LOGIN2 - Les Derniers Mots
Les jours qui suivirent passèrent avec une étrange lenteur. En apparence, tout était redevenu normal. Charles préparait le petit-déjeuner comme chaque matin. Il insistait pour accompagner Leilani lorsqu'elle allait déposer un dossier de candidature. Le soir, ils dînaient ensemble devant un vieux film qu'ils connaissaient presque par cœur. Mais quelque chose avait changé. Leilani le sentait. Son père souriait toujours. Il riait toujours à ses blagues. Pourtant, son regard semblait ailleurs. Il vérifiait sans cesse que les portes étaient verrouillées. Il regardait par la fenêtre au moindre bruit. Et plusieurs fois, Leilani le surprit à observer une vieille montre à gousset qu'il gardait dans la poche intérieure de sa veste. Un objet qu'elle ne lui connaissait pas. Un soir, alors qu'ils terminaient le dîner, Leilani posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs jours.
- Papa... est-ce que tu as des ennuis ?
Charles leva les yeux vers elle.
- Pourquoi cette question ?
- Parce que tu n'es plus le même.
Il détourna le regard.
- Tu te fais des idées.
- Non.
Elle posa doucement sa fourchette.
- Depuis plusieurs semaines, tu reçois des appels étranges. Tu sors sans rien me dire. Tu caches des documents dans ton bureau... et maintenant tu passes ton temps à regarder dehors.
Charles resta silencieux. Leilani sentit son cœur se serrer.
- Dis-moi la vérité.
Pendant un long moment, il ne répondit pas. Puis il soupira.
- Si je pouvais tout t'expliquer... je le ferais.
- Alors explique-moi.
- Pas maintenant.
- Pourquoi ?
Charles esquissa un sourire triste.
- Parce que tu n'es pas encore prête.
Cette réponse agaça profondément Leilani.
- Arrête de me protéger comme si j'avais dix ans.
- Tu seras toujours ma petite fille.
- J'ai vingt-quatre ans !
- Je sais.
Sa voix s'était faite plus douce.
- Et c'est justement ce qui m'inquiète.
Leilani ne comprenait plus rien. Avant qu'elle puisse insister davantage, Charles changea de sujet.
- Tu as reçu une réponse pour ton entretien de lundi ?
Elle comprit qu'il refusait d'en dire davantage. À contrecœur, elle abandonna.
...
Le lendemain, Charles proposa qu'ils passent l'après-midi ensemble. Ils se rendirent dans le parc où Leilani jouait lorsqu'elle était enfant. Ils marchèrent pendant des heures. Ils parlèrent de tout. De rien. Du passé. De l'avenir. Charles semblait vouloir graver chaque instant dans sa mémoire. En quittant le parc, il s'arrêta devant un vieux marchand de glaces.
- Une vanille-fraise ?
Leilani éclata de rire.
- Tu te souviens ?
- Tu prenais toujours ce parfum.
- Et toi chocolat-noisette.
- Les bonnes habitudes ne changent jamais.
Ils s'assirent sur un banc. Le soleil commençait doucement à se coucher. Charles observait sa fille avec une tendresse inhabituelle. Comme s'il essayait de mémoriser son visage.
- Quoi ?
- Rien.
- Tu me regardes bizarrement.
- Je me dis juste que...
Il s'interrompit.
- Que quoi ?
Un sourire discret étira ses lèvres.
- Je suis fier de toi.
Leilani sentit ses yeux picoter.
- Tu deviens sentimental.
- Ça m'arrive.
Elle posa sa tête contre son épaule.
- Merci pour tout, papa.
Charles ferma les yeux quelques secondes.
- C'est moi qui te remercie.
...
En rentrant chez eux, la bonne humeur laissa rapidement place à une étrange tension. La porte d'entrée était entrouverte. Charles s'immobilisa. Son visage devint livide.
- Reste derrière moi.
- Papa...
- Fais ce que je te dis.
Il entra prudemment dans la maison. Le salon semblait intact. La cuisine aussi. Pourtant... Quelqu'un était venu. Charles le comprit immédiatement. Son bureau avait été fouillé. Les tiroirs étaient ouverts. Des papiers jonchaient le sol. La vieille boîte en bois avait disparu. Leilani accourut derrière lui.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
Charles ne répondit pas. Il se précipita vers son téléphone et composa un numéro. Personne. Il recommença. Toujours rien. Ses mains tremblaient. Pour la première fois de sa vie, Leilani vit son père réellement terrifié.
...
