Se connecterAnouk
La voiture roule trop vite. Marc conduit d'une main, l'autre dans son écharpe, les yeux fixés sur la route. Je ne sais pas où on va. Je ne sais pas ce qu'on va trouver. Je ne sais plus rien.
Le paysage défile derrière la vitre. Les immeubles des quartiers nord, les tags sur les murs, les grilles aux fenêtres. Je connais ces rues. Je les ai fuies il y a quinze ans, et les voilà qui reviennent, qui m'engloutissent
AnoukLa voiture roule trop vite. Marc conduit d'une main, l'autre dans son écharpe, les yeux fixés sur la route. Je ne sais pas où on va. Je ne sais pas ce qu'on va trouver. Je ne sais plus rien.Le paysage défile derrière la vitre. Les immeubles des quartiers nord, les tags sur les murs, les grilles aux fenêtres. Je connais ces rues. Je les ai fuies il y a quinze ans, et les voilà qui reviennent, qui m'engloutissent, qui me rappellent que je n'ai jamais vraiment quitté cet endroit.— Explique-moi, dis-je. Maintenant.Ma voix est calme. Trop calme. Celle qu'on a quand on est au bord du gouffre et qu'on essaie de ne pas tomber.— Ta mère, commence Marc. Elle n'est pas morte cette nuit-là.Ses doigts blanchissent sur le volant. Il évite mon regard. Il regarde la route comme si sa vie en dépendait.— J'ai vu son corps, dis-
Il se lève. Il s'habille. Il met son costume noir, ses chaussures, sa ceinture.— Qu'est-ce que tu fais ? demandé-je.— Je vais le trouver. Avant qu'il ne te trouve.— Je viens avec toi.— Non.— Dante…— Non, Anouk. Cette fois, c'est non. Tu restes ici. Tu fermes la porte à clé. Tu n'ouvres à personne. Pas à moi. Pas à Marc. Pas au commandant. Personne.— Pourquoi ?— Parce que Castellano est dangereux. Parce qu'il n'a plus rien à perdre. Parce que si tu sors, tu meurs.— Et toi ?— Moi, je ne mourrai pas.— Tu ne peux pas le promettre.Il s'approche de moi. Il pose ses mains sur mes joues. Il m'embrasse. Un baiser long, profond, désespéré.— Je te promets que je reviendrai, dit-il.— Tu mens.— Je n
Il ne répond pas. Il ferme les yeux.— Dors, dis-je. Je veille.— Tu veilleras toujours ?— Toujours.Il s'endort. Je reste éveillée, à regarder la pluie, à penser à ses mots.Je me demande si j'ai encore une âme.Il en a une. Je la vois. Elle est cabossée, abîmée, marquée. Mais elle est là.Et je l'aime.AnoukLe cimetière est en haut d'une colline, au-dessus de Marseille. De là-haut, on voit toute la ville, la mer, les îles. Le ciel est gris, la terre est mouillée, les cyprès se balancent doucement.Je n'y suis jamais venue. Je n'ai jamais osé. Mais aujourd'hui, c'est le jour.— Tu veux que je t'accompagne ? demande Dante.— Non. Je dois y aller seule.— Je t'attends à la voiture.— Merci
Il vient.Je jouis en silence, la bouche ouverte, les mains dans ses cheveux.Il ne s'arrête pas. Il continue. Plus doux. Plus lent. Il me fait grimper à nouveau, plus haut, plus fort.Le deuxième orgasme me fracasse. Mon corps se cabre, mes jambes tremblent, mes doigts s'enfoncent dans ses épaules.Il remonte. Il s'allonge à côté de moi. Il passe son bras autour de ma taille.— Ça va ? demande-t-il.— Je ne peux plus bouger.— C'est le but.— Tu es content de toi ?— Très content.Il m'embrasse. Je goûte ma propre chair sur ses lèvres.— Dors, murmure-t-il. Je veille.— Tu veilleras toujours ?— Toujours.Je ferme les yeux. La pluie tombe. Le tonnerre gronde au loin. Mais je n'ai plus peur.Je suis dans ses bras.Je suis en sécurit
Il lève la main. Il pose sa paume sur ma joue. Il essuie une larme que je n'avais pas sentie couler.— Pourquoi tu pleures ? demande-t-il.— Je ne sais pas.— Ce sont des larmes de joie ?— Oui. Non. Je ne sais pas.— Ça va ?— Ça va.Je ralentis. Je m'arrête. Je me penche. Je pose mon front contre le sien.— Je t'aime, dis-je.— Je sais.— Arrête de dire je sais.Il sourit.— Je t'aime aussi.Je bouge à nouveau. Lente. Profonde. Chaque mouvement est une prière, chaque souffle un merci.L'orgasme monte en moi, lentement, comme une marée. Je ne le combats pas. Je l'accueille. Je m'y abandonne.Je jouis en silence, les yeux dans les siens.Il me regarde. Il me regarde jouir. Il ne ferme pas les yeux. Il ne regarde rien d'autre.Quand ç
AnoukLa salle de sport est au sous-sol d'un immeuble sans nom, dans un quartier que je ne connais pas. Dante m'a amenée ici ce matin, sans explication, sans préambule.— Tu vas apprendre à te défendre, a-t-il dit.— Pourquoi ?— Parce que je ne serai pas toujours là. Parce que tu dois être capable de te protéger. Parce que je ne veux plus jamais avoir peur pour toi.L'entraîneur s'appelle Samir. Un ancien militaire, taillé dans du granit, avec des yeux qui ne clignent jamais. Il m'a regardée de haut en bas, a hoché la tête, et a dit :— On va commencer par les bases. Tomber. Se relever. Respirer.Pendant deux heures, il m'a fait répéter les mêmes gestes. Tombée. Relevée. Tombée. Relevée. Mes genoux saignent, mes paumes sont brûlantes, mes bras tremblent.— Encore, dit Samir.— Je n'en peux plus.— Encore.Je tombe. Je me relève. Je tombe. Je me relève.— Bien, dit Samir. On s'arrête là. À demain.Il sort. Je reste assise par terre, le dos collé au mur, à reprendre mon souffle.Dante
AnoukJe suis toujours assise par terre, le dos contre la porte de ma chambre. La sensation du bois froid à travers la fine soie de ma robe me ramène peu à peu à la réalité. À la réalité de cet endroit. À la réalité de lui.Son rire résonne encore dans mes oreilles. Pas un rire moqueur. Un rire de
DanteLa porte blindée de l’ascenseur privé se referme dans un silence feutré. L’air conditionné murmure. Je m’adosse à la paroi de cuir, fermant les yeux. Mais ce n’est pas le froid du métal que je sens contre ma peau. C’est le regard d’Anouk.Brûlant. Terrifié. Fasciné.« Mon Dieu. Comme il est…
AnoukLa porte de la suite se referme derrière moi avec un clic définitif, trop doux pour un verrou de prison. Le silence est immédiat, épais, écrasant. Tout le luxe environnant – les marbres, les soieries, les fleurs fraîches renouvelées en mon absence – se fige en un décor parfait et mort.Mon co
AnoukNous passons à une sculpture, un bronze tourmenté. Il me parle technique, fonte à la cire perdue, patine. Sa connaissance est encyclopédique, sa passion, palpable. Cet homme-là n’est pas un faux. Il aime cela. C’est réel. Cela rend le reste , le danger que je sens en lui, l’ambiguïté de ses g







