LOGINSa voix est calme. Trop calme. Celle des hommes qui ont déjà tué et qui sont prêts à recommencer.
— Dante…
— Ne me dis pas de laisser tomber. Ne me dis pas que c'est dangereux. Ne me dis pas que ça ne vaut pas le coup. Je le fais pour toi. Pour ta mère. Pour la paix.
— Et si tu meurs ?
— Je ne mourrai pas.
— Tu ne peux pas le savoir.
Il prend ma main. Il la serre.
AnoukUne semaine a passé.Une semaine de silence entre Dante et moi. Une semaine à dormir dans des hôtels, à manger seule, à marcher dans les rues de Marseille sans but, sans direction. Une semaine à me demander si notre histoire était finie.Aujourd'hui, Marc sort de l'hôpital.Je suis là, dans le hall, à l'attendre. Dante n'est pas venu. Je ne lui ai pas demandé. Il ne m'a pas proposé.— Anouk ?Je me retourne.Marc est là. Debout. Vivant.Son bras est en écharpe, son visage est fatigué, ses yeux sont cernés. Mais il est debout. Il est vivant.— Marc, dis-je.— Ma fille.Il ouvre les bras. Je me jette dedans. Je le serre si fort qu'il grimace.— Doucement, dit-il. Doucement. J'ai mal partout.— Désolée.— T'excus
AnoukLa dispute éclate pour rien.Ou plutôt, elle éclate pour tout. Pour les semaines de tension, les nuits blanches, les silences qui en disent plus que les mots. Pour la guerre, la mort, la peur. Pour tout ce qu'on a traversé et qu'on n'a jamais vraiment digéré.C'est à propos de Leo.Il est venu nous voir, ce soir. Il était nerveux, agité, les mains qui tremblaient. Il a dit qu'il avait besoin de parler à Dante. Seul. Sans moi.Dante a accepté. Ils sont partis dans le bureau, ont fermé la porte, ont parlé pendant une heure.Moi, je suis restée dans le salon, à regarder la télé sans la voir, à boire un verre de vin sans le goûter, à attendre.Quand Dante est sorti, il était pâle. Les traits tirés. Les yeux vides.— Qu'est-ce qui se passe ? demand&eac
AnoukLa lettre arrive le lendemain.Je la trouve dans la boîte aux lettres en rentrant des courses. Une enveloppe blanche, sans nom, sans adresse. Juste mon prénom, écrit à la main, de cette écriture que je reconnais entre mille.Castellano.Mes mains tremblent en l'ouvrant. Mes mains tremblent en dépliant la feuille. Mes mains tremblent en lisant les premiers mots.Ma fille,Si tu lis cette lettre, c'est que je suis mort. Ou que je suis sur le point de l'être. Ça n'a pas d'importance. L'important, c'est que tu saches.Je n'ai jamais su être père. Je n'ai jamais su aimer. Je n'ai jamais su être autre chose que ce que j'étais : un homme qui a pris, qui a détruit, qui a tué. Mais toi, toi tu es différente. Toi, tu es ce que j'aurais voulu être. Toi, tu es la seule chose belle que j'aie jamais faite.Je ne te d
AnoukLa prison des Baumettes est une forteresse grise, plantée au milieu de Marseille comme une menace silencieuse. Des murs hauts, des barbelés, des miradors. Des hommes en uniforme qui surveillent, qui attendent, qui veillent.Je n'y suis jamais entrée. Je n'y entrerai jamais.Mais ce soir, Dante y est allé. Pour parler à Castellano. Pour lui dire que je ne viendrais pas. Pour lui dire que c'était fini.Je l'attends dans la voiture, garée à l'extérieur, le moteur tournant, le chauffage allumé. La nuit est froide, humide, marseillaise. La pluie tombe sur le pare-brise, fine, insistante, comme si elle voulait laver la ville de tout ce qui s'est passé.Mon téléphone sonne.— Allô ?— Anouk.La voix me glace le sang.— Castellano.— Ne raccroche pas. S'il te plaît. Ne raccroch
Sa voix est calme. Trop calme. Celle des hommes qui ont déjà tué et qui sont prêts à recommencer.— Dante…— Ne me dis pas de laisser tomber. Ne me dis pas que c'est dangereux. Ne me dis pas que ça ne vaut pas le coup. Je le fais pour toi. Pour ta mère. Pour la paix.— Et si tu meurs ?— Je ne mourrai pas.— Tu ne peux pas le savoir.Il prend ma main. Il la serre.— Je le sais, dit-il. Parce que j'ai trop à vivre. Parce que je t'ai trop attendue. Parce que je ne te laisserai pas seule.Je voudrais le croire. Je voudrais me raccrocher à ses mots, à sa certitude, à cette foi qu'il a en lui-même. Mais la peur est là, au fond de moi, qui gratte, qui griffe, qui attend.— Je t'accompagne, dis-je.— Non.— Si.— Anouk…— Je ne te lai
L'homme chauve le regarde. Il hoche la tête. Il se rassoit.La réunion est finie.Les hommes se lèvent, sortent, disparaissent dans l'escalier. Bientôt, il ne reste plus que Dante, Leo et moi.— Ça va ? demande Leo.— Ça va, dit Dante.— Tu mens.— Je sais.Leo le regarde. Il me regarde.— Prends soin de lui, me dit-il.— Je prendrai.Leo sort. Il referme la porte derrière lui.Nous restons seuls, Dante et moi, dans la salle enfumée.Il se tourne vers moi. Son visage est fatigué, marqué, mais ses yeux sont calmes.— Tu as vu ? dit-il. Tu as vu ce que c'est ?— J'ai vu.— Ce n'est pas glorieux. Ce n'est pas héroïque. C'est juste des hommes qui ont peur et qui essaient de survivre.— Je sais.— Tu as peur ?— No
Les hommes se dispersent. Silencieux, rapides, efficaces. Des ombres qui glissent entre les containers, qui disparaissent dans l'obscurité. Leo part sur la droite, ses hommes derrière lui. Gérard sur la gauche.Marc s'approche de nous.— On les a, dit-il.
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
Il rit. Un rire doux, triste, magnifique. Un rire qui vient du fond de lui, qui secoue ses épaules, qui fait briller ses yeux.— Ça n'a pas de sens.— Je m'en fous.Je me lève. La chaise tombe derrière moi avec un bruit de bois contre l
Mes doigts sont engourdis, mes yeux brûlent, mon corps entier tremble. Je n'ai pas pleuré en écrivant. Pas vraiment. Les larmes sont restées coincées quelque part entre ma gorge et ma poitrine, comme une boule de verre qui menace d'éclater.Je relis







