Mag-log inChapitre 2
Elyan
Je repose mon téléphone après l'appel de Serena. Sa voix chaude, impatiente, résonne encore dans ma tête. Elle en a assez d'attendre. Assez de partager un homme qui rentre chaque soir dans une maison qui n'est pas la sienne.
— Quand est-ce que tu vas enfin te libérer ? m'a-t-elle demandé.
— Bientôt. Très bientôt.
Je fixe la baie vitrée de mon bureau. La ville s'étend à mes pieds, indifférente. Je devrais me sentir impatient. Libre. Mais une étrange lourdeur m'écrase la poitrine. Ce n'est pas du remords. C'est de l'agacement. Je déteste les situations qui s'éternisent.
Mon mariage est une erreur. Une erreur qui a trop duré. Liora est douce, silencieuse, dévouée. Et c'est précisément ce qui m'étouffe. Elle ne me contredit jamais. Elle ne me bouscule jamais. Elle attend, dans l'ombre, avec ses sourires timides et ses attentions que je n'ai jamais demandées.
Je me lève, fais les cent pas. Les mots que je vais lui dire tournent dans ma tête. Il faut que ce soit net. Précis. Sans espoir inutile. Elle doit comprendre que rien ne la retiendra ici. Ni mes sentiments, puisqu'ils n'existent pas, ni la culpabilité, puisque je n'en ai pas.
Mon téléphone vibre à nouveau. Cette fois, c'est ma sœur.
— Elyan, j'apprends par mère que tu as pris rendez-vous avec un avocat. C'est vrai ?
— Oui.
— Tu vas divorcer ?
— Oui.
Un silence. Je l'entends soupirer.
— Tu es sûr de toi ? Liora ne mérite pas d'être jetée comme un vieux dossier.
— Je ne la jette pas. Je lui rends sa liberté.
— Elle ne te l'a pas demandée, Elyan. Elle t'aime.
— Ce n'est pas mon problème.
— Comment peux-tu être aussi froid ?
Je serre la mâchoire. Les reproches de ma sœur m'irritent. Elle ne comprend rien. Personne ne comprend.
— J'ai épousé Liora pour faire plaisir à la famille. Pour calmer les attentes. Mais je ne l'ai jamais aimée. Je ne vais pas gâcher ma vie entière par politesse.
— Tu crois que l'amour se commande ? Peut-être. Mais il y a une manière de faire les choses. Tu ne peux pas la balayer sans une once de considération.
— Je vais la voir ce soir. Je serai honnête. C'est tout ce que je peux faire.
— Honnête ? Tu vas la détruire.
— Elle survivra.
Ma sœur raccroche, excédée. Je pose le téléphone sur le bureau. Mes mains ne tremblent pas. Ma décision est prise depuis des semaines. Peut-être depuis le premier jour.
Je pense à Serena. À son rire, à son ambition, à la façon dont elle me regarde comme si j'étais le centre de son univers. Elle me donne ce que Liora n'a jamais su m'offrir. Le désir. L'intensité. La certitude d'être enfin à ma place.
Je range mes affaires, enfile ma veste. Ce soir, je rentrerai tôt. Je me tiendrai devant Liora et je lui dirai la vérité. Sans détour. Sans pitié. Parce que c'est la seule chose qu'elle mérite vraiment.
Dans la voiture, je laisse la ville défiler. Les lumières, les rues, les immeubles. Rien ne m'atteint. Je suis concentré sur ce que je vais dire. Sur la manière dont je vais le dire.
— Je ne t'aime pas, Liora. Je veux divorcer.
Simple. Efficace. Elle pleurera peut-être. Elle me suppliera peut-être. Mais je ne céderai pas. Je ne peux plus faire semblant.
Je me gare devant la maison. La lumière du salon est allumée. Elle m'attend. Comme chaque soir. Cette fidélité qui me gave. Qui me rappelle à chaque instant que je suis prisonnier d'une vie que je n'ai pas choisie.
Je coupe le moteur. Mes doigts se crispent sur le volant. Un instant, une image traverse mon esprit. Liora, le jour de notre mariage. Son visage radieux. Ses yeux brillants d'espoir. Elle croyait en nous. Elle croyait en moi.
Je chasse ce souvenir d'un mouvement de tête. C'est trop tard. Les espoirs ne suffisent pas. Les sourires ne suffisent pas. Rien ne suffit quand le cœur n'y est pas.
Je sors de la voiture. L'air frais me fouette le visage. Je marche vers la porte, le dos droit, le regard fixe. Chaque pas m'éloigne d'une existence qui n'a jamais été la mienne.
Je pousse la porte. Elle est là, debout près du canapé, un livre entre les mains. Elle me voit entrer et son visage s'illumine. Ce sourire que je ne supporte plus. Cette lueur d'espoir qui me donne envie de hurler.
— Tu es rentré tôt, dit-elle doucement.
Je m'arrête au milieu du salon. Mon cœur bat lourdement. Je la regarde, et je sais que les prochaines minutes vont changer nos vies pour toujours.
— Il faut qu'on parle, Liora.
Son sourire vacille. Elle serre le livre contre sa poitrine. Ses yeux s'agrandissent, traversés par une peur soudaine.
— De quoi ? demande-t-elle, la voix fragile.
