MasukIl se déshabille à son tour. Son sweat, son jean, ses sous-vêtements. Sa peau apparaît, blanche, marquée de cicatrices, belle. Sa blessure est encore là, le bandage imbibé de rouge, mais il ne semble pas la sentir.
Il se couche sur moi.
Sa peau contre ma peau. Sa chaleur contre mon froid. Son poids contre mon corps. Il est lourd, chaud, réel. Il existe. Il est là. Avec moi.
Il entre en moi.
AnoukUne semaine a passé.Une semaine de silence entre Dante et moi. Une semaine à dormir dans des hôtels, à manger seule, à marcher dans les rues de Marseille sans but, sans direction. Une semaine à me demander si notre histoire était finie.Aujourd'hui, Marc sort de l'hôpital.Je suis là, dans le hall, à l'attendre. Dante n'est pas venu. Je ne lui ai pas demandé. Il ne m'a pas proposé.— Anouk ?Je me retourne.Marc est là. Debout. Vivant.Son bras est en écharpe, son visage est fatigué, ses yeux sont cernés. Mais il est debout. Il est vivant.— Marc, dis-je.— Ma fille.Il ouvre les bras. Je me jette dedans. Je le serre si fort qu'il grimace.— Doucement, dit-il. Doucement. J'ai mal partout.— Désolée.— T'excus
AnoukLa dispute éclate pour rien.Ou plutôt, elle éclate pour tout. Pour les semaines de tension, les nuits blanches, les silences qui en disent plus que les mots. Pour la guerre, la mort, la peur. Pour tout ce qu'on a traversé et qu'on n'a jamais vraiment digéré.C'est à propos de Leo.Il est venu nous voir, ce soir. Il était nerveux, agité, les mains qui tremblaient. Il a dit qu'il avait besoin de parler à Dante. Seul. Sans moi.Dante a accepté. Ils sont partis dans le bureau, ont fermé la porte, ont parlé pendant une heure.Moi, je suis restée dans le salon, à regarder la télé sans la voir, à boire un verre de vin sans le goûter, à attendre.Quand Dante est sorti, il était pâle. Les traits tirés. Les yeux vides.— Qu'est-ce qui se passe ? demand&eac
AnoukLa lettre arrive le lendemain.Je la trouve dans la boîte aux lettres en rentrant des courses. Une enveloppe blanche, sans nom, sans adresse. Juste mon prénom, écrit à la main, de cette écriture que je reconnais entre mille.Castellano.Mes mains tremblent en l'ouvrant. Mes mains tremblent en dépliant la feuille. Mes mains tremblent en lisant les premiers mots.Ma fille,Si tu lis cette lettre, c'est que je suis mort. Ou que je suis sur le point de l'être. Ça n'a pas d'importance. L'important, c'est que tu saches.Je n'ai jamais su être père. Je n'ai jamais su aimer. Je n'ai jamais su être autre chose que ce que j'étais : un homme qui a pris, qui a détruit, qui a tué. Mais toi, toi tu es différente. Toi, tu es ce que j'aurais voulu être. Toi, tu es la seule chose belle que j'aie jamais faite.Je ne te d
AnoukLa prison des Baumettes est une forteresse grise, plantée au milieu de Marseille comme une menace silencieuse. Des murs hauts, des barbelés, des miradors. Des hommes en uniforme qui surveillent, qui attendent, qui veillent.Je n'y suis jamais entrée. Je n'y entrerai jamais.Mais ce soir, Dante y est allé. Pour parler à Castellano. Pour lui dire que je ne viendrais pas. Pour lui dire que c'était fini.Je l'attends dans la voiture, garée à l'extérieur, le moteur tournant, le chauffage allumé. La nuit est froide, humide, marseillaise. La pluie tombe sur le pare-brise, fine, insistante, comme si elle voulait laver la ville de tout ce qui s'est passé.Mon téléphone sonne.— Allô ?— Anouk.La voix me glace le sang.— Castellano.— Ne raccroche pas. S'il te plaît. Ne raccroch
Sa voix est calme. Trop calme. Celle des hommes qui ont déjà tué et qui sont prêts à recommencer.— Dante…— Ne me dis pas de laisser tomber. Ne me dis pas que c'est dangereux. Ne me dis pas que ça ne vaut pas le coup. Je le fais pour toi. Pour ta mère. Pour la paix.— Et si tu meurs ?— Je ne mourrai pas.— Tu ne peux pas le savoir.Il prend ma main. Il la serre.— Je le sais, dit-il. Parce que j'ai trop à vivre. Parce que je t'ai trop attendue. Parce que je ne te laisserai pas seule.Je voudrais le croire. Je voudrais me raccrocher à ses mots, à sa certitude, à cette foi qu'il a en lui-même. Mais la peur est là, au fond de moi, qui gratte, qui griffe, qui attend.— Je t'accompagne, dis-je.— Non.— Si.— Anouk…— Je ne te lai
L'homme chauve le regarde. Il hoche la tête. Il se rassoit.La réunion est finie.Les hommes se lèvent, sortent, disparaissent dans l'escalier. Bientôt, il ne reste plus que Dante, Leo et moi.— Ça va ? demande Leo.— Ça va, dit Dante.— Tu mens.— Je sais.Leo le regarde. Il me regarde.— Prends soin de lui, me dit-il.— Je prendrai.Leo sort. Il referme la porte derrière lui.Nous restons seuls, Dante et moi, dans la salle enfumée.Il se tourne vers moi. Son visage est fatigué, marqué, mais ses yeux sont calmes.— Tu as vu ? dit-il. Tu as vu ce que c'est ?— J'ai vu.— Ce n'est pas glorieux. Ce n'est pas héroïque. C'est juste des hommes qui ont peur et qui essaient de survivre.— Je sais.— Tu as peur ?— No
AnoukLa salle est enfumée.C'est la première chose que je remarque en entrant. Une épaisse fumée de cigarette flotte dans l'air, se mêle à l'odeur du cuir, du bois, de la sueur. La pièce est grande, au sous-sol d'un b&ac
AnoukLe silence est la chose la plus étrange que j'aie jamais connue.Trois jours ont passé depuis l'hôpital. Trois jours depuis que Marc s'est réveillé. Trois jours depuis que Castellano a été arrêté. Trois jours depuis que la guerre s'est arrêtée.Et maintenant, il y a le silence.Je suis dans l
AnoukLes heures passent.Je suis toujours au chevet de Marc. Il dort. Il se réveille par moments, ouvre les yeux, me regarde, puis se rendort. Il est trop faible pour parler, trop faible pour faire autre chose que respirer.Mais il est là. Il vit.
Le bruit derrière lui se rapproche. Des coups à la porte. Des voix amplifiées.— Police ! Ouvrez !— Il faut que j'y aille, dit Castellano.— Va.— Anouk... une dernière chose.— Quoi ?