La nuit fut longue. Charles ne dormit presque pas. Le lendemain matin, il paraissait épuisé. Alors qu'il préparait le café, il porta soudain une main à sa poitrine. Sa tasse glissa de ses doigts. Elle se brisa sur le sol.
- Papa !
Il vacilla. Son souffle devint irrégulier.
- Papa ! Qu'est-ce que tu as ?
Charles tenta de répondre. Aucun son ne sortit. Il s'effondra. Leilani se précipita vers lui. Les mains tremblantes, elle appela immédiatement les secours. Quelques minutes plus tard, une ambulance emportait Charles vers l'hôpital.
...
Les médecins luttèrent pendant de longues minutes. Leilani attendait derrière la vitre, incapable de retenir ses larmes. Lorsqu'elle fut enfin autorisée à entrer dans la chambre, Charles respirait avec difficulté. Les appareils médicaux rythmaient le silence. Elle s'approcha de lui.
- Papa... je suis là.
Charles tourna lentement la tête. Ses doigts cherchèrent ceux de sa fille. Elle les serra aussitôt.
- Ne parle pas... tout ira bien.
Il secoua très légèrement la tête. Comme s'il savait que ce n'était pas vrai. Dans un immense effort, il ouvrit les lèvres.
- Lei...lani...
- Oui... je t'écoute.
Sa respiration devint plus rapide.
- La...
Il toussa.
- La... Ro...
Les larmes coulèrent sur les joues de Leilani.
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire ?
Charles tenta encore de parler.
- Trouve...
Son regard se troubla.
- Le...
Les machines se mirent soudain à émettre un long signal continu.
- Papa !
Les médecins entrèrent en courant.
- Écartez-vous !
Leilani recula, incapable de détacher les yeux de son père. Après plusieurs longues minutes de réanimation, le médecin baissa lentement la tête.
- Heure du décès... dix-neuf heures quarante-deux.
Le monde de Leilani s'écroula. Elle s'effondra au pied du lit, tenant encore la main désormais froide de son père. Une seule question tournait dans son esprit. Que voulait-il lui dire avant de mourir ?
Chapitre 20Le silence qui suivit la révélation de Blanche fut assourdissant. Leilani la regardait sans parvenir à comprendre ce qu’elle venait d’entendre. Elena Sterling.Sa mère.La femme qu’elle croyait morte depuis dix-neuf ans. La mère de Blanche. Les deux informations semblaient impossibles à faire tenir dans la même réalité.– Répète.Blanche essuya rapidement ses larmes.– Ma mère s’appelle Elena Sterling.– Ce n’est pas possible.– Je sais.– Non.Leilani secoua la tête.– Tu es en train de me dire que ma mère est aussi ta mère ?Blanche baissa les yeux.– Oui.Un rire nerveux échappa à Leilani.– Alors pourquoi est-ce que je ne t’ai jamais vue avant ?– Parce que je ne savais pas qui tu étais.– Tu mens.– Non !Blanche s’approcha.– Je te le jure, Leilani. Je ne savais pas que tu étais ma sœur.Le mot resta suspendu dans l’air.Sœur.Leilani sentit son cœur se serrer.Elle regarda Gabriel.– Est-ce vrai ?L’homme acquiesça.– Oui.– Comment ?Gabriel prit une profonde inspira
Chapitre 19 Le téléphone de Leilani tremblait entre ses doigts. La vidéo continuait de tourner. Le visage d’Elena occupait tout l’écran. Sa mère. La femme qu’elle avait passée vingt-quatre années à croire morte ou disparue. Et maintenant, elle était là. Vivante. Terrifiée.– Leilani, si tu regardes cette vidéo, c’est que Charles est mort.Leilani sentit ses jambes faiblir. Blanche lui attrapa doucement le bras.– Assieds-toi.– Non.Elle secoua la tête.– Je veux l’entendre.Sur l’écran, Elena inspira difficilement.– Je n’ai pas beaucoup de temps. Tu dois m’écouter jusqu’au bout. Ne coupe pas cette vidéo, même si certaines choses te font mal.Leilani fixa Cameron.Il n’avait pas bougé.Son visage était devenu complètement fermé.Elena poursuivit :– Si Cameron est avec toi…Elle hésita.Ses yeux se remplirent de larmes.– Ne lui fais surtout pas confiance.Leilani releva lentement les yeux vers lui.Personne ne parla.Cameron baissa son arme.– Leilani…– Ne parle pas.Sa voix était
