violent qu’un coup de feu. Charles le fixait. Son visage était devenu livide.– Tais-toi.Adrian sourit.– Pourquoi ? Tu as peur qu’elle l’apprenne ?– Je t’ai dit de te taire.– Après vingt-quatre ans de mensonges, tu veux encore lui cacher la vérité ?Charles serra les poings. À quelques mètres d’eux, les hommes de la Rose Noire avaient cessé de tirer. La tension était devenue presque insupportable. Adrian regarda Charles avec une satisfaction froide.– Tu lui as raconté que sa mère avait disparu.– Elle avait disparu.– Tu lui as dit qu’elle était malade.– Elle l’était.– Tu lui as dit qu’elle devait rester loin de toi pour sa sécurité.Charles ne répondit pas.Adrian pencha légèrement la tête.– Mais tu ne lui as jamais dit qu’Elena était ma petite sœur.Charles ferma les yeux.Vingt-quatre années de secrets semblaient peser sur ses épaules.– Elle n’avait rien à voir avec toi.– Elle avait tout à voir avec
Chapitre 16Le monde de Leilani venait de s’arrêter. Elle fixait l’homme debout sur la passerelle. Son visage. Sa silhouette. Cette façon de tenir son arme. Même à cette distance, elle aurait reconnu ces traits entre mille.– Papa…Le mot sortit de ses lèvres dans un souffle. Personne ne bougea. Même Adrian semblait avoir perdu son sourire. L’homme descendit lentement les marches. Un pas. Puis un autre. Leilani avait les yeux remplis de larmes.– Papa ?Il continua d’avancer. Elle ne pouvait plus réfléchir. Son père était mort. Elle l’avait vu. Elle avait tenu sa main à l’hôpital. Elle avait entendu le médecin prononcer l’heure de son décès. Elle avait assisté à ses funérailles. Elle avait vu son cercueil disparaître sous terre. Alors cet homme ne pouvait pas être Charles. Et pourtant… Il lui ressemblait parfaitement. Lorsqu’il arriva au bas des escaliers, il s’arrêta à quelques mètres d’elle. Son regard rencontra celui de Leilani. Elle sentit ses jambes trembler.– Papa…Cette fois,
Chapitre 15La vidéo avait disparu de l’écran. Leilani fixait toujours son téléphone. Elle entendait les autres parler autour d’elle, mais leurs voix semblaient lointaines. Shelly était prisonnière. Et quelqu’un les avait trahis. Mais qui ? Elle leva lentement les yeux vers Cameron.– Je veux la retrouver.– Nous allons la retrouver.– Alors faisons-le maintenant.Cameron hocha la tête.– Martin, Diaz, préparez deux voitures.– Où allons-nous ? demanda Martin.Cameron regarda l’écran de surveillance.– Là où Adrian pense que nous irons.Leilani fronça les sourcils.– Vous avez une idée de l’endroit où il retient Shelly ?– Plusieurs.– Et laquelle est la bonne ?– Je ne sais pas encore.Il se tourna vers elle.– Mais Adrian vient de faire une erreur.– Laquelle ?– Il t’a envoyé cette vidéo.Leilani ne comprit pas.– Et alors ?– Il voulait que tu aies peur.Cameron prit son téléphone.– Mais il a également montré une partie du décor.Il agrandit une image arrêtée de la vidéo.Derrièr







