Home / Mystère/Thriller / MEURTRES / Chapitre 65 : Le Vernis et la Fissure

Share

Chapitre 65 : Le Vernis et la Fissure

Author: Déesse
last update publish date: 2025-12-15 01:44:57

Élise

Le trajet de retour depuis Megève est une succession de paysages flous. Le train glisse dans la vallée, mais mon esprit est resté là-haut, sur cette piste forestière. L’échec est un goût métallique au fond de la langue. Une sensation étrangère, dérangeante. Comme une craquelure apparue sur une couche de peinture que l’on croyait parfaite.

Thibault vivra. Sa blessure à la tête est sérieuse, mais non mortelle. Une commotion, des côtes fracturées. Une leçon, pas une sentence.

Je ferme les ye
Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • MEURTRES    Chapitre 97 : La Confrérie du Cadran Brisé 2

    Le mot sort avant que je puisse le retenir. Trop sec. Trop froid. Koné plisse les yeux, soupçonneux. Puis il hausse les épaules, décidant que ma répartie ne mérite pas qu'il s'y attarde.— Trois jours, lâche-t-il. Pas un de plus. Et si la montre est abîmée, si vous osez la rayer ou la remplacer par une copie, je vous fais fermer. J'ai des amis au ministère. Partout. Vous finirez dans la rue, comme les chiens que vous réparez.Il lance une liasse de billets sur l'établi. Les coupures s'éparpillent sur les mouvements démontés, souillant leur propreté méticuleuse. Puis il tourne les talons, remet ses lunettes noires, et quitte la boutique dans un claquement de portière et un rugissement de moteur.Je reste immobile. La loupe tremble sur mon front. Les criquets sont une tempête maintenant, une armée de

  • MEURTRES    Chapitre 96 : La Confrérie du Cadran Brisé

    EliasLa boutique sent l'huile de lin et le cuivre chauffé. Mon royaume. Une caverne exiguë coincée entre un vendeur de pneus rechapés et une gargote à attiéké, dans le ventre grouillant du marché de Treichville. Les murs sont tapissés d'horloges, pendules, réveils, coucous déglingués qui attendent leur résurrection. Certaines fonctionnent, d'autres patientent, toutes m'obéissent. Leur tic-tac collectif emplit la pièce d'une pulsation cardiaque, un cœur monstrueux à cent vingt chambres. Mon cœur.J'ai trente-quatre ans. Mes tempes grisonnent. Mes doigts sont devenus les outils les plus précis d'Abidjan. On vient de Cocody, de Marcory, du Plateau, des ambassades même, me supplier de ranimer des mécaniques que personne d'autre n'ose toucher. On me paie en billets froissés, en dollars, en francs CFA, parfois en nourriture ou en bijoux de famille. On prononce mon nom avec respect. Elias l'Horloger. Elias le Magicien. Elias le Sauveur de Temps.Ils ne savent rien.Ils ne savent pas que la

  • MEURTRES    Chapitre 95 : La Première Goutte

    Je ne réponds pas. Les criquets sont trop forts. Leur stridulation noie les mots de l'homme, les transforme en borborygmes incompréhensibles. Je le regarde bouger les lèvres sans l'entendre. Un film muet. Une pantomime menaçante. Sa lame danse devant mon visage, accrochant les reflets orangés des lampadaires du port.Ma main gauche plonge dans ma poche. Pas pour y chercher de l'argent. Je n'en ai pas. Mes doigts rencontrent du métal froid. Un bout de fil de fer récupéré le matin même, oublié au fond de ma veste. Un bout de ferraille de rien du tout. Un déchet.L'homme avance. Sa main libre agrippe ma caisse à outils. Il tire. La sangle mord mon épaule. Et dans ce geste brusque, quelque chose craque en moi. Un barrage cède. Un mécanisme bloqué depuis la nuit du collier de perles se libère soudain. Le temps repart. Mais pas dans