Chapitre 18 Le trajet jusqu’au parc se fit dans un silence lourd. Leilani regardait les rues défiler derrière la vitre, le téléphone serré entre ses doigts. La photographie envoyée par Adrian était toujours affichée à l’écran. Son père. Sa mère. Et cet homme dont le visage avait été volontairement rayé. Une seule phrase tournait dans son esprit.« Tu cherches ton père. Mais tu devrais chercher celui qui l’a tué. »Elle finit par se tourner vers Cameron.– Tu savais que mon père avait caché quelque chose dans ce parc ?– Je savais qu’il y avait laissé une piste.– Quelle piste ?– Je ne sais pas.– Tu mens.Cameron soupira.– Je ne te mens pas.– Alors pourquoi as-tu eu peur quand tu as vu la photographie ?Il ne répondit pas immédiatement.– Parce que je connais cet homme.Le cœur de Leilani se serra.– Qui est-ce ?– Je ne peux pas te le dire.– Encore cette phrase…Elle détourna le regard.– Je commence à en avoir assez.Blanche, assise à côté d’elle, intervint doucement.– Cameron
Chapitre 17Le silence qui suivit les dernières paroles d’Adrian fut plus violent qu’un coup de feu. Charles le fixait. Son visage était devenu livide.– Tais-toi.Adrian sourit.– Pourquoi ? Tu as peur qu’elle l’apprenne ?– Je t’ai dit de te taire.– Après vingt-quatre ans de mensonges, tu veux encore lui cacher la vérité ?Charles serra les poings. À quelques mètres d’eux, les hommes de la Rose Noire avaient cessé de tirer. La tension était devenue presque insupportable. Adrian regarda Charles avec une satisfaction froide.– Tu lui as raconté que sa mère avait disparu.– Elle avait disparu.– Tu lui as dit qu’elle était malade.– Elle l’était.– Tu lui as dit qu’elle devait rester loin de toi pour sa sécurité.Charles ne répondit pas.Adrian pencha légèrement la tête.– Mais tu ne lui as jamais dit qu’Elena était ma petite sœur.Charles ferma les yeux.Vingt-quatre années de secrets semblaient peser sur ses épaules.– Elle n’avait rien à voir avec toi.– Elle avait tout à voir avec
Chapitre 16Le monde de Leilani venait de s’arrêter. Elle fixait l’homme debout sur la passerelle. Son visage. Sa silhouette. Cette façon de tenir son arme. Même à cette distance, elle aurait reconnu ces traits entre mille.– Papa…Le mot sortit de ses lèvres dans un souffle. Personne ne bougea. Même Adrian semblait avoir perdu son sourire. L’homme descendit lentement les marches. Un pas. Puis un autre. Leilani avait les yeux remplis de larmes.– Papa ?Il continua d’avancer. Elle ne pouvait plus réfléchir. Son père était mort. Elle l’avait vu. Elle avait tenu sa main à l’hôpital. Elle avait entendu le médecin prononcer l’heure de son décès. Elle avait assisté à ses funérailles. Elle avait vu son cercueil disparaître sous terre. Alors cet homme ne pouvait pas être Charles. Et pourtant… Il lui ressemblait parfaitement. Lorsqu’il arriva au bas des escaliers, il s’arrêta à quelques mètres d’elle. Son regard rencontra celui de Leilani. Elle sentit ses jambes trembler.– Papa…Cette fois,
Chapitre 15La vidéo avait disparu de l’écran. Leilani fixait toujours son téléphone. Elle entendait les autres parler autour d’elle, mais leurs voix semblaient lointaines. Shelly était prisonnière. Et quelqu’un les avait trahis. Mais qui ? Elle leva lentement les yeux vers Cameron.– Je veux la retrouver.– Nous allons la retrouver.– Alors faisons-le maintenant.Cameron hocha la tête.– Martin, Diaz, préparez deux voitures.– Où allons-nous ? demanda Martin.Cameron regarda l’écran de surveillance.– Là où Adrian pense que nous irons.Leilani fronça les sourcils.– Vous avez une idée de l’endroit où il retient Shelly ?– Plusieurs.– Et laquelle est la bonne ?– Je ne sais pas encore.Il se tourna vers elle.– Mais Adrian vient de faire une erreur.– Laquelle ?– Il t’a envoyé cette vidéo.Leilani ne comprit pas.– Et alors ?– Il voulait que tu aies peur.Cameron prit son téléphone.– Mais il a également montré une partie du décor.Il agrandit une image arrêtée de la vidéo.Derrièr