Je soutiens son regard. Un silence s'installe, chargé de tout ce que je m'apprête à détruire.
— De la fin de notre mariage.
Les mots tombent, secs, brutaux. Elle ne bouge pas. Elle cesse de respirer.
Et moi, je me tiens là, froid, déterminé, incapable de mesurer l'ampleur du séisme que je viens de provoquer. Mais je le comprendrai. Un jour. Bien trop tard.
Chapitre 51LioraJe les regarde depuis la cuisine. Elyan est assis par terre, les jambes croisées, face à Noah. Ils construisent une tour avec des cubes. Noah rit, tend une pièce à Elyan, qui la pose avec précaution. Sa voix est douce, patiente. Il ne s'énerve pas quand la tour s'écroule. Il recommence. Encore. Et encore.Mon fils sourit. Un sourire que je ne lui avais jamais vu. Un sourire de child qui se sent en sécurité. Cette image me serre le cœur. Je suis heureuse de le voir heureux. Mais une peur sourde monte en moi.Noah est ma vie. Je l'ai élevé seule. J'ai été sa mère, son père, son unique repère. Et maintenant, Elyan est là. Il joue avec lui, il le fait rire, il lui apprend des choses. Il prend une place que je n'ai pas prévue.Et si un j
Chapitre 50ElyanJ'arrive chez Liora avec une boîte de legos. J'ai demandé à ma sœur ce qui pouvait plaire à un enfant de trois ans. Elle m'a ri au nez, m'a dit que je n'y connaissais rien. Elle a raison. Je n'y connais rien. Mais je veux essayer.Noah ouvre la porte avec Liora. Il me regarde, méfiant. Il ne court plus vers moi comme avant. Il reste en retrait, une main accrochée à la jambe de sa mère.— Bonjour, Noah.— Bonjour.— Je t'ai apporté quelque chose.Je lui tends la boîte. Il la prend, l'examine, puis lève les yeux vers Liora.— On peut ouvrir ?— Si tu veux.Il s'assoit par terre, ouvre la boîte. Des centaines de petites briques colorées. Il
Chapitre 49NoahMaman est bizarre. Depuis qu'Elyan vient à la maison, elle sourit moins. Elle me serre plus fort quand elle me dit bonsoir. Elle regarde par la fenêtre, longtemps, sans rien dire.Moi, je ne comprends pas. Elyan est gentil. Il joue aux cubes, il me fait rire, il me lance en l'air. Mais maman ne rit pas quand il est là. Elle reste dans son coin, les bras croisés.Un après-midi, Elyan arrive. Il frappe à la porte. Maman ouvre. Elle ne dit rien. Elle le laisse entrer. Elyan s'approche de moi, s'accroupit.— Salut, mon grand.— Salut.Je recule d'un pas. Je ne sais pas pourquoi. Avant, je courais vers lui. Mais maintenant, je me méfie. Il vient trop souvent. Il n'était jamais là avant. Alors pourquoi il vient maintenant ?
Chapitre 48ElyanJe me tiens devant la porte de Liora. Ce n'est pas la première fois que je viens. Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je viens en tant que père. Pas comme un étranger qui joue aux cubes. Pas comme un invité qu'on tolère. Cette fois, je sais. Et ce savoir me terrasse.Liora ouvre. Elle me regarde, le visage fermé, mais je vois dans ses yeux une fatigue qu'elle ne peut plus cacher.— Tu es prêt ? demande-t-elle.— Non.— Alors tu n'es pas obligé.— Si. Je veux le voir.Elle s'efface, me laisse entrer. Le salon est baigné de lumière. Noah est assis par terre, entouré de ses jouets. Il lève la tête quand j'entre. Ses grands yeux bruns me fixent, cur
Chapitre 47LioraIl est parti. La porte s'est refermée, et le silence est retombé. Je reste seule au milieu du salon, les jambes tremblantes. Je m'assois sur le canapé, les mains posées sur mes genoux. Mon cœur bat trop vite. Les larmes menacent, mais je les retiens.Je savais que ce jour viendrait. Je l'ai su pendant trois ans. Chaque nuit, je me réveillais en pensant à cette confrontation. Et maintenant qu'elle a eu lieu, je me sens vide. Épuisée. Terrifiée.Elyan sait. Il sait que Noah est son fils. Il sait que je portais son enfant quand j'ai signé les papiers. Il sait tout.Et pourtant, je ne regrette rien. Pas un seul instant.Mon téléphone vibre. Sarah.— Liora ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as une voix bizarre.&mda
Chapitre 46ElyanJe me tiens devant elle, le corps tremblant, les poings serrés. La vérité éclate enfin, et elle me déchire de l'intérieur. Noah est mon fils. Mon fils. Trois ans que je l'ignore. Trois ans que je passe à côté de lui sans le savoir.— Pourquoi ? demandé-je, la voix brisée. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?Liora me regarde, les yeux secs, le visage fermé.— Pourquoi je t'aurais dit quoi que ce soit ? riposte-t-elle.— Que tu étais enceinte. Que tu portais mon enfant.— Et tu aurais fait quoi ? Tu serais resté ? Par pitié ? Par devoir ?— J'aurais voulu savoir.— Non. Tu ne voulais rien savoir. Tu étais trop occupé à pré