  • MEURTRES    Chapitre 94 : La Marchande de Sommeil 2

    Et puis tout bascule.Un soir, je rentre plus tard que d'habitude. J'ai passé la journée à récupérer des montres chez les ferrailleurs du port, troquant mes réparations contre des mécanismes à sauver. Ma poche est pleine de trouvailles, des mouvements rouillés mais récupérables, un chronomètre de marine au boîtier fracassé mais au cœur intact. Je suis presque heureux, ou du moins aussi proche du bonheur qu'un enfant comme moi peut l'être.La cour est silencieuse. Trop silencieuse.Mame Adja est allongée sur sa natte, les bras en croix, les yeux cousus tournés vers le plafond. Sa bouche est entrouverte. Un filet de salive a séché sur sa joue. Sa poitrine ne bouge pas.Je m'approche. Mes doigts touchent sa main. Elle est froide. Glacée. Le froid de la mort qui n'a rien à voir avec

  • MEURTRES    Chapitre 93 : La Marchande de Sommeil

    EliasLa vieille femme n'a pas d'yeux. C'est la première chose que je remarque quand je la rencontre, adossé contre un mur d'Adjamé, le ventre creux, les lèvres gercées par trois jours de rue. Ses paupières sont cousues. Pas au sens figuré. Vraiment cousues. Un fil noir épais qui court le long des cils, formant une cicatrice boursouflée comme une fermeture éclair de chair. Elle avance dans la ruelle à l'aide d'une canne en bambou, tapotant le sol, évitant les flaques et les ordures sans jamais hésiter. Elle voit autrement. Elle entend autrement.— Toi, l'enfant aux oreilles qui saignent, viens par ici.Sa voix est un filet d'eau sur des pierres chaudes. Elle ne se trompe pas de direction. Elle pointe sa canne vers moi avec une précision d'horloger. Mes oreilles ne saignent pas. Pas vraiment. Mais les acouphènes me font parfois gratter

  • MEURTRES    Chapitre 92 : Les Sifflets dans la Tête

    EliasJ'ai douze ans et ma tête est une assemblée de démons siffleurs. Ils se réveillent au milieu de la nuit, stridulations aiguës qui percent mes tympans comme des aiguilles chauffées à blanc. Parfois ils ressemblent à des cigales prises de folie. Parfois à un poste de radio bloqué entre deux fréquences, ce grésillement blanc qui énerve les dents et contracte les mâchoires. Je les appelle les criquets du temps. Ils ne dorment jamais. Ils ne meurent jamais. Ils sont ma punition pour avoir aimé le silence de la mort de papa.L'oncle Koffi me traîne chez un docteur après que je me suis évanoui dans la cour, le nez en sang, les yeux révulsés. Un petit homme sec au cabinet puant l'éther et le désinfectant bon marché. Il m'enfonce un otoscope dans l'oreille, inspecte, soupire, écrit des mots sur une

  • MEURTRES    Chapitre 39 : Tuer ma femme 17

    DianaJe regarde Kevin, son regard d’acier planté dans le mien.Il ne pliera pas facilement.Mais il finira par craquer.Nathaniel avance, lentement, son couteau brillant sous la faible lumière.Kevin ne bouge pas.— Dernière chance.Un sourire narquois se dessine sur ses lèvres.— Fais ce que tu a

  • MEURTRES    Chapitre 38 : Tuer ma femme 16

    KevinJe fixe Diana, le dos raide contre ma chaise, les poignets entravés. Elle a tout prévu. Absolument tout.La lampe éclaire ses traits avec une froideur clinique. Elle ne tremble pas. Pas même un tressaillement. Je devrais être furieux. Hurler. L’insulter. Mais une partie de moi est trop occupé

  • MEURTRES    Chapitre 37 : Tuer ma femme 15

    Kevin Il s’approche encore.— L’erreur, c’est toi qui l’as faite il y a cinq ans.Son regard se durcit.— Et maintenant, c’est l’heure de payer.Une Chasse Qui CommenceJe sais quand une situation tourne en ma défaveur.Diana s’est échappée.Nathaniel a les preuves.Il a le contrôle.Pour l’instan

  • MEURTRES    Chapitre 36 : Tuer ma femme 14

    Kevin L’air marin me frappe en plein visage quand je descends de la voiture. La nuit est tombée, et le port baigne dans une pénombre trouble, seulement percée par quelques lampadaires vacillants. L’odeur du sel se mêle à celle du gasoil des bateaux amarrés. J’avance lentement, l’adrénaline montant

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status