Se connecterAlexandre n’avait pas fini de la regarder manger qu’il se leva brusquement et se dirigea vers son bureau. Léa resta seule à table, figée, la fourchette encore entre les doigts. Elle ne savait plus quoi faire. Devait-elle se sentir soulagée qu’il ne lui ait encore rien fait ? Ou s’inquiéter encore plus de ce qui allait suivre ? Le silence de la salle à manger lui pesait. Les domestiques arrivèrent presque immédiatement et débarrassèrent la table avec des gestes rapides et discrets. Léa se leva à son tour. Elle hésita un long moment dans le hall, les bras croisés contre sa poitrine. Puis elle se dirigea vers le bureau. Autant affronter la tempête quand elle est encore calme, se dit-elle. C’était ce que sa tête répétait. Mais tout son corps, lui, lui criait de faire demi-tour. Elle voulait pourtant savoir. Elle voulait qu’il lui dise enfin comment il comptait la punir. Qu’il arrête de la laisser dans ce flou insupportable. Elle ne frappa pas à la porte. Elle entra directement. Alexan
Alexandre entra dans la chambre sans un bruit. Léa était toujours allongée, le corps rigide sous les draps, les yeux fermés un peu trop fort pour être naturels. Il la connaissait trop bien. Il savait qu’elle ne dormait pas. Il le sentait à la tension de ses épaules, à la façon trop contrôlée dont sa poitrine se soulevait. Alors, comme le ferait n’importe quel prédateur sûr de sa proie, il se plaça au pied du lit et resta simplement debout. Il l’observa. Longtemps. Des secondes qui s’étiraient, lourdes, oppressantes. Pour Léa, chaque instant semblait durer une éternité. Elle n’osait plus cligner des yeux. Elle n’osait plus respirer trop fort. Elle sentait son regard sur elle comme une brûlure. Six mois. Six mois sans le voir, et maintenant il était là, immobile, silencieux, en train de la dévorer des yeux dans la pénombre. Puis, sans prévenir, sans un mot, il lui attrapa les chevilles et tira d’un coup sec. Léa poussa un cri de surprise et de pure terreur. Son corps glissa sur le
Alexandre savait qu’elle était réveillée. Il l’avait senti presque immédiatement. Le changement minuscule dans sa respiration. La façon trop contrôlée dont elle restait immobile. Les larmes silencieuses qu’elle essayait de cacher. Une partie de lui était profondément soulagée de la savoir enfin sous ses yeux, allongée dans cette chambre, incapable de disparaître à nouveau. L’autre partie, plus sombre, plus patiente, savourait déjà les jours à venir. Les heures. Les minutes. Tout ce qu’il pourrait lui faire maintenant qu’elle n’avait plus nulle part où fuir. Il resta encore un long moment assis dans le noir, sans parler, sans bouger. Puis, d’un coup, il se leva. La chaise grinca légèrement. Il traversa la pièce d’un pas calme et sortit. Derrière lui, la porte se referma avec un clic net. Il tourna la clé de l’extérieur. Cette fois, il n’y avait plus de verrou intérieur. Plus d’issue. Dans le couloir, il appela les domestiques d’une voix posée. — Préparez un repas correct pour Madam
Les heures n’avaient même pas eu le temps de devenir des jours. Ils avaient ramené Léa. Elle avait remarqué une odeur de fumée étrange à l’intérieur de la caravane. Une odeur chimique, douceâtre, qui n’avait rien à voir avec la cuisine ou le chauffage. Elle avait voulu sortir immédiatement, la main déjà sur la poignée, le cœur battant trop fort. Mais ses jambes avaient flanché avant qu’elle n’atteigne la porte. Le monde avait basculé. L’obscurité l’avait avalée d’un seul coup. Quand elle ouvrit les yeux, elle était allongée dans le noir, sur un lit. L’odeur la frappa en premier. Cette odeur-là. Mélange de bois précieux, de lessive coûteuse, de son parfum à lui qui s’imprégnait toujours dans les draps. Puis l’environnement. Les proportions de la pièce. Le silence particulier des murs. Elle connaissait cet endroit par cœur. La chambre conjugale. Ou ce qui y ressemblait maintenant. Elle descendit lentement le regard. Au pied du lit, une silhouette était assise sur une chaise. Droit
Les hommes d’Alexandre l’avaient appelé il y a deux jours. Ils avaient enfin repéré Léa. Une caméra de surveillance d’un supermarché, dans une ville très éloignée. L’image était floue au début, mais suffisamment nette pour qu’on la reconnaisse. Cheveux plus courts. Visage plus maigre. Gestes prudents. Elle travaillait là-bas, dans un magasin ordinaire, sous un nom qui n’était pas le sien. Très loin de la ville. Très loin de lui. Quand Alexandre avait appris la nouvelle, il n’avait pas crié. Il n’avait pas balayé son bureau. Il s’était juste figé quelques secondes, le téléphone collé à l’oreille, puis il avait donné l’ordre d’une voix étrangement calme : — Ramenez-la. De gré ou de force. Mais discrètement. Je ne veux aucun scandale. Aucun témoin. Aucune trace. Depuis, il attendait. Cinq mois plus tôt, il avait renvoyé Sofia. Elle était devenue fade. Inutile. Son corps ne provoquait plus rien en lui. Ses pensées étaient constamment tournées vers Léa. Même la nuit, même quand il e
Ça faisait maintenant six mois que Léa était en cavale. Six mois qu’elle ne dormait jamais au même endroit deux soirs de suite. Six mois qu’elle changeait de parking, de route, de ville parfois. Six mois que chaque visage inconnu, chaque voiture trop longue à s’arrêter, chaque regard un peu trop insistant devenait une menace. Tout le monde était suspect à ses yeux. Même les gens ordinaires. Surtout les gens ordinaires. Elle avait trouvé un petit travail. Rien de glorieux. Rien qui laisse de traces trop visibles. Assez pour subvenir à ses besoins, acheter de la nourriture, de l’essence, quelques produits de base. Personne ne l’avait reconnue. Elle s’était coupée les cheveux plus court, avait pris l’habitude de porter des lunettes ordinaires, des vêtements fades, anonymes. Elle n’était plus Madame Voss. Elle n’était plus tout à fait Léa non plus. Juste une femme qui passait. La vie dans la caravane était vivable. Étonnamment vivable. Elle dormait correctement la plupart des nuits, mê







